Compoix de Manduel (seconde moitiée du XVIe s.)

compoix Manduel

Pierre CASADO

 

COMPOIX DE MANDUEL (GARD)

 

            Ce compoix est un registre de 443 folios en dépôt aux Archives départementales du Gard, sous la cote C 1053. M. VENTURINI l’a daté de 1651[1], date qui apparaît effectivement inscrite sur la couverture cartonnée. Mais nous ne pouvons accepter cette date. L’observation attentive des brins de fil de reliure des deux éléments de couverture en carton, détachés du registre, permet d’établir qu’ils ne sont ni de même section ni de même couleur que le fil de reliure du registre lui-même. Ces deux cartons ne sont probablement pas la couverture d’origine de ce registre. De plus la lecture du corpus du compoix fait montre d’une graphie typique de celle en usage au XVIe siècle. Ensuite les mutations en marge des rôles sont datées pour les premières de 1596 (fol° 240), 1599 (fol° 211) et les dernières sont datées de 1648-1651. Il faut donc attribuer à ce compoix comme date la seconde partie du XVIe siècle.

            Ce compoix est un usuel, surchargé de mutations dans les marges et en fin des rôles. Après le folio 370, il y a quelques folios blancs qui font la séparation avec une nouvelle série de rôles, faisant état de mutations et d’augmentations, datant du XVIIe siècle. Nombre de folios sont détachés de l’ensemble et sont déclassés. Il faut noter que l’identité des assujettis est déclinée par leur prénom indiqué en grosses lettres, suivi du patronyme en plus petit.

            Ce compoix ne comporte qu’une seule partie formée par le corpus. La rubrique (table des assujettis) et le protocole font défaut.

            La langue de ce compoix correspond au français de la fin du XVIe siècle. Il y a peu d’occitanisme (aqui pres). Le lexique agraire, comparé à celui d’autres compoix comme celui de Jonquières-Saint-Vincent, est relativement pauvre.

Lexique

– L’agraire :

+ ayre, s. f. ; (une ayre a las Tappies) ; francisation de l’occitan aira, variante de ièra = “aire à dépiquer les céréales”.

+ canabiere, s. f. ; (une canabiere au Roure Cornut) ; francisation de l’occitan canabièra = “chènevière”.

+ fossat, foussat, s. m. ; occitan fossat = “fossé”, “douve” au pied des fortifications.

+ hermas, s. m. ; graphie archaïque de l’occitan ermàs = “grand terrain inculte”.

+ jardin, s. m ; (maison et jardin pres le four de la ville) ; français moderne jardin ; a remplacé l’occitan òrt.

+ olivette, s. f. ; (rare, 1 occurrence) ; francisation de l’occitan oliveta = “oliveraie”.

+ parran, s. f. ; (une parran au chemin de la Treilhe) ; occitan parran = “lopin de terre clos de muraille près de la maison ou en bordure d’un chemin”.

+ plantier, s. m. ; (terre et plantier a Linhan) ; occitan plantièr = “jeune vigne”.

+ prat, s. m. ; (ung prat au Pradel) ; occitan prat = “pré”.

+ terre, s. f. ; francisation de l’occitan tèrra = “terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer”.

+ valat, s. m. ; (valat au mylieu) ; occitan valat = “fossé pour l’écoulement des eaux en zone rurale”.

+ vigne, s. f. ; (terre et vigne en Puech Couguol) ; francisation de l’occitan vinha.

– Les voies de communication :

+ carriere, s. f. ; francisation de l’occitan carrièra = “rue dans le village” ; rare dans ce compoix.

+ chemin, s. m. ; =  “chemin en zone rurale” ; a remplacé l’occitan camin.

+ passatge, s. m. ; (ung jardin et quatre pans de passatge distraict de la court) ; occitan passatge = “passage”.

+ rue, s. f. ; = “rue dans le village” ; terme le plus employé dans ce compoix au détriment de carriere.

– Le bâti :

+ cazal, cazal de maison, s. m. ; occitan casal = “petite construction, proche ou éloignée de la maison, quelquefois sans toiture, mais qui est toujours en relation directe avec la gestion de la maison”. Lorsque cette construction est située dans l’enceinte du village, et a pu être autrefois un habitat, elle est qualifiée de cazal de maison.

+ court, s. f. ; (une court ou cazal de maison dans ville) ; français moderne court ou francisation de l’occitan cort = “cour”.

+ estable, s. m. ; (ung estable et court) ; français moderne estable ou occitan estable = “écurie”, “étable”.

+ gleyze, s. f. ; (une pailhere dariès la gleyze) ; francisation de l’occitan glèisa = “église”.

+ hostal, s. m.; (ung hostal, court et cazal) ; graphie archaïque de l’occitan ostal = “maison” ; très rare dans ce compoix.

+ jasse, s. f. ; francisation de l’occitan jaça = “bergerie“.

+ maison, s. f. ; (une maison dans ville ; une maison descouverte) ; français moderne maison = “lieu d’habitation” ; a remplacé l’occitan ostal.

+ mas, s. m. ; (ung mas et court et parran au Pau ; ung mas descouvert ; ung mas concistant en maison, jasse, court et jardin et une petite terre joignant ledict jardin) ; occitan mas = “ferme”, “domaine agricole”.

+ pailhere, s. f. ; (une pailhere, court et pourcyeu ; une pailhere dariès la gleyze) ; francisation de l’occitan palhièra = “pailler”, “fenil”.

+ porcieu, porcyeu, pourcyeu, s. m. ; (une pailhere, court et porcyeu ; ung porcieu daries la gleize) ; graphie quelquefois francisée de l’occitan porcieu, var. de porciel / porcil = « soue ».

+ vanade, s. f. ; (maison, court et vanade) ; francisation de l’occitan vanada = “bergerie”.

– Les points cardinaux :

+ du levant = “du côté est”.

+ couchant = “du côté ouest”.

+ vent droit = “du côté nord”.

+ marin = “du côté sud”.

– Les mesures de superficie :

+ pour le bâti : le destre.

+ pour l’agraire : la saumade, l’eyminade / l’eymine, le cyvadier, le destre.

+ pour les chemins : le pan indiquant la largeur.

– Le système monétaire :

+ la livre, le sol, le denier, la maille, la pitte.


[1] VENTURINI, Alain. 2001. « Etat des compoix et brevettes ». Lien des Chercheurs Cévenols. Hors série n° 54.

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