Compoix de Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille (1649)

Compoix Saint Sebastien d'Aigrefeuille

Pierre CASADO

COMPOIX DE SAINT-SÉBASTIEN-D’AIGREFEUILLE (GARD) 

            Ce document est un registre de 146 folios, formé d’un compoix daté de 1649, suivi de la brevette de même date. Il est en dépôt aux Archives départementales du Gard sous la cote 3 E 210. Sur la couverture, qui est un parchemin en réemploi, on peut lire comme titre « Compoix du lieu de Saint Sebastien de l’année 1649 ensemble la brevette du changement devenu despuis lad. année 1649 […] a 1681 ».

            Le compoix est un usuel, avec de nombreuses mutations dans la marge de gauche, courant de 1682 à 1695. Son corpus occupe 123 folios ; il débute avec le rôle de Monsieur de St Sebastian (Noble Jacques de Rozel de Besseges) et s’achève avec le rôle de David Gaussorgues. Les rôles des assujettis de Saint-Sébastien-d’Aigrefeuille sont déclinés par masades, ainsi que les forains à partir du folio 108, verso. Au bas du folio 123 est noté : « le present compois a esté fait en 1649 par Anthoine Joyeux et Jean Aberlenc agrimanseur et arpanteur et estimé chaque livre en prézage 1000 LL en tout ».

            Du folio 124 au folio 125 se trouve la « rubrique du compois de St Sebastien de l’an 1649 » c’est-à-dire la liste des contribuables déclinés par ordre de notabilité.

            Après un folio blanc, du folio 127 au folio 143 a été ajoutée la brevette intitulée « Brevet du compoix de St Sebastian de l’an 1649 ». Après encore deux folios blancs, le registre se termine par la « table alphabétique du compois et brevette », liste des contribuables établie par ordre alphabétique des patronymes renvoyant aux folios du compoix et de la brevette. Cette table est d’une écriture postérieure à celle du compoix et de la brevette.

            La langue de ce document ressortit à la langue française du XVIIe siècle en ce qui concerne sa syntaxe ; mais le lexique de ce compoix très riche et majoritairement occitan est systématiquement francisé, mais l’article féminin pluriel est toujours noté las. Les toponymes sont glosés systématiquement dans la marge de gauche quelquefois sous une “forme plus occitane” (Gourd Coulombié devient Gourg Colombié dans la marge).

Lexique

– L’agraire :

+ arbousses, s. m. pl. ; (un bois d’arbousses) ; francisation du pluriel arbosses de arboç = « arbousier ».

+ arbrarede / aubrarede, s. f. ; (jardin et arbrarede ; jardin et aubrarede) ; francisation essayant de noter une prononciation locale de l’occitan albareda = « saulaie ».

+ arrouzan, adj. m. ; (les jardins arrouzans) ; graphie corrompue du français moderne arrouzant / arrousant ou de l’occitan arrosant, synonyme de asagant = « disposant d’eau pour l’arrosage ».

+ attuffet, s. m. ; (attuffetz et chastanetz) ; francisation du participe passé substantivé occitan atufat = « terrain mis en culture », « terrain bien entretenu ».

+ ayre, s. f. ; (les terres, ayre et clodz) ; graphie archaïque et francisée de l’occitan aira = « aire à dépiquer les céréales ».

+ boissiere / bouissiere / boissieyre, s. f. ; (une boissiere y ayant de chaines et corniers ; la boissiere et herm dix cestiers ; rouviere et boissieyre) ; francisation de l’occitan boissièra = « terrain couvert de buis », par extension « terrain inculte ».

+ broussas, s. m. ; (rouviere, brugas et broussas) ; francisation de l’occitan brossas = « lande de bruyères ».

+ broussieyre, s. f. ; (un issart et broussieyre) ; francisation de l’occitan brossièra = « terrain couvert de bruyères ».

+ brugas, s. m. ; (issart et brugas) ; occitan brugàs = « terrain couvert de bruyère ou de broussailles ».

+ canabiere / canabieyre, s. f. ; (jardin et canabiere ; pré, jardins et canabieyres) ; francisation de l’occitan canabièra = « chènevière ».

+ cadanede / cadenede, s. f. ; (rouviere et cadanede ; euzes et cadenedes) francisation de l’occitan cadeneda = « lieu couvert de genièvres ».

+ canton, s. m. ; (un canton de castanet ; un canton d’ollivette) ; occitan canton = « petite parcelle ».

+ castagners / chastagnés / chastagniers, s. m. pl. ; (euziere y ayant quelques chastagnés ; issart complanté nouvellement de jeunes chastagniers) ; francisation de l’occitan castanhièr et du nord-occitan chastanhièr = « châtaignier ».

