Compoix de Sauve (1642-1643)

Compoix Sauve

PIERRE CASADO

COMPOIX DE SAUVE (GARD)

            Ce document daté de 1642-1643 est en dépôt aux Archives départementales du Gard sous la cote EDT 208 / 20. Il est constitué d’un registre de 391 folios, d’une écriture très lisible. Il est muni d’une couverture de carton recouvert de cuir brun. Il s’agit d’un usuel complet, débutant par le protocole (7 folios), suivi par la rubrique des assujettis (14 folios), puis par le corpus (258 folios) comportant un Cayer des biens prethendeus nobles à partir du folio 275. Le registre s’achève avec le certificat de remise du compoix par l’arpenteur Claude Gilly de Calvisson. Nous n’avons répértorié qu’une seule mutation dans ce registre, par contre les annotations en marge de gauche indiquant une nouvelle évaluation de l’impôt foncier pour certains biens sont nombreuses.

            La langue de ce compoix ressortit à la langue française du XVIIe siècle, avec francisation de tous les éléments du lexique occitan n’ayant pas de correspondant en français.

            Parmi les diverses natures de parcelles répertoriées nous avons noté la fréquence des vigieyres = « oseraies », indicatrice d’un artisanat de la vannerie, et la fréquence plus grande encore des issards / yssarts = « terrains défrichés », indicatrice de tentatives de nouvelles mises en culture. Nous avons noté l’absence dans ce compoix du terme occitan camp ou français champ.

——————————————-

Lexique :

– L’agraire :

+ ayre, s. f. : graphie archaïque et francisée de l’occitan aira = « aire à dépiquer les céréales ».

+ azaiguan, adj. m. ; pred azaiguan ; graphie archaïque de l’occitan asagant = « disposant d’eau pour l’arrosage ».

+ bois, s. m ; yssart et bois ; français moderne bois, remplaçant l’occitan bòsc = «  terrain boisé ».

+ canabiere, s. f. ; francisation de l’occitan canabièra = « chènevière ».

+ canier, canyer, s. m. ; vigne, canyer et vigieyre ; occitan canièr = « terrain où poussent les cannes ».

+ cavalhon, s. m. ; pred et vigne a cavalhon ; plantier a cavalhon ; occitan cavalhon = « vigne en échalas ».

+ claux, clos, s. m. ; ung claux de predz ; ung clos de terre ; francisation de l’occitan claus, et français moderne clos = « parcelle fermée de murs ».

+ debvois, s. m. ; français moderne debvois remplaçant l’occitan devés = « devois, champ ou bois où les bêtes ne pouvaient pas pâturer de mars à septembre ».

+ feragié, ferretgié, adj. m. ; jardin feragié ; jardin ferretgié ; graphie corrompue de l’occitan ferragièr = « cultivé en fourrage destiné à être donné vert comme nourriture au bétail »

+ herm, herme, s. m. ; graphie archaïque de l’occitan èrm = « terrain inculte ».

+ issard, issart, yssart, s. m. ; occitan issart, variante de eissart = « terrain défriché ».

+ jardin, s. m. ; remplace l’occitan òrt qui ne subsiste que comme nom de lieu (jardin dit l’Ort).

+ ollivette, s. f. ; francisation de l’occitan oliveta = « oliveraie ».

+ ouvert, adj. m. ; ung debvois ouvert aux Castelletz ; français ouvert = « étant considéré comme une terre vacante ».

+ parran, s. f. ; occitan parran = « lopin de terre clos de muraille près de la maison ou en bordure d’un chemin ».

+ pesquier, s. m. ; occitan pesquièr = « mare servant de vivier ».

+ plantier, s. m. ; occitan plantièr = « jeune vigne ».

+ pred, s. m. ; français moderne pred remplaçant l’occitan prat = « pré ».

+ rebeyral, s. m. ; graphie archaîque de l’occitan rebairal = « bord de cours d’eau ».

+ roue, s. f. ; jardin à roue ; français moderne roue traduction de l’occitan ròda = « noria ».

+ rouvieyre, rovierre, s. f. ; francisation de l’occitan rovièira = « bois de chênes blancs ».

+ saffraniere, saffranieyre, s. f. ; francisation de l’occitan safranièra = « terre où se cultive le safran ».

+ secq, adj. m. ; jardin secq ; graphie corrompue du français ou de l’occitan sec = « ne disposant pas d’eau pour l’arrosage ».

