Saint-Félix-de-Pallières (1637)

compoix St Felix de Pallieres

Pierre CASADO

Compoix de Saint-Félix-de-Pallières

 

Ce compoix est formé d’un registre de 197 folios en dépôt aux Archives municipales de Saint-Félix-de-Pallieres sous la cote CC1.

Au début du registre se trouve le verbal des auteurs du compoix, « Libvre de compoix du lieu de St Phelix de Pallieres faict par David et autre David Fontanès pere et filz, habitants d’Anduze, 1637 ». À la suite se trouvent onze folios blancs, puis six folios de rubrique. Est décrit ensuite en deux folios et demi un premier protocole selon lequel le compoix a été effectué avec un exposé de la table des degrés de valeur des biens. Le corpus débute immédiatement après sur le même folio sur lequel s’achève ce premier protocole. Au folio 161 sont déclinés les forains mais sans que soit formulée cette dénomination. Cette partie est intitulée « les lieux qui ont pieces dans la dicte parroisse et juridiction de Sainct Phelix de Palliere » et se termine par « Monte tout le bien rural trente deux livres, quinze soulz, dix deniers, malhie, pogeze et demi, cy.. ». Le « Cayer des biens préthendus nobles » est décliné au folio 175.

Au folio 185 verso se trouve le verbal de rémission du compoix par Fontanès, père et fils. S’ensuit au folio 187 le protocole d’établissement du compoix, qui fait état du refus des habitants de Saint-Phélix de donner à faire le nouveau compoix au sieur Cabannes. Ce sera Fontanès, père et fils qui emporteront le contrat. Puis le texte du protocole fait état du litige entre les habitants de Saint-Phélix et Monsieur de Mazaribal, lequel refuse de laisser arpenter et compezier ses propriétés, arguant des titres de noblesse de ses terres. Le compoix s’achève au folio 190, verso par l’autorisation de la cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier, datée de 1637. S’ensuivent 5 folios blancs.

Les mutations sont rares et courent de 1727 à 1736.

Le lexique de ce compoix ressortit encore majoritairement à la langue occitane adaptée au système paradigmatique du français (féminin en /-e/ au lieu de /-a/ ; les mots français jardin et maison ont éliminé les mots occitans òrt et ostal.

Lexique

– L’agraire :

+ abarinier, s. m. ; (ung grand pred rozant, ung chesne et certains abariniers appellé le Prat de la Resclauze) ; occitan abarinièr, variante dialectale de amarinièr = « osier ».

+ advictz, s. m. ; (arbres fructiers, noguiers et advictz au cousté dudict mas) ; graphie francisée et corrompue de l’occitan vitz, var. avís = « pied de vigne ».

+ amorier, s. m. ; (jardin sequant y ayant ung amorier et avictz) ; occitan amorièr = « mûrier ».

+ arbre fructier, s. m. + adj. m. ; (terre laborative en plusieurs faisses y ayant plusieurs advictz, chesnes, periers et arbres fructiers) ; français moderne arbre fructier = « arbre fruitier » ; il est difficile de préciser de quelle espèce d’arbre il s’agit, car le châtaignier, le cornouiller, le figuier, le noyer, l’olivier, le poirier, le prunier sont explicitement nommés.

+ arozant, part. en fonction d’adj. ; (ung pred arozant ; var. rozant) ; français moderne arozant = « ayant la faculté d’être arrosé, irrigué ».

+ beal, s. m. ; (escluzes, bealz et cap resclaux) ; français moderne beal = « bief de moulin » ; a remplacé l’occitan besal.

+ biscaire, s. m. ; (la vigne de Jaques Resfons faizant biscaire) ; occitan bescaire / biscaire = « ligne oblique ».

+ boisses, s. m. pl. ; (ung grand pertenement de bruguas, broussas et boisses) ; occitan boisses, pluriel de bois = « buis ».

+ boissiere, s. f. ; (ung bosc, boissiere et euziere) ; francisation de l’occitan boissièra = « terrain couvert de buis », « terrain de mauvaise qualité ».

+ bosc, s. m. ; (un bosc, boissiere et euziere) ; occitan bòsc = « bois ».