+ castanet / chastanet, s. m. ; (chastanet et broussas) ; occitan castanet, nord-occitan chastanet = « châtaigneraie » ; les deux formes se rencontrent avec la même fréquence dans ce compoix, quelquefois à quelques lignes de distance.

+ cavaillon, s. m. ; (une terre y ayant de cavaillons, bois et clapasses ; clos joignant le chasteau et complanté de cavaillons) ; francisation de l’occitan cavalhon = « vigne en échalas ».

+ chaine / chayne, s. m. ; (une boissiere y ayant de chaines ; un herm y ayant quelques chaynes) ; français moderne chaine = « chêne blanc » ; synonyme de rove.

+ clapasses, s. m. pl. ; occitan clapàs = « terrain couvert de pierres ».

+ clos / clodz, s. m. ; (un clos joignant le chasteau ; ayre et clodz joignant le chasteau) ; francisation de l’occitan claus = « enclos ».

+ cornier, s. m. ; (une boissiere y ayant de chaines et corniers) ;

+ couderc, s. m. ; (un couderc d’herbage) ; francisation de l’occitan coderc = « petit champ servant de lieu de pacage temporaire près de la ferme ».

+ escaire / escayre, s. m. ; (le tout faizant plusieurs escaires) ; occitan escaire = « angle droit ».

+ escarassieyre, s. f. ; (jardin sequant et escarassieyre) ; francisation de l’occitan escarrassièra, synonyme d’escarassada = « vigne étalée, à rameaux tombants ».

+ euze, s. m. ; (euzes et cadenedes) ; graphie archaïque de l’occitan euse = « chêne vert ».

+ euziere, s. f. ; (euziere et rouviere) ; francisation de l’occitan eusièra = « bois de chênes verts ».

+ faisse / faysse, s. f. ; (trois faisses de terre) ; francisation de l’occitan faissa = « bande de terre soutenue par un mur ».

+ garroussieyre, s. f. ; (un bois et garroussieyre) ; francisation de l’occitan garrussièra = « terrain couvert de chênes kermès ».

+ herbage, s. f. ; (une piece d’herbage ; une herbage, jardin et aubrarede)) ; francisation de l’occitan erbatge = « prairie naturelle ». En occitan le mot est du masculin.

+ herboux, s. m. ; (un pré et herboux) ; francisation de l’occitan erbós = « terrain herbeux », synonyme de herbage.

+ herm / herme, s. m. ; (terre et herme ; un herm y ayant quelques chaynes) ; graphie corrompue de l’occitan èrm = « terrain inculte ».

+ issart, s. m. ; (un issart et broussieyre) ; occitan issart = « terrain défriché ».

+ labouratifve, adj. f. ; (terres labouratifves) ; francisation de l’ancien occitan laborativa = occitan moderne laurabla = « labourable ».

+ jardin, s. m. ; (les jardins arrouzans ; les jardins sequans) ; français moderne jardin ; a remplacé l’occitan òrt, attesté uniquement comme nom propre de lieu : a l’Ort de las Portes un jardin sequan.

+ ollivette, s. f. ; (ollivettes, vignes ; un canton d’ollivette) ; francisation de l’occitan oliveta = « oliveraie ».

+ olliviers, s. m. pl. ; (terre y ayant d’olliviers) ; graphie corrompus de l’occitan olivièrs = « oliviers ».

+ pertenement, s. m. ; (un grand pertenement de boissiere et herm) ; occitan pertenement = « tènement ».

+ pesquier, s. m. ; (la terre et pesquier) ; occitan pesquièr = « mare servant de vivier ».

+ prat, pré, pred, s. m. ; (un canton de prat ; terre, prat et ribe ; le pré deux cartes, un pred et herboux) ; occitan prat, français moderne pré ou pred = « pré ». Les formes prat ou pré sont les plus fréquentes dans ce compoix.

+ rancarede / ranquarede s. f. ; (herm et rancarede) ; francisation de l’occitan rancarèda = « chaîne de rochers ».

+ ribe, s. f. ; (la ribe et herbage ; prat et ribe… la faisse et ribas) ; francisation de l’occitan riba = « berge de cours d’eau aménagée » ; dans l’article le terme ribe est explicité ensuite par faisse et ribas, correspondant à l’occitan faissa et ribàs = « bande de terre soutenue par un mur et rive escarpée ».

+ rouves, s. m. pl. ; (terre, rouves et brugas) ; francisation de l’occitan roves = « chênes blancs »

+ rouviere, s. f. (euziere et rouviere) ; francisation de l’occitan rovièra = « bois de chênes blancs ».

