Compoix de Tornac (1634)

Tornac

Pierre CASADO

Ce compoix en dépôt aux archives municipales de Tornac est formé d’un registre de 159 folios ; il est muni d’une couverture en carton couvert de cuir ; la reliure est en mauvais état (feuilles volantes, cahiers décousus). Sur la couverture est noté Compoix de Tornac et dans le corpus on trouve Tournac et Tournac les Anduze, ce qui est indicatif de la façon occitane de prononcer le nom de ce village. Le compoix débute par une table des contribuables datée de 1784, suivie d’une table des contribuables de 1634 ; vient ensuite le protocole très complet indiquant les circonstances et les conditions dans lesquelles a été réalisé ce compoix (« …Me Jean Jallaguier consul dudict lieu de Tournac quy a dict que le libre de compois dudict lieu de Tournac se trouvant deschiré et rompu ce quy auroict occazionné les habitans dudict lieu de Tournac de s’assembler en corps de communaulté le segond janvier dernier… »). S’ensuit le corpus qui débute au folio 8 et s’achève au folio 151. Les deux derniers folios sont une addition de 1779 concernant les biens fonciers du prieur de Tornac. Ce compoix semble donc avoir été utilisé jusque vers la Révolution. Les mutations dans la marge de gauche sont sommaires, ne faisant état que du nom du nouveau propriétaire. La langue de ce compoix est du français régional du XVIIe siècle, adaptant les éléments du lexique occitan au système graphique français.

Lexique

– Le bâti :

+ aysimant, s. m. (une maison, aysimantz devant et degredz) ; francisation de l’occitan aisiment = « fosse à fumier contiguë à la maison servant de dépotoir, de latrines ».

+ cazal, s. m. ; (un cazal audict Trial) ; occitan casal = » petit bâtiment, proche ou loin de la maison et quelquefois sans toiture, perçu comme une annexe de la maison ».

+ court, s. f. ; (maison, estable, four, court) ; francisation de l’occitan cort = « cour ».

+ daut, s. m. ; (ung daut d’une maison, le debas apartenant a Mr de Monsauve) ; occitan daut [dawt], agglutination de d’aut = « partie supérieure ».

+ debas, s. m. ; occitan debàs = « partie inférieure », « rez-de-chaussée ».

+ degré, s. m. ; (degré couvert ou escallier, deux destres ; aysimantz devant et degredz) ; francisation de l’occitan degrà = « escalier ».

+ estable, s. m. ; occitan estable = « étable ».

+ fouganie, s. f. ; (salles, chambres,…, fouganie) ; francisation de l’occitan foganha = »pièce de la maison munie d’un foyer ».

+ four, s. m. ; francisation de l’occitan forn = « four ».

+ galinier, s. m. ; (galinier, ung destre) ; occitan galinièr = « poulailler ».

+ grenier, s. m. (salles, chambres, greniers) ; français moderne grenier = « partie supérieure de la maison ou se stockait l’approvisionnement pour les bêtes de trait » ; s’est substitué à l’occitan palhièr d’un usage plus fréquent dans ce compoix

+ jasse, s. f. ; francisation de l’occitan jaça = « bergerie ».

+ maison, s. f. ; (maison appellé le Mas Neuf) ; français moderne maison = « maison » ; s’est substitué à l’occitan ostal.

+ moullin, s. m. ; (ung moullin d’huille); français moderne moullin d’huille, occitan molin d’òli = « moulin à huile ».

+ palier / pallier, s. m. ; (estable et palier ; pallier, jasse) ; francisation de l’occitan palhièr = « grenier à paille ».

+ pigounier, s. m. ; (tenement de terres, vignes y ayant ung pigounier) ; forme corrompue du français moderne pigeounier = « pigeonnier » ; s’est substitué à l’occitan colombièr.

+ salle, s. f. ; (maison au Trial ou y a salle, chambres, greniers, fouganie, jasse…) ; français moderne salle ou francisation de l’occitan sala = « pièce à vivre ».

