Compoix de Beaucaire (1480)

 

Beaucaire 1480

Pierre CASADO

 

COMPOIX DE BEAUCAIRE (Gard)

 

            En dépôt aux Archives municipales de Beaucaire sous la cote CC 4, ce registre, daté de 1480 par CHASSIN DU GUERNY[1], doit être classé comme un compoix urbain. En effet, y sont inventoriés et imposées tous les éléments relevant du bâti dans l’enceinte de Beaucaire. Quelquefois des biens autres que du bâti (jardin, terre, verger, vigne) sont indiqués, mais il s’agit de parcelles proches et considérées comme des dépendances du bâti. D’une dimension de 42 x 30 x 6, ce compoix est composé de 177 folios, dont certains présentent une encre très pâlie de lecture peu facile. Certains folios sont déclassés et il en manque certains (la Tabla de Hospital, vue 483, n’est pas à sa place ; si l’on se fie à la foliotation dans l’avant-dernière partie du compoix l’on passe du folio XXIX au folio XXXI, vue 549 ; la Tabla de Mercat, Tabla de la Cros sont en déficit). La foliotation plus récente en chiffres arabes ne correspond pas toujours a la foliation originale en chiffres romains (vue 20, folio 18 = folio XIII).

            Ce compoix commence à la Gacha de Mercat s’achevant au folio numéroté 31 (vue 10 à vue 44) ; il manque des folios au début dont la table des propriétaires. Il se poursuit avec la Gacha de Curatarié (vue 47 à vue 131) dont la table des propriétaires qui devrait être au début est en déficit ; elle s’achève au folio numéroté XLIV, avec déficit du folio XVIII. S’ensuit la Gacha de Sementeri (vue 133 à vue 193) avec la Tabla de Sementeri au début ; elle s’achève au folio numéroté XXX. Vient ensuite la Gacha de la Motha (vue 194 à vue 240) avec la Tabla de la Motha au début ; elle s’achève au folio numéroté XXIII, suivi de 4 folios blancs. Ensuite se trouve la Gacha de Bocarié (vue 248 à vue 279) avec la Tabla de la Bocarié au début ; elle s’achève au folio numéroté XV. Nous trouvons ensuite la Gacha de l’Hospital (vue 280 à vue 341) avec la Tabla de Hospital déclassée (vue 282) ; elle s’achève au folio numéroté XXXII, avec déficit des folios XV et XXX. Les folios qui suivent ont été utilisés de 1517 à 1531 par les consuls de Beaucaire pour noter des règlements concernant des différends entre particuliers et concernant le prix du pain (vue 342 à vue 345). Le compoix s’achève avec la Gacha de la Cros (vue 346 à vue 361) dont la Tabla de la Cros est manquante ; elle s’achève au folio numéroté IX, avec déficit du folio VII.

            Les mutations sont très nombreuses dans les marges en en fin de rôle. Certains rôles ne comportent que deux ou trois articles de biens bâtis payant l’allivrement, mais présentent trois fois plus d’articles concernant des biens pour lesquels sont dues ou perçues des redevances seigneuriales.

            La langue de ce compoix ressortit essentiellement à la langue occitane. Nous noterons avec intérêt l’emploi du terme Tabla au lieu de Taula pour indiquer la rubrique ou table des propriétaires. De même ce terme francoccitan tabla apparaît quelquefois en concurrence avec taula pour désigner l’étal des marchands. L’autre curiosité lexicale de ce compoix est l’emploi presque exclusif de l’adjectif numéral français deux au lieu de l’adjectif numéral occitan dos, doas. Le terme jardin, en nombre d’occurrences, fait presque jeu égal avec l’occitan òrt. Le système paradigmatique est quelquefois atteint par la francisation avec l’emploi de /-e/ final du féminin français pour le /-a/ final occitan, mais c’est surtout dans les mutations de date postérieure.

Lexique

L’agraire :

+ ferragieyra, s. f . ; (una ferragieyra en la gacha de l’Ospital) ; occitan ferragièra = « champ semé de céréales destinées à être mangées en vert par le bétail ».

+ jardin, s. m. ; (ung estable et jardin en la gache de la Curatarié ; ung jardin en la gacha de Mercat) ; français jardin qui tend à remplacer l’occitan òrt.

+ jas, s. m. (ung jas en la gacha de la Cros) ; occitan jaç = « bergerie ».

+ ort, s. m. ; (ung ort en lad. gacha ; ung estable et ort en la gache de Fustarié ; ung autre ort que era hostal al temps passat) ; occitan òrt = « jardin ».

+ ortet, s. m. ; (ung petit ortet aqui tenent) ; occitan ortet = « petit jardin ».

+ terra, s. f. ; (una terra pres de las Partidas de Forquas) ; occitan tèrra = « terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer ».

+ vergier, s. m. ; (ung vergier en la gacha de Bocarié) ; occitan vergièr = « verger ».