+ sequant / secan, adj. m. ; (jardin sequant ; jardin secan) ; graphie corrompue de l’occitan secant = « sans eau », « sans puits ».

+ seriziers, s. m. pl. ; (terre y ayant quelques seriziers) ; français moderne serizier = français contemporain cerisier ; a remplacé la forme occitane cerièr.

+ serre, s. m. ; (la sommité du serre) ; occitan serre = « montagne ».

+ sommité / somité, s. f. ; (la sommité du serre ; la somité du serre) ; français moderne sommité = « sommet » ; a remplacé l’occitan aigavèrs, francisé dans les compoix en aiguevers.

+ sterial / esterial, s. m. ; (a la Pommieyre un sterial y ayant quelques cabassos de castagners ; un herm, esterial) ; variante locale de l’occitan esterigal = « lieu stérile ».

+ terre, s. f. ; (terre et aubrarede ; terres, vignes, trellatz le tout joignant) ; francisation de l’occitan tèrra = « terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer ».

+ treillat, s. m. ; (terres, vignes, treillatz) ; francisation de l’occitan trelhat = « vigne sur treille », « tonnelle » ; synonyme de treille.

+ treille, s. f. ; (une terre y ayant des treilles) ; francisation de l’occitan trelha = « treille ».

+ vallat, s. m. ; (confrontant du pied le vallat) ; graphie archaïque de l’occitan valat = « fossé », « ruisseau ».

+ vigieyre, s. f. ; (brugas, vigieyre et herm) ; francisation de l’occitan vigièra = « oseraie ».

+ vigne, s. f. ; francisation de l’occitan vinha.

– Les voies de communication :

            En zone bâtie, c’est le terme carrieyre (< occitan carrièra = « rue », « chemin ») qui est le seul en usage dans ce compoix ; le terme français chemin est réservé pour les voies qui desservent les zones rurales à l’intérieur de la communauté et qui desservent aussi les communautés voisines (le chemin allant de la Fabregue a l’esglize ; le chemin d’Anduze ; le chemin d’Allez).

– Le bâti :

+ beal, s. m. ; (le tout joignant avec leur paissiere, beal et resclauze) ; français moderne beal ; a remplacé l’occitan besal = « bief de moulin ».

+ court, s. f. ; (une grande court ; jasse et court) ; français moderne court ou francisation de l’occitan cort = « cour ».

+ courtiel, s. m. ; (jasse, court, courtiel) ; francisation de l’occitan cortiel, variante de cortil = « cour de ferme », « bercail ».

+ cuizine, s. f. ; français moderne cuizine / cuisine ; a remplacé l’occitan foganha.

+ garenne, s. f. ; (la cour ou garenne ou porge) ; francisation de l’occitan garena ou français moderne garenne = « lieu clos où l’on nourrit les lapins ».

+ jasse, s. f. ; francisation de l’occitan jaça = « bergerie ».

+ maizon, s. f. ; (maizon ou il habite la plus grande partie du temps) ; français moderne maizon / maison ; a remplacé l’occitan ostal.

+ molin, s. m. ; (un molin a blé et un molin a huille et autre molin pour parer les draps) ; maintien de la graphie occitane molin pour le français moulin.

+ paissiere, s. f. ; francisation de l’occitan paissièra = « chaussée d’un moulin ».

+ pallier / palher ; francisation de l’occitan palhièr =  » partie de la maison ou bâtiment à part où on entrepose la paille, le fourrage  » ; la forme palher est rare dans ce compoix.

+ pigeonnier, s. m. ; (une grande salle, chambre, pigeonnier) ; a remplacé l’occitan colombièr.

+ porge, s. m. ; (la cour ou garenne ou porge) ; occitan pòrge = « portique ».

+ poursiel, s. m. ; (sa maison et un petit poursiel) ; francisation de l’occitan porciel, variante de porcil = « soue », « loge à cochons ».

+ resclauze, s. f. ; francisation de l’occitan resclausa = « écluse d’un moulin ».

– Les points cardinaux :

+ du levant = « du côté est ».

+ du couchant = « du côté ouest ».

+ du vent droit = « du côté nord ».

+ du midy = « du côté sud ».

En outre en zone escarpée les ponts cardinaux précisant les confronts sont doublés par : du chef = « en haut », du pied = « en bas », d’un costé = « d’un côté », d’autre costé = « d’un autre côté » (du chef qui est du couchant).

– Les mesures de superficie :

+ pour le bâti : le dextre.

+ pour l’agraire : la salmée, la carte, le cestier, le boisseau, le destre.

– Le système monétaire :

+ la livre, le sol, le denier, la malhe, la pogeze, la pite.

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