+ broussas, s. m. ; (ung grand pertenement de bruguas, broussas et boisses appellé le Bruguas de la Borne) ; francisation de l’occitan brossàs = « terrain couvert de broussailles ».

+ bruguas, s. m. ; (une terre laborative, bruguas et euziere) ; graphie archaïque de l’occitan brugàs = « terrain couvert de bruyère ».

+ campmas, s. m. ; (ung campmas de ladicte maizon jusques a la faisse dessoubz les vignes) ; forme corompue de l’occitan capmas = « domaine agricole principal », « partie du domaine qui offre le meilleur rapport ».

+ canabiere, s. f. ; (terre laborative y ayant canabiere, ung petit coing de jardin) ; francisation de l’occitan canabièra = « chènevière ».

+ cap resclaux, s. m. + adj. m. ; (escluzes, bealz et cap resclaux) ; occitan capresclaus = « chaussée de l’écluse d’un moulin ».

+ chastanet, s.m. ; (ung chastanet faizant esquaire) ; français moderne chastanet, adaptation de l’occitan castanet = « châtaigneraie ».

+ chastanier, s. m. ; (euziere y ayant certains chastaniers) ; français moderne chastanier, adaptation de l’occitan castanhièr = « châtaignier ».

+ chesne, s. m. ; (herm y ayant deux chesnes ; ung devez y ayant certains chesnes et euzes) ; français moderne chesne = « chêne blanc » dans ce compoix ; a remplacé l’occitan rove.

+ clapasses, s. m. pl. ; (terre laborative a ayant certains clapasses et herm) ; occitan clapasses, plur. de clapàs = « tas de pierres », « pierrier ».

+ claux, s. m. ; (ung claux appellé le Rang del Tieure) ; occitan claus = « enclos ».

+ clos, s. m. ; (ung petit clos) ; français moderne clos = « enclos » ; a remplacé l’occitan claus.

+ coderc / couderc, s. m. ; (ung coing de coderc au dernier la dicte maison ; le coderc, deux cesterées, trois cartes ; ung couderc servant de chemin pour aller à la fontaine du Mas de Frelix) ; occitan codèrc = « terrain vague ».

+ cornier, s. m. ; (chesnes, corniers et olliviers) ; francisation de l’occitan cornhièr = « cornouiller ».

+ devez, s. m. ; (ung grand pertenement d’euziere, pattus et devez) ; francisation de l’occitan devés = « devois, champ ou bois où les bêtes ne pouvaient pas pâturer de mars à septembre ».

+ englade, s. f. ; (ung pred et englade, moitié pred et l’autre englade) ; francisation de l’occitan anglada = « terrain nivelé pour être cultivé ».

+ eschalas, s. m. ; eschalasses, s. m. pl. ; (ung jardin rozant et sequant, terres et eschalasses appellé le Jardin de la Hourne) ; français moderne eschalas et eschalasses, plur. de eschalas = « échalas de vigne » ; v. escarasses.

+ escarasses, s. m. pl. ; (piece de terre en faisses a ayant des advictz, escarasses et arbres fructiers) ; occitan escarrasses, plur. de escarràs = « échalas de vigne ».

+ escarassiere, s. f. ; (ung petit coing d’escarassiere ; une escarassiere et herm) ; francisation de l’occitan escarrassièra = « vigne étalée, à rameux tombants ».

+ esquaire, s. m. ; (ung chastanet faizant esquaire) ; francisation de l’occitan escaire = « angle droit ».

+ euziere, s. f. ; (ung bosc, boissiere et euziere y ayant certains chastaniers) ; francisation de l’occitan eusièra = « bois de chênes verts ».

+ faisse, s. f. ; (une terre laborative en plusieurs faisses) ; francisation de l’occitan faissa = « bande de terre allongée souvent en étage »

+ figuier, s. m. ; (petit coing de jardin sequant… y ayant certains figuiers) ; occitan figuièr = « figuier » ; la forme attendue aurait due être figuière < occitan figuièra au féminin, d’un usage plus répandue.

+ forquier, s. m. ; (certains roves et forquiers et advictz au cousté des maisons) ; occitan forquièr = « micocoulier pour faire des fourches ».

