Compoix de Pommiers (1613)

compoix Pommiers

Pierre CASADO

COMPOIX DE POMMIERS (GARD)

            Ce compoix est un registre de 194 folios, en dépôt aux Archives municipales de Pommiers (Gard) ; il coté CC 1 et porte la date de 1612 donnée dans le protocole. Sa numérisation a été faite à la demande de la municipalité. Il existe deux compoix aux Archives municipales de Pommiers. Celui-ci est la matrice, c’est-à-dire le document ayant servi de référence pour l’autre registre que l’on nomme l’usuel et qui servait pour noter les mutations, les changements de nature des parcelles ou les ajustements d’impositions. Ce registre est exempt de toute rature et surcharge. Quelques articles présentent des lacunes (folio 102, recto, folio 148, verso), car le rédacteur n’avait sans doute pas toutes les informations disponibles sous la main.

            En mettant à part le premier folio produisant le titre orné de lettrines colorées et le deuxième folio offrant un huitain en alexandrins en hommage au Tout-Puissant, ce registre est formé de trois parties : 1) le protocole rappelant les conditions d’établissement de ce document cadatral (folio 3, recto-verso) + la table définissant le système de mesure, la qualité des biens bâtis et agraires et leur mode d’imposition (folio 4 au folio 5 verso) + le verbail rappelant les raisons de la nécessité de faire un nouveau compoix, les décisions prises par le conseil général des habitants et le choix de l’arpenteur, des prud’hommes et des indicateurs sur le terrain (folio 6 au folio 8). 2) la table des assujettis par ordre alphabétique des prénoms ou des titres (folio 9 au folio 18). 3) le corpus du compoix proprement dit du folio 19 au folio 176 verso. Le corpus s’articule lui-même sur deux parties : jusqu’au folio 110 sont déclinés les assujettis à la taille (impôt foncier) résidants dans la paroisse de Sainct André de Pomiés ; puis sont déclinés les forains, c’est-à-dire les assujettis résidants dans les paroisses de Sainct Laurens (Saint-Laurent-le-Minier), du Vigan, d’Aveze, de Sainct Bresson et enfin de Molieres. On peut dire que presque la moitié de ce document cadastral est réservée à des habitants des villages voisins. Il serait intéressant de voir ce que cela donne en matière de superficie et de nature de biens. Une étude historique pointilliste serait nécessaire.

            La langue de ce document, du point de vue de la syntaxe, ressortit essentiellement à la langue française du début du XVIIe siècle. En ce qui concerne le lexique, on est frappé par l’introduction, dans cette zone des Cévennes que l’on aurait pu penser conservatrice d’un point de vue linguistique, des termes français boscaige en concurrence avec bòsc, champ au lieu de camp, chemin au lieu de camin, jardin au lieu d’òrt, pred au lieu de prat, rue en concurrence avec carriera rare (écrit carriere), terroir au lieu de terrador (écrit alors terradou). Toutefois le lexique agraire demeure majoritairement de langue occitane (20 termes environ), bien que francisé.

Lexique

– L’agraire :

+ anglade, s. f. ; (jardin, treilhatz, canabiere, tout secquan et anglade y aiant certains olliviers le tout joigant la maison) ; francisation de l’occitan anglada = “terrain nivelé pour être cultivé”.

+ arbres fruictiers, s. m. pl. + adj. m. plur. ; équivaut au français contemporain arbres fruitiers, à l’occitan fruchièrs. Il est difficile de préciser de quels arbres fruitiers il s’agit : pommiers, cerisiers ?

+ arrozable, adj. m. ; (jardin arrozable) ; français moderne arrozable ou occitan arrosable, synonyme de asagant = “disposant d’eau pour l’arrosage”.

+ azagan, adj. m. et f. ; (jardin azagan partie de l’année); graphie corrompue de l’occitan asagant = “disposant d’eau pour l’arrosage”.

+ bosc, s. m. ; (ung bosc de chaynes pres lou Mas de Calvas) ; occitan bòsc = “bois” ;

+ boscaige, s. m. ; (piece de terre et boscaige de chaynes au terroir de reboules) ; français moderne boscaige = “bois” ; équivaut à l’occitan bòsc.

+ bruguas, s. m. ; (ung chastanet et bruguas) ; graphie archaïque de l’occitan brugàs = “terrain couvert de bruyère ou de broussailles”.

