Compoix de Fourques (début XVIIIe)

Pierre CASADO

 

COMPOIX DE FOURQUES (GARD)

            Ce compoix est un registre de 285 folios en dépôt aux Archives municipales de Fourques. Il porte l’intitulé « CC non coté – CC 13. Copie d’un compoix antérieur au XVIIIème siècle ». Il est muni d’une reliure avec couverture de carton recouvert de cuir. L’ouvrage est protégé par une autre couverture de plastique transparent. Les soixante premiers folios semblent avoir subi l’attaque de rongeurs, au bas dans la marge extérieure. Le corpus occupe 279 folios : il débute avec le rôle de « Messire Philipe de Moynier, Seigneur et Baron de Fourques et Celeneuve » ; au folio 266 commence le « Cahier des Biens pretandus nobles au terroir dudit Fourques » ; le corpus s’achève avec le rôle du même « Messire Philipe de Moynier, seigneur de Fourques » pour ses biens pretandus nobles. Après un folio blanc, déclinée sur 5 folios, par ordre alphabétique des patronymes, se trouve la table des assujettis qui termine ce registre. Le protocole d’établissement du compoix fait défaut.

            Il s’agit donc d’un réparat, sorte de de mise à jour et au propre d’un autre compoix précédent, probablement celui de 1600 (C 1043, AD30). Les dates présentes dans le corps du texte vont de 1679 à 1688 : « Ce jourd’huy 5° juin 1679 led. Serre c’est chargé de vingt huit cannes d’un jardin par luy acquis de Louis Gaudemard » (folio 61) ; « … avant l’imposition avoit été tiré du présage dud. Guillaume Faisse son père en force dud. partage le premier juin 1688 » (folio 154, verso -155 recto). Dans les marges de gauche, rapportées postérieurement sont données des dates de mutations courant de 1646 à 1725. Ce document peut donc être daté de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle.

            La langue de ce document ressortit à la langue française du début du XVIIIe siècle. Sur 32 éléments formant le lexique descriptif de l’agraire et du bâti, seulement 7 peuvent être considérés comme un francisation de termes occitans.

Lexique

 – L’agraire :

+ bois, s. m. ; (terre et bois dans le Segounal de la Brassiere) ; français moderne bois ; a remplacé l’occitan bòsc ; il est difficile de préciser de quelles essences sont formés les parcelles qualifiées de bois.

+ bois de saule ; s. m. + s. m ; (un bois de saule, quatre cesterées trente dextres) ; équivaut à l’occitan bòsc de sauses.

+ chaussée, s. f. ; (la chaussée du Rosne) ; français moderne chaussée = « digue pour retenir les eaux » ; a remplacé l’occitan levada.

+ claux, s. m. ; (un claux de terre appellé des Coustieres) ; francisation de l’occitan claus, synonyme dans ce compoix de clausada = « tènement », « ensemble de terres formant une unité et délimité par un bornage naturel ou artificiel ».

+ cros, s. m. ; (terre aux Segounaux vieux, contenant en terre sans y comprendre le cros ou abisme qui est par dedans) ; occitan cròs = « dépression de terrain » ; la forme française correspondante creux est rare dans ce compoix ; cròs est régulièrement glosé par le français moderne abisme = « dépression de terrain naturelle aux dimensions incertaines ».

+ fossé, s. m. ; (le fossé appellé Vallat Mestre) ; français moderne fossé ; dans ce cas remplace l’occitan robina, plus usité dans ce compoix que fossé, sous la forme francisée roubine.

+ gabin, s. m. ; (terre, pred et gabin aud. Claux de Bastony) ; occitan gabin = « terrain marécageux ».

+ jardin, s. m. ; français moderne jardin ; a remplacé l’occitan òrt.

+ luzerne, s. f. ; (une luzerne en Cornille) ; français moderne luzerne = occitan lusèrna = « luzerne », par extension de sens « champ de luzerne ».

+ plage, s. f. ; (la plage complantée de saules et tamaris le long du Rosne) ; français moderne plage = « bord de cours d’eau » ; a remplacé l’occitan riba.

+ plantier de vigne, s. m. + s. f. ; (un plantier de vigne aux claux de Ville Vieille) ; expression redondante du français moderne pour l’occitan plantièr = « jeune vigne ».