+ fraisse, s. m. ; (pred sequant y ayant noguiers et fraisses) ; occitan fraisse = « frêne ».

+ frigoullas, s. m. ; (ung grand pertenement de frigoullas appellé lou Devez de Roussel) ; occitan frigoulàs = « terrain couvert de thym », « terrain de mauvais rapport ».

+ girbas, s. m. ; (terre laborative et girbas) ; occitan girbàs = « terrain couvert de gazon ».

+ herm, s. m. ; (piece terre, herm et rousigadou ; ung coing d’herm au dessus) ; occitan èrm = « terrain inculte ».

+ hiere, s. f. ; (terre… dans laquelle y a l’hiere et aubins au dernier le pallier ; ung coing de roviere et devez dans laquelle y a l’hiere appellé l’Aire) ; graphie francisée et corrompue de l’occitan ièra = « aire à dépiquer les céréales ».

+ jardin, s. m. ; (ung petit coing de jardin ; ung petit coing de terre que autrefois estoict jardin) ; français moderne jardin qui a remplacé l’occitan òrt.

+ jonquasse, s. f. ; (herm, pelenc et jonquasse ; pred rozant, jonquasses et rouzigadou) ; occitan joncassa = endroit marécageux où pousse le jonc ».

+ laborative, adj. f. ; (une terre laborative en plusieurs faisses) ; français moderne laborative = « labourable ».

+ molasses, s. m. pl. ; (roviere, euziere, molasses et bosc) ; occitan molasses, pluriel de molàs = « terrain boueux, marécageux ».

+ noguier, s. m. ; (terre laborative y ayant certains noguiers) ; occitan noguièr = « noyer ».

+ ollivette, s. f. ; (une terre, ollivette au dernier et costé ledict mas) ; francisation de l’occitan oliveta = « oliveraie ».

+ ollivier, s. m. ; (corniers, olliviers) ; graphie corrompue de l’occitan olivièr = « olivier ».

+ pattus, s. m. ; (ung grand pertenement d’euziere, pattus et devez) ; occitan pàtus = « pacage ».

+ pelenc, s. m. ; (piece de terre laborative et pelenc) ; occitan pelenc = « terre couverte d’herbe rase ».

+ peras, s. m. ; (terre laborative appellée le Serre de l’Aire y ayant ung grand peras) ; occitan peràs = « poirier sauvage ».

+ perier, s. m. ; (terre laborative en plusieurs faisses y ayant plusieurs advictz, chesnes, periers et arbres fructiers) ; occitan perièr = « poirier ».

+ pertenement, s. m. ; (ung grand pertenement de devez, roviere et pelenc) ; occitan pertenement = « tènement ».

+ plantier, s. m. ; (ung plantier d’un an) ; occitan plantièr = « jeune vigne ».

+ pred, s. m. ; (ung pred rozant ; ung pred arozant) ; français moderne pred = « pré »; a remplacé l’occitan prat.

+ prunier, s. m. ; (ung coing de terre et herm y ayant certains pruniers et advictz) ; occitan prunièr = « prunier ».

+ rabugasses, s. m. pl. ; (ung grand pertenement de bosc, rebugasses et devez) ; occitan rabugasses, pluriel de rabugàs = « taillis ».

+ ranquarede, s. f. ; (terre laborative et ranquarede) ; francisation de l’occitan rancareda = « escarpement rocheux ».

+ ribas, s. m. ; (ung ribas qui est au dessoubz ledict pred) ; occitan ribàs = « talus », « bord de cours d’eau escarpé ».

+ rozant, part. en fonction d’adj. ; (ung pred rozant ; un coin de jardin rozant ; var. arozant) ; français moderne rozant = « ayant la faculté d’être arrosé, irrigué ».

+ rousigadou / rouzigadou, s. m. (herm et rousigadou ; pred rozant, jonquasses et rouzigadou) ; francisation de l’occitan rosigador = « terre à l’herbe rase et de faible qualité fourragère » ; synonyme pelenc.

+ rove, s. m. ; (certains roves et forquiers et advictz au cousté des maisons) ; occitan rove = « chêne blanc ».

