Compoix d’Aigaliers (1659)

 

Aigaliers

Pierre CASADO

Ce compoix, versé en tant que don de M. Jean Espérandieu de Montaren aux Archives départementales du Gard sous la cote 1 J 757, est un registre de 367 folios. Il est daté de 1659. Les premiers folios sont déchirés et détachés de l’ensemble. Un certain nombre de folios blancs (242, 243, 244, 246) sont en déficit. En outre il y a une erreur de foliotation : on passe du folio 269 au folio 280. Ce registre est muni d’une couverture de carton couvert de cuir usé.

Ce compoix débute par la table des assujettis déclinée par masades, la Brugueirete, Ga(t)tigues, Marignan /Marignac, Faussargues, le Chasteau d’Eisgaliers, la Baume, Foissac, l’Abeillié Haute / la Beillié Haute, Bourdiguet, Bruyes,/ le Mas de Bruyes, Auchabian; vient ensuite le protocole. Vient enfin le corpus folioté de 1 à 355, ordonnancé également par masades mais dans un ordre quelque peu différent de celui de la table des assujettis. Le registre s’achève avec l’acte de rémission du compoix rédigé par Dominique Reynaud, arpenteur.

            On remarquera que pour les deux tiers du corpus les mots des titres de chaque rôle sont en couleurs alternées (rouge / vert / rouge ; vert / rouge / vert ; brun / rouge / vert / brun).

            Il n’y a pas de partie spéciale affectée aux forains. Ceux-ci sont intégrés dans chaque partie du compoix traitant des masades où sont situés leurs biens fonciers : les Rafins de Belvezet qui ont des biens dans le terroir de la masade de Foissac sont notés dans le chapitre du corpus intitulé Foissac ; Honorat Siméon qui n’a que des biens agraires dans le terroir de la masade de Bourdiguet est noté dans la partie du corpus intitulé Bourdiguet ; etc. Les forains ne sont donc pas l’objet d’une catégorisation explicitement formulée.

            Nous noterons avec intérêt que certaines personnes pressenties pour jouer le rôle de prud’hommes pour la faction de ce compoix, à savoir Mathieu Bourguet, Jean Bourdy, Guilheaumes Meinier se sont désistés ou plus précisément « ont reffuzé de vacquer pour un sy petit prix qu’est dix solz par jour ».

            La langue de ce compoix ressortit à la langue française du milieu du XVIIe siècle, mais le lexique reste majoritairement de facture occitane, formaté au système paradigmatique du français.

Lexique :

– Le bâti :

+ cazal, s. m. ; (quatre canes cazal) ; occitan cazal = « petit bâtiment, proche ou loin de la maison et quelquefois sans toiture, perçu comme une annexe de la maison ».

+ cour / court, s. f. ; (maison, cour et jasse contenant vingt canes couvert et vingt huict canes descouvert ; six canes court ; unze canes et demy court) ; francisation de l’occitan cort = « cour ».

+ estable, s. m. ; (a la Brugueirette huict canes estable) ; occitan estable = « étable ».

+ femourassié, s. m. ; (avec une vestizon ubize, femourassié) ; francisation de l’occitan femorassièr = « fosse à fumier ».

+ fourt, s. m. ; (estable et cour ou fourt le tout jougnant) ; graphie corrompue de l’occitan forn = « four ».

+ jasse, s. f. ; (audit Gatigues une jasse) ; francisation de l’occitan jaça = « bergerie ».

+ maison, s. f. ; (maison, cour et jasse ; maison ou estable… court le tout joint ensemble) ; français moderne maison = « maison » ; s’est substitué à l’occitan ostal.

+ ubize, s. f. ; (une vestizon et demy ubize ; aqui pres un ubize contenent une vestizon trois cartz) ; occitan *obisa = « appentis ».

– L’agraire :

+ boisses / bouisses, s. m. pl. ; (euziere et boisses ; euzes et bouisses) ; occitan boisses, pluriel de bois = « buis ».

+ boissiere, s. f. ; (euzes et boissiere) ; francisation de l’occitan boissièra = « terrain où pousse le buis », « terrain inculte ».

+ canton, s. m. ; (quatre eymines debvois en deux cantons ; un canton de pra et jardin) ; occitan canton = « morceau », « partie ».

+ clapasses, s. m. pl. (terre avec certains clapasses) ; occitan clapasses, pluriel de clapàs = « tas de pierres ».