+ vinha / vinhe, s. f. ; occitan vinha = « vigne » ; la forme vinhe est un indice de l’influence du français.

Le bâti :

+ botiga, s. f. ; (una taula et botiga de mazel ; una botiga bassa en la dta gacha) ; occitan botiga = « boutique ».

+ cambreta, s. f. ; (tres cambretas en la gacha de Fustarié) ; occitan cambreta = « petite chambre ».

+ cauquieyra, s. f. ; (unas cauquieyras en la dta gacha de Curatarié) ; occitan cauquièra = « fosse de tanneur ».

+ cazal, s. m. ; (ung cazal) ; occitan casal = « petite contruction proche ou éloignée de la maison, quelquefois sans toiture, mais toujours en relation directe avec la gestion de la maison ».

+ celier, s. m.; (una fenieyra et celier en la dta gacha); occitan celièr = « cellier » ; synonyme de tinal.

+ cort, s. f. ; (una cort en la gacha de Mercat ; una cort al miech del susd. hostal) ; occitan cort = « cour ».

+ estable / stable, s. m. ; (ung estable et jardin en la gacha de Curatarié ; ung autre stable) ; occitan estable = « étable », « écurie » ; la forme stable fait montre de l’aphérèse de la voyelle initiale derrière voyelle finale du mot précédent.

+ fenieyra / fenyeyra s. f. ; (una fenieyra en la gacha de Mercat) ; graphie archaïque de l’occitan fenièira = « fenil ».

+ fort, s. m. ; (ung hostal hont y a ung fort ; ung fort en la gacha del Sementeri) ; graphie corrompue de l’occitan forn = « four ».

+ hostal / ostal, s. m. ; (ung hostal en que es lo molin de las olivas, hont a una fenieyra et una grant cort ; ung hostal en la gacha de Sementeri) ; hostal est une graphie archaïque de l’occitan ostal = « maison » ; dans ce compoix aussi la forme ostal est la moins en usage.

+ maison / mayson, s. f. ; (li servis Colin Escudier sus sa maison en la gacha de Curatarié ; una mayson de sa molher en la gacha de la Cros) ; on peut penser qu’il s’agit là du français maison. Mais ce terme se trouvant dans d’autres textes occitans du XIIIe siècle, ainsi que dans le compoix de Beaucaire de 1390, on pourrait aussi penser qu’il appartient de longue date au lexique occitan. Toutefois dans ce compoix sa situation contextuelle est différente de celle où se trouve employé hostal / ostal, dont il pourrait avoir un sens quelque peu différent.

+ molin, s. m. ; (ung hostal en que es lo molin de las olivas) ; occitan molin = « moulin ».

+ taula / tabla, s. f. ; (una taula de masel ; deux taulas de peyssonarié en una botiga ; tres tablas de mazel) ; occitan taula = « étal ». La forme tabla, indice de l’influence du français table est rare dans ce compoix.

+ taulié, s. m. ; (ung taulié en la plassa) ; occitan taulièr = « comptoir d’un marchand », « étal ».

+ tinal, s. m. ; (ung bas de ung tinal) ; occitan tinal = « cellier ».

– Les voies de communication :

            Dans ce compoix le seul terme en usage en zone bâtie est carrieyra = occitan carrièra = « rue ».

– Les mesures de superficie :

+ carterada, s. f. ; (tres carterades de vinha au Consac) ; graphie corrompue de l’occitan occitan quartairada = « 20 ares », environ.

+ sestarada, s. f. ; (sieys sestaradas de terra a la Costieyra de Palun) ; graphie corrompue de l’occitan sestairada = « sétérée » ou « 30 ares » environ.

– Le système monétaire :

            Les monnaies, indiquées comme sommes à verser comme imposition, sont la plupart du temps déterminées par tornés / –esa, tournés / –esa, = « de Tours »

+ denier, s. m. ; (servis al Rey deux deniers) ; occitan denièr = « denier, douzième du sou ».

+ gros, s. m. ; (la resta fa pention als servitors de l’Esglise huyt gros) ; occitan gròs = « 12 deniers ».

+ lieura, s. f. ; (servis al Rey X lieuras) ; occitan liura = « livre », « 20 sous ».

+ malha, s. f. ; (servis al Rey deux deniers et malha) ; occitan malha / mialha = « ½ de denier ».

+ picta, s. f. ; graphie archaïque de l’occitan pita = « ¼ de denier ».

+ sol, s. m. ; (servis al Rey cinq sols torneses) ; occitan sòl / sòu = « sou » ; semblerait être l’équivalent du gròs = « 12 deniers ».

– Les points cardinaux :

+ dos aura = « du côté nord ».

+ dos cochant = « du côté du couchant », « du côté ouest ».

+ dos levant = « du côté est ».

+ dos vent = « du côté sud ».


[1] CHASSIN DU GUERNY, Yves. 1970. Répertoire numérique des archives communales de Beaucaire, p. 27. Nîmes : Archives du Gard.

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