Compoix de Castagnols / Vialas, de 1640 (vol. 1)

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Pierre CASADO

Compoix de Castagnols[1] / Vialas (1640)

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L’architecture du compoix de Castagnols

 

            Ce registre[2] de 817 folios a une architecture bien particulière. Il débute, après la formule rituelle de la page initiale, par une première partie de protocole dans laquelle est exosée le nom des auteurs (Noe PAGES du lieu de Fourniels, parr. de Malbosc, diocèze de Viviers, David NOGARET, not. royal du lieu et parr. de St Jullien d’Arpahon, au diocèze de Mende, tous deux prudhommes, estimateurs ordinaires de la province de Cevenes, et Pierre COMBES not. arpenteur du lieu de Barre, diocèze de Mende), mandatés par les habitants autrement dit « nommés et admiablement accordés par les habitans et contribuables de lad. parroisse » mais avec la caution des autorités locales « par devant messieurs les officiers ordinaires de la baronnye de Montclar, commissaires a ce depputtés par Nosseigneurs des comptes, aydes et finances de Montpellier ». Leur objectif : estimer, arpenter, vérifier « toutes les maisons, terres et possessions » pour établir l’impôt foncier, la taille (nous en viendrons dans quelques instants sur la procédure). Cette première partie est datée de 1640.

            S’ensuit la table et rubrique, c’est-à-dire la liste des contribuables de tout le terroir, classés par lieu (hameau) et selon un ordre hiérarchique, les gros contribuables étant indiqués les premiers.

            Nous trouvons ensuite une seconde partie de protocole où sont mis en avant les acteurs locaux, qui tiennent bien à faire savoir qu’ils ont eu leur mot à dire sur la façon dont ce compoix a été fait. C’est le procès-verbal de « la deslibération sur la faction du presaige de la parroisse de Castaignolz ».

« L’an mil six cens trante six et du mercredy vingtroisiesme jour du mois de julhet, au lieu de Viellas, en la parroisse de Castaignolz, dans le temple dudit lieu, issue du presche, lieu acostumé pour traicter et desliberer des affaires publiques et politiques… ont esté assamblés Me Jean SATGE de Castaignolz, faisant la charge de consul la presante et courante année pour Me Jean COSTE et Anthoine LEYRIS, consul de la dite parroisse, Me Jaques BLANC et Anthoine BOUSCHET du Travers, Jaques BONIJOL et Jean COURTES de Figeyrolles cappne, Louys PLANTIER, Jaques COURTES et Jean VIGNES de Nojaret, Jean RICHARD de Liborette et plusieurs autres principaux habitans », etc.

            Ils font ainsi savoir qu’ils sont d’accord pour que le terroir soit « arpenté, mezuré et estimé » par PAGES, NOGARET et COMBES.

            La partie suivante, la plus importante du registre, que l’on appelle le corpus, est la liste de tous les propriétaires et de leurs biens (bâtis et agraires), décrits, mesurés, délimités et estimés avec indication de la taille à payer pour chaque bien.

            Ce registre s’achève avec le certificat de remise du compoix : « l’an de grace mil six cens quarante et le premier jour du moys de febvrier après midi, régnant tres chrestien prince Louis par la grace de Dieu, roy de France et de Navarre, le prézant livre de nouveau compoix de la paroisse de Castaigniolz dans le diocèze d’Uzès a esté remys du consantemant des consulz de lad. parroisse entre les mains de Me Anthoine FELGEYROLLE du lieu de Soleyrolz et de Jean BANCILHON de Pierre Froide, pour icellui remettre en la souveraine cour de Nosseigneurs des comptes, aides et finances de Montp. pour en requérir l’authorization s’il y […]. Lequel livre contient 815 fulhetz, le prezant comprins, sans que en icelui il y ait aulcune vissieure ny introligneure quelconque, et en foy de ce nous sommes soubsignés ».