+ roviere, s. f. ; (autre piece roviere et devez) ; francisation de l’occitan rovièra = « bois de chênes blancs ».

+ sarade, s. f. ; (…faizant séparation de la paroisse de Vabre qu’est du loung de la sarade de Piechraux) ; occitan sarrada = « colline isolée ».

+ sequant, part. en fonction d’adj. ; (ung jardin sequant appellé l’Hort de la Font) ; français moderne sequant = « ne disposant pas de la faculté d’être arrosé, irrigué ».

+ terre, s. f. ; (terre laborative) ; francisation de l’occitan tèrra = « terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer ».

+ trelhat, s. m. ; (ung coing de terre longue y ayant au pied de trelhatz) ; occitan trelhat = « vigne sur treille ».

+ vigne, s. f. ; (une vigne appellade la Vigne del Malinias ; ung devez… dans lequel y a une vigne ruinée) ; francisation de l’occitan vinha = « vigne ».

– Le bâti :

+ aubins, s. m. ; (hiere et aubins au dernier le pallier) ; forme rare, variante de aubise, francisation de l’occitan òbisa = « appentis » ; synonyme alapens.

+ cazal, s. m. ; (herm et devez… y ayant ung cazal ; ung cazal au Mas de Lalle) ; occitan casal = « petite contruction proche ou éloignée de la maison, quelquefois sans toiture, mais toujours en relation directe avec la gestion de la maison ».

+ chambre, s. f. ; (maizon, chambres, greniers, palliers…) ; français moderne chambre = « chambre » ; a remplacé l’occitan cambra.

+ court, s. f. ; (possiel, jasse, court et four) ; francisation de l’occitan cort = « cour ».

+ couvert, s. m. ; (le petit couvert trois canes) ; français moderne couvert = « petite construction munie d’une toiture » ; a remplacé l’occitan cubèrt.

+ escluze, s. f. ; (escluzes, bealz et cap resclaux); français moderne escluze = « écluse » ; a remplacé l’occitan paissièra.

+ estable, s. m. ; (possiel, estable et four) ; occitan estable = « étable ».

+ four / fourt, s. m. (court et four ; pallier, jasse, possiel, court et fourt) ; francisation de l’occitan forn = « four à pain » ; la forme fourt avec /-t/ final non étymologique est courante dans les compoix.

+ grenier, s. m. ; (greniers, palliers, possiel…) ; français moderne grenier = »grenier », « pièce où se stockent les grains » ; a remplacé l’occitan granièr.

+ jasse, s. f.; (possiel, jasse, court ; ung grand pertenement de devez, roviere, et pelenc y ayant au millieu une jasse); francisation de l’occitan jaça = « bergerie ».

+ maizon, s. f. ; (maizon, chambres, greniers, palliers…) ; français moderne maizon = « maison », « pièce à vivre » ; a remplacé l’occitan ostal.

+ mas, s. m. ; (mas… concistant en maizon, chambres, greniers, palliers, possiel, jasse, court et four) ; occitan mas = « ferme », « domaine agricole ».

+ molin bladier, s. m. + adj. m. ; (ung molin bladier garni de molles, escluzes, bealz et cap resclaux) ; occitan molin bladièr = « moulin à blé ».

+ molle, s. f. ; (ung molin bladier garni de molles) ; francisation de l’occitan mòla = « meule ».

+ pallier, s. m. ; (greniers, palliers, possiel, jasse…) ; francisation de l’occitan palhièr = « pailler ».

+ pesquier, s. m. ; (fontaine et pesquier) ; occitan pesquièr = « vivier ».

+ pigeonnier, s. m. ; (jardin rozant et sequant appellé le Grand Jardin y ayant le pigeonnier, fontaine et pesquier) ; français moderne pigeonnier ; a remplacé l’occitan colombièr.

+ possiel, s. m. ; (pallier, possiel, jasse ; possiel, estable et four) ; graphie corrompue de l’occitan porcil / porcièl = « loge à cochons ».

+ sellier, s. m. ; (chambres, greniers, estable, sellier, possiel, court et fourt) ; graphie corrompue de l’occitan celièr = « cellier ».

Table du compoix :

Compoix :

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