+ selestre, s. m. ; (selestre, trois destres) ; graphie corrompue de l’occitan celèstre = « terrasse à ciel ouvert ».

– L’agraire :

+ arbouset, s. m. ; (ung garigas de bruc et arbouset) ; francisation de l’occitan arbosset = terrain où poussent les arbousiers ».

+ ayre, s. f. ; (debvois et ayre) ; francisation de l’occitan aira = « aire à dépiquer les céréales ».

+ bois, s. m. (isartz ou y a de boisses a l’antour) ; occitan bois, pluriel boisses = « buis ».

+ boissarede, s. f. ; (terre, castanet, vigere et boissarede en Cam Negat) ; francisation de l’occitan boissareda = « terrain planté de buis », souvent synonyme de « terrain inculte ».

+ bosc, s. m. ; (ung bosc et euziere) ; occitan bòsc = « bois ».

+ bruc, s. m. ; (ung gariguas de bruc) ; occitan bruc = « bruyère ».

+ brugas, s. m. ; (euziere et brugas) ; occitan brugàs = « terrain couvert de bruyère », synonyme souvent de « terrain inculte ».

+ canabiere, s. f. ; (au terroir des Canabieres, un terre, canabiere et ribeiral) ; francisation de l’occitan canabièra = « chènevière ».

+ canton, s. m. ; (ung canton d’herme faisant poincte) ; occitan canton = « coin de terre ».

+ castanet / chastanet, s. m. ; (ung castanet appellé Marquasargues ; debvois et chastanetz) ; occitan castanet, franco-occitan chastanet = « châtaigneraie » ; la forme chastanet est rare dans ce compoix.

+ castanier, s. m. ; (ung herme et castanier) ; francisation de l’occitan castanhièr = « châtaignier ».

+ cavallion, s. m. ; (claux, pred et cavallion) ; francisation de l’occitan cavalhon = « vigne en échalas ».

+ chaine, s. m. ; (terre ou y a ung grand chaine) ; français moderne chaine = « chêne » ; il s’agit probablement d’un chêne blanc ; s’est substitué à l’occitan rove.

+ claux, s. m. ; (au terroir de la Condamine, ung claux, pred et cavallion) ; occitan claus = « enclos ».

+ clauzade, s. f. ; (y ayant dans ladite clauzade des arbres fruictiers) ; francisation de l’occitan clausada = « tènement borné par des murs de pierres ».

+ debvois, s. m. ; (debvois ou y a partie d’euzieres) ; français moderne debvois = « champ ou bois où les bêtes ne pouvaient pas pâturer de mars à septembre »; s’est substitué à l’occitan devés.

+ escarassiere, s. f. ; (jardins, escarassieres) ; francisation de l’occitan escarassièra = « vigne étalée, à rameaux tombants ».

+ eulze, s. m. (au terroir de las Planes ou y a ung eulze) ; graphie corrompue de l’occitan elze, euse = « chêne vert ».

+ euziere, s. f. ; (ung bosc et euziere) ; francisation de l’occitan eusièra = « bois de chênes verts ».

+ faisse, s. f. ; (deux faisses de terre) ; francisation de l’occitan faissa = « bande terre souvent étagée ».

+ feragiere, s. f. ; (ung jardin et feragiere pres les maisons) ; francisation de l’occitan ferragièra = « terrain près de la maison, cultivé en fourrage destiné à être mangé en vert ».

+ garigas / gariguas, s. m. ; occitan garrigàs = « grande parcelle de garrigue inculte ».

+ gravas, s. m. ; (ung castanet et gravas) ; occitan gravàs = « banc de gravier » ; synonyme de gravièr.

+ gravier, s. m. ; (ung tenemant de castanet, grand gravier, …) ; occitan gravièr = « banc de gravier au bord d’un cours d’eau ».

+ herme, s. m. ; (ung herme et isartz ou y a de boisses a l’antour) ; occitan èrm = « terrain inculte ».

+ isart, s. m. ; (ung isart pour semer bled) ; forme corrompue de l’occitan issart = « terrain défriché ».