COMBES NOGARET PAGES

 

Les modalités de réalisation du compoix

 

            Comment ce compoix a-t-il été réalisé ? D’un point de vue géographique l’arpentage a démarré à partir de Castagnols (du lieu et parroisse de Castaignolz), a continué par le lieu de Figeyrolles, par le lieu de Souteyrannes, le lieu du Mazel, le lieu de Tremieges ou Tremiejolz, puis l’Agrevol ; on traverse le cours d’eau le Luech et on continue par le lieu du Fesc, le lieu du Travers, le lieu de Sebellieyre, le lieu de Nojaret, les Hortalz, le lieu de Vialas, le lieu de Liborette, La Planche, le lieu de Pollimiés / Pollimyés, le lieu de Souleirolz, le lieu ou le Mas de Pierre Froide et se termine par le lieu de Gourdouze. On notera que le point de départ, le centre c’est Castagnols et pas Vialas.

            En ce qui concerne la façon de procéder pour l’arpentage, pour le bâti et les parties adjacentes (maison, cazal, courtil, ayre) l’opération est effectuée avec « une cane tirant huict pans de long » environ 2 mètres (1, 985 m) en obtenant des canes et pans carrés.

            Pour les vignes, jardins, preds, champs, canabieyres, coudercz, l’arpentage a été fait avec « une perche tirant deux canes de long, mezure de Montpellier » soit environ 4 mètres, et les mesures au carré sont données en cesteirées, cartes, boisselz et destres.

            La cesteirée fait 8 cartes ou 16 boysselz (2000 m2)

La carte fait 2 boysselz ou 30 destres (250 m2)

Le boyssel fait 15 destres (125 m2)

Le destre fait 8, 33 m2

 

            Pour ces types de culture une échelle de valeur est établie avec 38 niveaux ou degrés, chaque degré étant subdivisé en bon, moyen et foible. C’est-à-dire qu’on peut avoir une vigne du 24e degré au moyen, une canabieyre du 15e degré au bon. On peut voir la complexité pour estimer la valeur foncière de certaines terres avec comme assiette d’impôt que 1 livre, 12 solz de valeur foncière induit 1 denier de taille.

            Pour les castanetz / chastanetz, euzieres, terres hermes et issartielz, on ne procède pas à l’arpentage mais on estime au jugé (vista de nas) la valeur et le revenu annuel du bien. Les prétextes invoqués sont, c’est loin, difficile d’accès, il y a des précipices, des cours d’eau encaissés, on ne connaît pas bien les limites, etc. Pour une livre de valeur estimé on ne paiera en taille qu’une pougèze.

 

La langue du compoix

 

L’analyse de la langue écrite de ce compoix est très intéressante. Elle doit se faire en tenant compte de deux phénomènes.

            La communauté de Castagnols / Vialas, du point de vue de la géographie linguistique, se trouve sur une ligne isoglosse ou plutôt isodialectale, c’est-à-dire qu’elle se trouve située à la limite entre deux dialectes de l’occitan : le nord-occitan et l’occitan méridional. C’est dans cette zone que passe une limite que l’on appelle la limite de la palatalisation. Au Sud de cette ligne le son [k] + [a] et [g] + [a] sont prononcés [ka] et [ga] : castanet, casal, nogaret. Au Nord de cette ligne ces mêmes sons sont prononcés [tcha] et [dja] : chastanet, chasal, nojaret.

            La communauté de Castagnols / Vialas, et encore au début du XXe siècle la commune de Vialas, se trouve dans une zone de contact, et la limite n’étant pas étanche, les deux prononciations se côtoient et on retrouve écrits dans ce document à quelques lignes de distance les termes castanet / chastanet, cazal / chazal.

            Cette zone de contact est aussi manifeste pour un autre phénomène, celui de la pronociation de [a] accentué suivi du son [n] qui va tendre à être prononcé au Nord [o] : la sanha > la sonha, le ranc / le ronc ; les noms de lieux de la commune sont suffisamment explicites sur ce sujet.

            Danc le compoix, à quelques lignes d’intervalles, ont peut rencontrer tous ces mots écrits de l’une ou de l’autre façon sans que cela ait été un obstacle à la compréhension.

            L’autre caractéristique dialectale de cette région, particulièrement du nord-occitan, est la diphtongaison de [i] accentué suivi du son [l] en [ié] ou en [ia] : vilar > vielar / vialar, cortil > cortiel, issartil > issartiel.