+ pred, s. m. ; français moderne pred = français contemporain pré ; a remplacé l’occitan prat.

+ roubine, s. f. ; (roubine dud. Sr Pascal entre deux) ; francisation de l’occitan robina = « fossé pour l’écoulement des eaux ».

+ ségounal, s. m. ; (un autre petit segounal confrontant du levant Terre d’Argence) ; francisation de l’occitan segonal = « terre alluviale ».

+ terre, s. f. ; francisation de l’occitan tèrra = « terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer ».

+ vigne, s. f. ; français moderne vigne ; a remplacé l’occitan vinha.

– Les voies de communication :

+ chemin, s. m. ; (du midy le chemin de St Gilles ; le chemin de Beaucaire) ; français moderne chemin ; a remplacé l’occitan camin ou carrièra.

+ draye, s. f. ; (la draye allant au Rosne ; draye entre deux) ; francisation de l’occitan dralha = « chemin pour les troupeaux » ; mais dans ce compoix le sens semble être plus général et qualifie surtout des chemins ruraux.

+ rue, s. f. ; (au lieu de Fourques, au quartier de Cornilhe, confronte du levant la grand rue, du midy rue dicte la Rompide) ; français moderne rue = « voie en zone bâtie » ; a remplacé l’occitan carrièra.

+ ruelle, s. f. ; (du couchant le chemin de Cournilhe et du septentrion une ruelle) ; français moderne ruelle, diminutif de rue ; a remplacé l’occitan androna.

– Le bâti :

+ cabane, s. f ; (maison, cabane et jardin ; une cabane et passage au cartier de l’église) ; occitan cabana ou français moderne cabane = « construction en bois » ; dans ce compoix, les cabanes sont situées en zone bâtie, dans les divers quartiers de Fourques formant le village.

+ casal / cazal, s. m. ; (une place ou cazal au cartier de Cornille ; cour et casa au cartier de Cornillel) ; occitan casal = « petit bâtiment servant de remise, quelquefois sans toit, proche ou éloigné de l’habitat principal mais toujours perçu comme une annexe de la maison ».

+ ciel ouvert, s. m. + adj. m ; (le ciel ouvert dix sept cannes, six pans) ; traduction de l’occitan celubert = « terrasse en partie couverte en haut d’une maison ».

+ court, s. f. ; français moderne court ou francisation de l’occitan cort = « cour ».

+ enclos, s. m. ; (maison, estable, court et jardin scituée à l’enclos dudit lieu et claux du Pontet) ; français moderne enclos, « enceinte », « partie du village intra muros » et par extension de sens « le village lui-même perçu comme une unité centrale » ; a remplacé l’occitan « encencha » ou « luòc ». L’expression la plus en usage dans les compoix en langue française est dans le lieu, remplaçant l’expression occitane dins lo luòc.

+ estable, s. m. ; (un estable vingt neuf cannes six pans) ; français moderne ou occitan estable = « écurie », « étable ».

+ maison, s. m. ; (maison, tinal, pigounier et jardin) ; français moderne maison = « maison d’habitation » ; a remplacé l’occitan ostal.

+ mas, s. m. ; (terre aud. cartier des Coustieres ou le mas dud. Sr Duport est scitué) ; occitan mas = « ferme », « exploitation agricole ».

+ pigounier, s. m. ; (maison, tinal, pigounier et jardin) ; graphie corrompue du français moderne pigeonnier ; a remplacé l’occitan colombièr ; cette graphie n’est pas rare dans les compoix.

+ platteforme, s. f. ; (contenant la platteforme scavoir la maison nonante trois cannes) ; français moderne platte forme = « emprise au sol d’une construction » ; a remplacé l’occitan peda.

+ poulalier, s. m. ; (maison, court et poulalier) ; graphie corrompue du français moderne poulailler ; a remplacé l’occitan galinièr.

+ tinal, s. m. ; (maison, tinal) ; occitan tinal = « cellier », « construction où est entreposée la futaille ».

 – Les points cardinaux :

+ du levant = « du côté est ».

+ du couchant = « du côté ouest ».

+ du midy = « du côté sud ».

+ septentrion = « du côté nord ».

– Système de mesure de superficie :

+ pour le bâti : la canne et le pan.

+ pour l’agraire : la cesterée, la salmée, le dextre.

– Système monétaire :

La livre, le sol, le denier.

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