Beaucaire (1520 vol. 1)

Pierre CASADO

Compoix de Beaucaire (1520)

 

            En dépôt aux Archives municipales de Beaucaire sous la cote CC 5, ce registre, daté de 1520 par CHASSIN DU GUERNY[1], est le premier volume de ce qu’il est convenu d’appeler le Livre Blanc. Il comporte environ 316 folios, sans compter les folios de plus petit format insérés au titre de mutations, fort nombreuses par ailleurs et qui surchargent certains rôles. Ces mutations courent de 1572 à 1593. Ce document a été restauré dans les années 2000 ce qui a permis de sauver les cinq premiers et les quarante derniers folios qui ont fortement subi les outrages du temps et des hommes.

            Ce volume ne traite que de deux quartiers ou gachas de Beaucaire, à savoir la Fustarié et le Mercat. Il n’est formé essentiellement que du corpus qui débute au folio 3. La partie la Fustarié s’achève au folio 151 et est suivie d’une rubrique intitulée « La tabla de Fusterie », puis d’un morceau de rubrique intitulée « Table de Mercat »; s’ensuit le partie du Mercat. La foliotation originale ayant disparu, il est difficile d’apprécier le nombre de folios du document lors de son établissement.

Lexique

– L’agraire :

+ balme, s. f. ; (terre enbe une balme a St Sixit) ; francisation de l’occitan balma = « grotte », « abri sous roche ».

+ bor(r)igon, s. m. ; (ung borigon au Portal de la Cros) ; nous avons envisagé que bor(r)igon soit peut-être la forme avec rhôtacisme de l’occitan bosigon, « pichòt essart non encara productiu », fr. « petit terrain défriché mais pas encore productif ». Mais dans le compoix de 1440 le rhôtacisme n’est plus manifeste, alors qu’on trouve toujours la forme bor(r)igon ; ainsi nous pouvons proposer que bor(r)igon soit un dérivé des verbes borrar, borrejar, fr. « bourgeonner », avec le sens de « malhòl » ou de « plantièr », fr. « pépinière ».

+ boscz, s. m. ; (ung boscz de sauzes en Cadaffaut) ; graphie corrompue de l’occitan bòsc = « bois » ; boscz de sauzes = « bois de saules ».

+ bouscz, s. m. ; (la mitat d’ung bouscz pausat en Pharaon) ; forme corrompue et incohérente pour l’occitan bòsc = « bois » ; cf. boscz.

+ claux, s. m. ; (vigne en lod. claux) ; francisation de l’occitan claus = « terrador », fr. « tènement ».

+ cros, s. m. ; (ung cros appellat lo Cros de Baudori) ; occitan cròs = « trou », « dépression de terrain ».

+ fayssa, s. f.; (cinq fayssas de prat joignes une en l’autre a la Russe) ; graphie archaïque de l’occitan faissa = « planche de terre de forme allongée ».

+ gresesques (terres), adj. f. pl. : 1520 (ung mas et terres gresesques setuat a las Tapies) ; francisation de l’occitan gresesca = « terre formée de grès ».

+ jardin, s. m. ; (ung estable, jardin et colombier) ; français jardin qui a remplacé l’occitan òrt.

+ parezin, s. m. ; (ung parezin de vigne au Vert) ; occitan parasin, mesure de superficie inconnue.

+ prat, s. m. ; (tres cesterades de prat a la Bastide) ; occitan prat = « pré ».

+ robine, s. f. ; (de vent en la Robine) ; francisation de l’occitan robina = « fossé pour l’écoulement des eaux ».

+ soque, s. f. ; (nou cens soques de vigne) ; francisation de l’occitan soca = « pied de vigne ».

+ terrador, s. m. ; (terre en lod. terrador appellade la Terre de l’Yere) ; occitan terrador = « tènement ».

+ terre, s. f. ; (quatre cesterades de terre en Lobares) ; francisation de l’occitan tèrra = « parcelle cultivable ».

+ vergier, s. m. ; (ung vergier en ladte gache appellat lo Temple) ; occitan vergièr, fr. « verger », « lieu clos planté d’arbres fruitiers ».