+ sequan, adj. m. ; ung pred sequan ; graphie corrompue de l’occitan secant = « ne disposant pas d’eau pour l’arrosage ».

+ vigieyre, vigeyre, s. f. ; francisation de l’occitan vigièra = « oseraie ».

+ vigne, s. f. ; français moderne vigne remplaçant l’occitan vinha = « vigne »

– Le bâti :

+ aizement, aiziment, s. m. ;  four couvert et aizement pour led. four ; = « dépotoir », « lieu de rangement ».

+ belloye, s. f. ; une belloye pres le Porte Neuve ; une beloye pres le Portal du Four ; occitan bellòia = « portique », « appentis ».

+ casal, cazal, s. m. ; occitan casal = « petite construction proche de la maison, quelquefois sans toiture ».

+ caulquieyre, s. f. ; maizon et caulquieyre près la Grand Fontayne ; francisation de l’occitan calquièra = « fosse de tanneur ».

+ celestre, cellestre, s. m. ; occitan celèstre = « ciel ouvert, espace fermé sans toit pour donner du jour », « terrasse à ciel ouvert ».

+ cisterne, s. f. ; français moderne cisterne ou francisation del occ. cistèrna, fr. « citerne ».

+ court, s. f. ; maizon et court ; français moderne court, ou graphie francisée de l’occitan cort = « cour ».

+ cros, s. m. ; occitan cròs = « trou près de la maison pour composter les déchets ».

+ crotte, s. f. ; francisation de l’occitan cròta = « voûte », « pièce voûtée ».

+ estable, s. f. ; ung estable ; occitan estable = « écurie » ; le genre féminin est le plus souvent attesté en occitan ; mais dans ce compoix le terme est au masculin.

+ four a fourches, s. m. + s. f.; francisation de l’occitan forn de forcas = « four servant à façonner les fourches en bois de micocoulier », activité artisanale dont la ville de Sauve s’était fait une spécialité.

+ garenne, s. f. ; francisation de l’occitan garena = « enclos où l’on nourrit des lapins » et non garenne qui en français signifie « bois taillis où les lapins vivent en liberté ».

+ jasse, s. f. ; francisation de l’occitan jaça = « bergerie ».

+ maizon, maison, s. f. ; français moderne maizon ou maison = « maison » ; a remplacé l’occitan ostal.

+ metterye, s. f. ; français moderne metterye = « métairie », « ferme » ; a remplacé l’occitan miejariá.

+ molin bladier, s. m. + adj. m. ; occitan molin bladièr = « moulin à farine ».

+ molin drappier, s. m. + adj. m. ; occitan molin drapièr = « moulin affecté au foulage des draps »

+ molin torilhe, s. m. + s. f.; occitan molin torilha = « petit moulin à farine que l’eau d’un ruisseau fait tourner, et dont la roue horizontale, qui porte des alluchons, n’est point enfermée dans une tonnelle comme celles des moulins à tonnelle des rivières » (abbé de Sauvages. 1785. Dictionnaire Languedocien-François, t. 2, p. 322, b. Nismes : Gaude).

+ palliere, s. m., s. f. ; francisation de l’occitan palhièr, palhièra = « pailler », « pièce ou petit bâtiment où l’on stocke la paille, le fourrage ».

+ pigeonier, pigonnyé, pignonnier, s. m. ; français moderne pigeonier et variantes corrompues, remplaçant l’occitan colombièr = « pigeonnier ».

+ poulalyer, s. m. ; français moderne poulalyer, remplaçant l’occitan galinièr = « poulailler ».

+ poursieu, possieu, s. m. ; graphie corrompue de l’occitan porcieu, variante de porcil = « soue ».

+ teulyere, s. f. ; francisation de l’occitan teulièra = « tuilerie », « fabrique de briques ».

– Les points cardinaux :

+ du levant = « du côté est ».

+ couchant = « du côté ouest ».

+ d’aure ; francisation de l’occitan aura (drecha) = « de vent droit », « du côté nord ».

+ de marin = « du côté sud ».

+ midy = « côté sud ».

– Système de mesure de superficie :

+ le destre, le pan, pour le bâti.

+ la cesterade, le carton / quarton, le destre, pour l’agraire.

– Système monétaire :

+ la livre, le sol, le denier, la pogeze.

Les commentaires sont fermés.