Compoix de Jonquières-Saint-Vincent (1589)

Pierre CASADO

 

COMPOIX DE JONQUIÈRES-SAINT-VINCENT (GARD)

            Ce compoix est un registre de 342 folios en dépôt aux Archives départementales du Gard. Il est  coté C 1048 et porte la date 1589 indiquée dans le compte-rendu final (vue 636). Ce document, de dimensions 42 x 29 x 7, est un usuel surchargé avec de nombreuses mutations et augmentations en marge de gauche et ajoutées en fin de rôle, surtout dans la seconde partie. Le folio 89 manque et le folio 130 a été amputé de sa moitié inférieure. Les premiers folios du protocole, situé en fin de volume, sont détachés de l’ensemble. Ce registre est muni d’une couverture cartonnée recouverte de cuir. La reliure est fatiguée.

            Ce compoix est formé de trois parties : 1) le corpus proprement dit du folio 1 au folio 302. 2) le protocole exposant les raisons de la facture de ce nouveau compoix (vue 592, sq.), suivi du « département des claus du terroir du lieu de Jonquieres avec désignation des degréz » (vue 604, sq.), puis de la « table des degrés accordés par le précédent rapport » notifiant le taux d’imposition foncière selon la valeur des biens (vue 633, sq.), la mezure observée en l’arpentage (vue 634), et s’achevant avec le compte-rendu final le « verbal » (vue 636, sq.). 3) la table des assujettis par ordre alphabétique des prénoms avec quelques lacunes, folios manquants ou déchirés.

Lexique

– L’agraire :

+ canebiere, s. f. ; francisation de l’occitan canabièra = “chènevière”.

+ clappas, s. m. ; (terre herme et clappas) ; graphie archaïque de l’occitan clapàs = “terrain vague couvert de pierres près de l’habitation”.

+ ferrage, s. m. ; (terre destinée a fere ferrage) ; francisation de l’occitan ferratge = “fourrage”.

+ ferrajon, s. m. ; (terre comprenent ung petit ferrajon) ; francisation de l’occitan ferratjon = “petit champ de fourrage”.

+ herme, adj. f. (terre herme) ; graphie arhaïque et francisée de l’occitan èrma = “inculte”.

+ hermas, s. m. ; (ung hermas en mesmes claux de Sainct Laurens) ; graphie archaïque de l’occitan ermàs = “grand terrain inculte”.

+ hiere, s. f. ; (ung cazal, herme avec hiere) ; francisation de l’occitan ièra = “aire à dépiquer les céréales”.

+ hollivier, s. m. ; (une terre, hermas avec quelques holiviers y complantés) ; graphie corrompue de l’occitan olivièr = “olivier”.

+ jardin, s. m. ; (maison, courtz, sueille et jardin contigus) ; français jardin ; a remplacé l’occitan òrt.

+ ollivete, s. f. ; francisation de l’occitan oliveta = “oliveraie”.

+ palun, s. m. ; occitan palús ou palun = “marais”.

+ parran, s. f. (parran ou clappas a Junquieres) ; occitan parran = “lopin de terre clos de muraille près de la maison ou en bordure d’un chemin”. NB. Dans ce compoix le terme est quelquefois employé au masculin.

+ pré, s. m. ; (ung pré assis a la Palun) ; français moderne pré, que l’on trouve plus souvent dans d’autres compoix contemporains sous la forme pred ; a remplacé l’occitan prat.

+ robine, s. f. ; francisation de l’occitan robina = “canal”, “fossé d’assèchement”.

+ treilhe, s. f. ; francisation de l’occitan trelha = “vigne sur treille”.

+ vigne, s. f. ; francisation de l’occitan vinha.

– Les voies de communication :

+ carriere, s. f. ; (la carriere partageant les dismeryes ; la carriere publicque) ; francisation de l’occitan carrièra = “voie”, “chemin”, en zone bâtie le plus souvent. Dans ce compoix l’emploi de ce terme est rare ; il qualifie toujours une voie dont ne sont pas précisés les points de départ et d’arrivée.

+ chemin, s. m. ; (chemin de Beaucaire a Nismes ; chemin de Montfrin) ; ce terme est celui qui est le plus employé dans ce compoix, mais toujours avec la précision du point de départ ou d’arrivée ; il n’est jamais employé sans complément déterminatif, à la différence de carriere.

+ draye, s. f. ; francisation de l’occitan dralha = “chemin pour les troupeaux”, “chemin service”.

– Le bâti :

+ cazal, s. m. ; (ung cazal avec estable contigue) ; graphie archaïque de l’occitan casal = “petit bâtiment servant de remise, quelquefois sans toit, proche ou éloigné de l’habitat principal mais toujours perçu comme une annexe de la maison”.

+ claux, s. m. ; (au terroir et claux de Sainct Laurens ; au claux du Puech) ; francisation de l’occitan claus, dans ce compoix synonyme de clausada = “tènement borné par des murs de pierres”, “portion du terroir de la communauté”.

+ court, s. f. ; (maison, courtz et cazal aud. lieu de Junquieres) ; français moderne court ou francisation de l’occitan cort = “cour”.

+ estable, s. m. ; français moderne estable ou occitan estable = “écurie”, “étable”.

+ mas, s. m. ; (maison ou mas scituée au terroir et claux de Sainct Laurens) ; occitan mas = “ferme”. NB. Dans ce compoix est souvent donné comme synonyme de “maison”.

+ pourcyeu, s. m. ; (mas et courtz avec pourcyeu séparé) ; francisation de l’occitan porcieu, variante de porcil = “soue”.

+ sueille, s. f. ; (ung mas avec sueilles édiffié dans une siene terre ; suelhe ou ubize de la maison quatre vingt cannes) ; francisation de l’occitan suèlha = “enclos couvert où dorment les porcs”.

+ ubize, s. m. ; francisation de l’occitan *obise = “appentis”.

+ vanade, s. f. ; (ung mas, vanade et court joignantz ensemble édiffié dans une siene terre) ; francisation de l’occitan vanada = “bergerie”.

– Les points cardinaux :

+ de levant = “du côté est”.

+ couchant = “du côté ouest”.

+ de bize = “du côté nord”.

+ marin = “du côté sud”.

– Les mesures de superficie :

+ pour le bâti : la canne carrée.

+ pour l’agraire : la sommée, l’eymine, le picotin .

– Le système monétaire :

+ la livre, le sol, le denier, l’obolle, la maille, la pitte.

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