+ canabiere, s. f. ; francisation de l’occitan canabièra = “chènevière”.

+ canton, s. m. ; (ung petit canton de canabiere secquan) ; occitan canton = “coin de terre”.

+ chastanet, s. m. ; cette forme représente soit le nord-occitan chastanet, soit une forme hybride franco-occitane. La forme attendue à Pommiers serait castanet, car on trouve canabiere et non chanabiere. Ce terme équivaut au français contemporain châtaigneraie.

+ chayne, s. m. ; (ung champ et arbres chaynes ; piece yssartiel et herm y aiant certains arbres chaynes) ; français moderne chayne ; équivaut au français contemporain chêne blanc et à l’occitan rove qui se rencontre quelquefois dans ce compoix.

+ couailhe, s. f. ; (une piece rouviere et couailhes de champ au terroir de Peyralade) ; francisation de l’occitan coalha = “champ où l’on plante des boutures pour qu’elles racinent”, “pépinière”.

+ euziere, s. f. ; graphie archaïque et francisée de l’occitan eusièra = “bois de chênes verts”.

+ herm, s. m. ; (piece yssartiel et herm) ; graphie archaïque de l’occitan èrm = “terrain inculte”.

+ hermas, s. m. ; graphie archaïque de l’occitan ermàs = “mauvais terrain inculte”. Dans ce compoix ce terme est synonyme de herm, car dans un même article, à quelques lignes de distance, il désigne la même parcelle.

+ hiere, s. f. ; graphie corrompue et francisée de l’occitan ièra = “aire à dépiquer les céréales”.

+ jardin, s. m. ; (jardin azagan, jardin secquan) ; ce terme a remplacé le terme occitan òrt, attesté à Pommiers comme nom propre de lieu.

+ labourative, adj. f. ; (terre labourative) ; adjectif appartenant au français moderne ; équivaut à l’occitan laurable, au français contemporain labourable.

+ ollivette, s. f. ; graphie corrompue et francisée de l’occitan oliveta = “oliveraie”.

+ ollivier, s. m. ; graphie corrompue de l’occitan olivièr ou du français olivier.

+ piece de terre, s. f. + s. f. ; dans ce compoix cette expression est synonyme de “parcelle” ; elle est en général suivie d’un autre substantif en apposition explicitant la caractéristique rurale : « piece de terre champ », « piece de terre chastanet », « piece de terre rouviere », etc…

+ pred, s. m. ; (pred secquan) ; français moderne pred; équivaut au français contemporain pré ; a remplacé l’occitan prat.

+ ribe, s. f. ; (ung pred azagan et ribes dessus le beal) ; francisation de l’occitan riba = “terrain en bord de cours d’eau”.

+ rouve, s. m. ; (une piece herme et certains rouves) ; francisation de l’occitan rove = “chêne blanc”.

+ rouviere, s. f. ; francisation de l’occitan rovièra = “bois de chênes blancs”.

+ saffraniere, s. f. ; francisation de l’occitan safranièra = “terre où se cultive le safran”.

+ secquan, adj. m. et f. ; (canabiere secquan, jardin secquan, pred secquan) ; graphie corrompue de l’occitan secant = “sans eau”, “sans puits”.

+ sercliere, s. f. ; graphie corrompue de l’occitan cerclièra = “taillis de châtaigniers dont les gaules servent à faire des cerceaux, des cercles pour certaines futailles”.

+ tailhade, s. f. ; (ollivette et tailhade ; piece de terre chastanet ou tailhade) ; graphie francisée de l’occitan talhada = “taillis”, “coupe de bois”, en l’occurrence de chataigniers.

+ terroir, s. m. ; (au terroir de Peyralade ; au terroir de las Faisses) ; dans ce compoix, ce terme a le sens de “tènement”, “portion du territoire de la communauté”.

+ treilhat, s. m. ; (piece de terre complantée de treilhatz et arbres fruictiers) ; graphie archaïque et francisée de l’occitan trelhat = “vignes sur treille”.

+ vallat, s. m. ; (vallat au milhieu) ; graphie archaïque de l’occitan valat “fossé naturel ou artificiel où s’écoulent les eaux”.

+ vigne, s. f. ; graphie française de l’occitan vinha.