+ vigne, s. f. ; (vigne au Coutel) ; francisation de l’occitan vinha = « vigne ».

– Le bâti :

+ botigue, s. f. ; (ung hostal en que fa botigue) ; francisation de l’occitan botiga = « boutique ».

+ canbrete, s. f. ; (deux canbretes joinctes enssemble en la guache de Mercat) ; francisation de l’occitan cambreta = « petite chambre ».

+ cellier, s. m. ; (une crote, cellier et granier en ladte guache) ; occitan celièr = « cellier » ; synonyme de tinal.

+ colombier, s. m. ; (ung estable, jardin et colombier) ; occitan colombièr = « pigeonnier ».

+ court, s. f. ; (une court et gualinier) ; francisation de l’occitan cort, fr. « cour ».

+ crote, s. f. ; (une crote, cellier et granier en ladte guache) ; francisation de l’occitan cròta = « pièce voûtée ».

+ estable, s. m. ; (ung estable, jardin et colombier ; ung estable que sollié estre court) ; occitan estable = « étable ».

+ feniere, s. f. ; (une feniere et court en lad. guache) ; francisation de l’occitan fenièra = « fenil ».

+ granier, s. m. ; (une crote, cellier et granier en ladte guache) ; occitan granièr = « grenier », « pièce où se stockent les grains ».

+ gualinier, s. m.; (une court et gualinier) ; forme archaïque de l’occitan galinièr = « poulailler ».

+ hostal / oustal, s. m. ; (ung hostal en la guache de Mercat confronta de levant en l’oustal de Mathieu Olivier) ; occitan ostal = « maison ».

+ mas, s. m.; (pece de terre anbe ung mas dedins edifficat anbe courtz et jardin contigues en Argence ; pece de terre en la juridiction de Jonquieres anbe ung mas, courtz, et jardins contigues dedins edifficat ; terre anbe deux mases dedins anbe courtz et jardins contigues) ; occitan mas = « ferme », « construction à destination agricole ».

+ taulle, s. f. ; (une taulle en la Peyssonarié) ; francisation de l’occitan taula = « étal ».

+ taullet, s. m. ; (ung taullet en la Peyssonarié) ; graphie corrompue de l’occitan taulet = « petit étal ».

+ torre, s. f. ; (vigne en Genestet confronta de levant en la torre de Andrieu Franco, de couchant en l’olivete de Peyre et Paul Dorlot) ; occitan tor(r)e = « construction disposant d’un four pour la dessication, pour torréfier ». Ne désigne jamais le four à pain. Selon les formes attestées dans les textes médiévaux en latin du type thorium / torium, on attendrait plutôt une forme tor(r)i au masculin.

– Les voies de communication :

+ carriere, s. f. ; (de levant en la carriere appellade Via Arlote) ; francisation de l’occitan carrièra = « rue ».

– Les mesures de superficie :

+ carterade, s. f. ; (une carterade de vigne en Canteperdix ; miege carterade de Vigne a la Torre) ; graphie corrompue et francisée de l’occitan quartairada = « 20 ares », environ.

+ cesterade, s. f. ; (tres cesterades de terre a la Tourre) ; graphie corrompue et francisée de l’occitan sestairada = « sétérée » ou « 30 ares » environ.

+ jornaux, s. m. pl. ; (deux peces de prat contenent huech jornaux) ; graphie corrompue de l’occitan jornal, plur. jornals / jornaus = « surface de pré qu’un homme peut faucher en une journée ».

+ parezin, s. m. ; (ung parezin de vigne a Gaudon) ; occitan parasin = mesure inconnue.

– Les points cardinaux :

+ de aure = « du côté nord ».

+ de couchant = « du côté du couchant », « du côté ouest ».

+ de levant = « du côté est ».

+ de vent = « du côté sud ».

[1] CHASSIN DU GUERNY, Yves. 1970. Répertoire numérique des archives communales de Beaucaire, p. 27. Nîmes : Archives du Gard.

 

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