+ claux, s. m. ; (au Claux des Oliviers un claux composé de six salmées bois euzes) ; francisation de l’occitan claus = « enclos ».

+ clauzet, s. m. ; (dernier sa maison un petit clauzet de treilles) ; occitan clauset = « petit enclos ».

+ contenement, s. m. ; (un grand contenement de terroir faizant plusieurs escaires) ; occitan contenement = « ensemble de terres ».

+ debvois, s. m. ; (quatre eymines debvois en deux cantons) ; français moderne debvois = « champ ou bois où les bêtes ne pouvaient pas pâturer de mars à septembre »; s’est substitué à l’occitan devés.

+ euze, s. m. ; (terre, vigne et euzes ; cinq eymines, cinq vestizons euzes et boissiere ; au Cros de l’Euziere Vieille quatre eymines six vestizons euzes) ; occitan euse = « chêne vert ».

+ euziere, s. f. ; (une eymine, deux vestizons euziere ; six eymines, huict vestizons euziere et boisses) ; francisation de l’occitan eusièra = « bois de chênes verts ».

+ faisse, s. f. ; (terre en deux faisses) ; francisation de l’occitan faissa = « bande de terre ».

+ haire, s. f. ; (aux Haires quatre eymines terre ou haire) ; graphie corrompue de l’occitan aira = « aire à dépiquer les céréales ».

+ herme, adj. f. ; (terre herme) ; francisation de l’occitan èrma = « inculte ».

+ hermas, s. m. ; (terre et hermas ; la tout proche cinq eymines hermas) ; occitan ermàs = « grand terrain inculte ».

+ jardin, s. m. ; (aqui pres une vestizon jardin) ; français moderne jardin = « jardin » ; s’est substitué à l’occitan òrt.

+ jardinet, s. m. ; (a la Brugueirette dix sept canes 2/3 jardinet) ; français moderne jardinet = « petit jardin ».

+ mieugranier, s. m. ; (aqui pres certains mieugraniers) ; occitan milgranièr / mieugranièr = « grenadier ».

+ mieugraniere, s. f. ; (aqui pres demi vestizon mieugraniere) ; francisation de l’occitan milgranièra / mieugranièra = « parcelle ou poussent des grenadiers ».

+ olivier, s. m. ; (vigne et oliviers ; une eymine trois vestizons terre et oliviers) ; occitan moderne olivièr, qui a remplacé l’occitan traditionnel oliu = « olivier ».

+ plantier, s. m. ; (au dessoubz le moulin a vent six eymines plantier) ; occitan plantier = « jeune vigne ».

+ pra / prat / pré, s. m. ; (cinq eymines pra ; aux Pratz du Plan sept vestizons prat ; terre ou pré ; six eymines terre et pré de nouveau desfrichez) ; occitan prat = « pré » ; dans ce compoix la forme la plus répandue est pra.

+ rabiere, s. f. ; (contre sa maison une eymine rabiere) ; francisation de l’occitan rabièra = « champ planté de raves ou de radis ».

+ saffraniere, s. f. ; (dessous le temple demi vestizon saffraniere) ; francisation de l’occitan safranièra = « parcelle cultivée en safran ».

+ terre, s. f. ; (terre en deux faisses) ; francisation de l’occitan tèrra = « terre, superficie que l’on peut labourer et ensemencer ».

+ valat, s. m. ; (valat au milieu ; valat faict par son valet appellé Champagne) ; occitan valat = « fossé pour l’écoulement des eaux », « ruisseau ».

+ vigne, s. f. ; (deux salmées, six vestizons terre et vigne ; vigne et oliviers) ; francisation de l’occitan vinha = « vigne ».

– Points cardinaux :

+ du levant = « du côté est ».

+ du couchant = « du côté ouest ».

+ du marin ; occitan de marin = « du côté sud ».

+ d’aure ; occitan d’aura = « du côté nord ».

– Mesures de superficie :

+ cane, s. f. : francisation de l’occitan cana = 4 m2 environ pour le bâti.

+ pan, s. m. : occitan pam, variante de palm = 0,5 m2 environ pour le bâti.

+ salmée / saumée, s. f. : francisation de l’occitan saumada = 7900 m2 environ pour l’agraire.

+ eymine, s. f. : francisation de l’occitan eimina = 990 m2 environ pour l’agraire.

+ vestizon, s. f. (dans ce compoix) : occitan vestison = 70 m2 environ po

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