+ jardin, s. m. ; (jardin sequan) ; français moderne jardin = « jardin » ; s’est substitué à l’occitan òrt.

+ jonquas, s. m. ; (pradinasses ou jonquas) ; occitan joncàs = « endroit humide où pousse le jonc ».

+ labouratifve, adj. f. ; (terres labouratifves) ; francisation de l’ancien occitan laborativa = « labourable ».

+ olivede / ollivette, s. f. ; (terres, predz, ollivettes, jardins) ; francisation de l’occitan oliveda / oliveta = « oliveraie ».

+ pactus, s. m. ; (ung pactus, garigas) ; graphie corrompue de l’occitan pàtus = « terrain de pacage pour les troupeaux le plus souvent en zone boisée ».

+ paran, s. f. ; (au devant sa maison une paran, ollivette) ; graphie corrompue de l’occitan parran = « lopin de terre clos de muraille près de la maison ou en bordure d’un chemin ».

+ pasturage, s. m. ; (ung pasturage, garigas) ; français moderne pasturage = « terrain de parcours pour les troupeaux » ; synonyme de l’occitan pàtus ; voir pactus.

+ pasturau, s. m. ; (au terroir de Therond ung pasturau) ; occitan pastural = « pâturage ».

+ pelen, s. m. ; (ung herme, pelen, jonquasses) ; graphie corrompue de l’occitan pelenc = « pâture sur les hauteurs de faible qualité ».

+ pibou, s. m. ; (grand gravier, pibous et vigiere) ; francisation de l’occitan píbol [pibυ] = « peuplier ».

+ pibourede, s. f. ; (ung gravier, pibourede et vigere) ; francisation avec prononciation locale de [l] comme un [r] de l’occitan piboleda = « plantation de peupliers ».

+ pouridou, s. m. (ung pred avec ung pouridou) ; francisation de l’occitan poiridor = « fosse à fumier », « compost ».

+ possieu / poussieu, s. m. ; (ung possieu ; poussieu et four) ; graphie notant la prononciation de [rs] > [ss] de l’occitan porcieu, variante de porcil = « soue à cochons ».

+ pradinas, s. m. ; (pradinasses ou jonquas) ; occitan pradinàs, au pluriel pradinasses = « grande prairie de mauvaise qualité ».

+ pred / prat / prad, s. m. ; (ung pred avec ung pouridou ; jardin, prat) ; français moderne pred = « pré » ; tend à se substituer à l’occitan prat rare dans ce compoix.

+ ribeiral / ribeyral, s. m. ; (ribeyralz, debvois et ayre) ; occitan ribieiral = « prairie en bordure d’un cours d’eau ».

+ roque, s. f. ; (ung herme, boisses et roques) ; francisation de l’occitan ròca = « rocher ».

+ rouviere, s. f. ; (herme et rouviere) ; francisation de l’occitan rovièra = « bois de chênes blancs ».

+ sequan, adj. m. ; (jardin sequan) ; forme corrompue de l’occitan secant = « ne disposant pas d’eau pour l’arrosage ».

+ terre, s. f. ; (ung contenemant de terres) ; francisation de l’occitan tèrra = « terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer ».

+ vigiere, s. f.; (pibous et vigiere); francisation de l’occitan vigièra = « oseraie ».

+ vigne, s. f.; (un contenemant de terres, vignes, predz, ollivettes); francisation de l’occitan vinha = « vigne ».

– Points cardinaux :

+ du levant = « du côté est ».

+ du midy = « du côté sud ».

+ couchant = « du côté ouest ».

+ d’aure = « du côté nord ».

– Mesures de superficie :

+ cesterée, s. f.; francisation de l’occitan sestairada = 3000 m2 environ pour les surfaces agraires.

+ carton, s. m.; occitan quarton = 750 m2 environ pour les surfaces agraires.

+ boissel, s. m.; occitan boissèl = 125 m2 environ pour les surfaces agraires.

+ destre, s. m.; occitan destre = 20 m2 environ pour les surfaces bâties.

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