+ yssart, s. m. ; graphie archaïque de l’occitan issart = “terrain défriché”.

+ yssartiel, s. m. ; diminutif du précédent = “petit terrain défriché”.

– Les voies de communication :

            En zone bâtie le terme français rue est le plus en usage dans ce compoix ; le terme français chemin est réservé pour les zones rurales. Le terme occitan carrièra, francisé en carriere, est rare (la carriere publique dudict mas de Roquevieilhes). Son sens recouvre les deux sens de “rue” et de “chemin”.

– Le bâti :

+ campmas, s. m. ; graphie corrompue de l’occitan capmas = “domaine agricole principal”, “hameau centre d’un domaine agricole”.

+ cazal, s. m. ; graphie archaïque de l’occitan casal = “petit bâtiment servant de remise, quelquefois sans toit, proche ou éloigné de l’habitat principal mais toujours perçu comme une annexe de la maison”.

+ cledarede, s. f. ; (ung chastanet et cledaredes au terroir de la Loubiere) ; francisation de l’occitan cledareda = “groupe de séchoirs pour les châtaignes” ; voir clede.

+ cledaret, s. m. ; cledarés, s. m. pl. ; (ung chastanet, vigne et certains chaynes a l’Ayrolle y aiant ung cledaret ; ung chastanet et cledarés au terroir des Faisses) ; occitan cledaret, au pluriel cledarets, corrompu en cledarés = “groupe de séchoirs pour les châtaignes” ; voir clede.

+ clede, s. f. ; (maison, four, court, clede) ; francisation de l’occitan cleda = “petit bâtiment, séchoir pour les châtaignes ou les figues”.

+ court, s. f. ; français moderne court ou francisation de l’occitan cort = “cour”.

+ courtiel, s. m. ; (maison habitable, pallier, pourcil, courtielz, jardins secquans) ; francisation de l’occitan cortiel, variante de cortil = “cour de ferme”, “bercail”.

+ couvert, s. m. ; français moderne couvert ou francisation de l’occitan cobèrt ou cubèrt = “toiture”.

+ douverte, adj. f. s. ; (une maison ruynée douverte ny aiant que le couvert sans portes ny fenestres ny solliers) ; francisation de l’occitan doberta = “ouverte, sans fermeture”.

+ estable, s. m. ; français moderne estable ou occitan estable = “écurie”, “étable”.

+ fougaigne, s. m. ; (maison, fougaigne, chambres, estables) ; francisation de l’occitan foganha = “pièce de la maison possédant un foyer”.

+ jasse, s. f. ; francisation de l’occitan jaça = “bergerie”.

+ maison, s. f. ; ce terme ressortissant à la langue française a remplacé l’occitan ostal. Dans ce compoix il est déterminé par l’adjectif habitable (une maison habitable).

+ mas, s. m. ; (ung mas et campmas contenant maisons, court, pallier, hiere, jardins secquans, jardins azagans, champs, vignes, chastanetz, rouviere, le tout joigant assis audict terroir de Robieu) ; il semble que dans ce compoix et à cette époque le terme mas a eu le sens de “domaine agricole” et non de simple “ferme”.

+ pallier, s. m. ; palliere, s. f. ; francisation de l’occitan palhièr, palhièra = “pailler”, “partie de la maison ou bâtiment à part où on entrepose la paille, le fourrage”.

+ pourcil, s. m. ; (maison, four, court, clede, pourcil) ; francisation de l’occitan porcil = “soue”, “loge à cochons”.

+ rode, s. f. ; (molin a bled que conciste en deux rodes scitué en la parroisse de Pomiés et en la riviere de Gleppe avec son beal, escluze et jardins y joignant) ; francisation de l’occitan ròda = “meule de moulin”.

+ sollier, s. m. ; (maison… sans portes ny fenestres ny solliers) ; graphie corrompue et francisée de l’occitan solièr = “plancher”.

– Les mesures de superficie :

+ pour le bâti : la cane (4 m2) et le pan (1/8 de cane).

+ pour l’agraire : la cesterée (2000 m2), l’esminade (1000 m2), la carte (500 m2), le boissel (125 m2), le dextre (20 m2).

– Le système monétaire :

+ la livre, le sol, le denier, la mailhe, la pogeze, la picte.

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