 

            À ces phénomènes de spécificités dialectales qui ont marqué la langue et qui se retrouvent dans le texte de ce compoix, s’en ajoute un autre. Il s’agit de l’influence de la langue dominante, c’est-à-dire du français. Depuis 1539 date où a été promulgué l’édit de Villers-Cotterêts, l’occitan n’est plus admis comme langue écrite administrative. Les notaires, surtout les notaires locaux, ne vont pas maîtriser la langue d’oïl aussi facilement que cela ; et puis ils n’y avaient sans doute pas trop intérêt, s’ils voulaient être un peu compris par les populations autochtones.

            La francisation va se faire selon divers procédés : on traduit le mot occitan en français, le nom commun pred remplace le nom commun occitan prat qui lui demeure dans les noms de lieux. Si on ne connaît pas le mot français correspondant, le mot occitan est francisé en adoptant le système graphique français : /-nh-/ est remplacé par /-ign-/, /-lh-/ est remplacé par /-ill-/, et on met un /-e/ à la fin des mots féminins (au lieu du /-a/ orthographique ou du /-o/ phonétique). L’article masculin singulier lo 2 ou 3 fois francisé en lou (« piece de terre assize sur led. lieu appellée lou Claux et le Triadou ») est systématiquement remplacé par le.

            Sur ce territoire, il y a deux phénomènes qui s’entremêlent : le contact entre deux dialectes et le contact entre deux langues. Si le premier joue sur la façon de prononcer certaines voyelles accentuées, le second joue aussi sur la façon d’accentuer les mots : la langue fançaise a tendance à mettre l’accent tonique sur les syllabes finales quand elles sont terminées par une consonne : Tremuejόls ; mais en occitan ce nom est accentué sur l’avant dernière syllabe : [trémuédjυ] et on le retrouve souvent écrit aussi dans le compoix sous la forme Tremuejes (en français les mots qui ne sont pas accentués sur la finale se terminent généralement par un [e] muet) ; les deux graphies semblent indiquer qu’ils y a eu deux prononciations concurrentes que l’on a essayé de rendre avec le système graphique français.

            Ces influences croisées apparaissent avec évidence dans le vocabulaire employé dans ce compoix. Et les Cévenols de cette époque ont à leur disposition tout un vocabulaire pour exprimer la qualité et les caractéristiques de leur terroir, l’utilisation qu’ils en font et les types de culture qu’ils y pratiquent. Nous allons voir qu’il y a dans ce compoix, sous une graphie francisée toute une richesse lexicale.

 

Le vocabulaire dans le compoix de Castagnols / Vialas de 1640

 

1) le rural :

  1. a) culture :

anglade, s. f. (anglade et canabieyre) ; occitan anglada = « terrain nivelé près de la maison pour faciliter sa culture ».

bancel, s. m. (plantoulier de petits castaigniers en deux bancelz ; castaigniers dedans en bancel) ; occitan bancèl = « bande de terre étagée ».

campinas / champinas, s. m. (euzieyre, campinas et terre herme ; herm et campinas) ; occitan campinàs = « petit champ de mauvaise qualité ».

canabiere / canabieyre, s. f. (piece contenant contenant canabiere treize destres) ; occitan canabièra = « chènevière ».

castagnier / castaignier, s. m. (terre complantée de castaigniers et chesnes) ; occitan castanhièr = « châtaignier ».

castan, s. m. (piece appellée la Sepede contenant castans, euzes entremeslés, herm, rochiers et boscaige ; terre appellée les Faisses contenant castans et terre rompue pour y faire champ) ; forme corrompue de l’occitan castanh = « châtaignier ».

castanet / chastanet, s. m. (piece contenant castanet, pradas, serriziers et terre herme ; ung castanet et ribe de pred ; ung chastanet scitué au lieu du Travers) ; occitan castanet = « terrain planté de chataigniers ».

couderc / coderq, s. m. (piece appellée les Cazals contenant couderc et noguiers ; couderc, frucharede ; couderc, rochiers et gourgue ; coderq complanté d’amouriers aud. lieu de Polimyés) ; occitan coderc = « enclos près de la ferme, semé en fourrage que l’on donne à manger vert au jeune bétail ». Correspond à la ferratgièra de la plaine.

debves / debvoys, s. m. (piece appellée la Sogne contenant pred, saignas, debvoys et deux castaigniers) ; forme corrompue de l’occitan devés et français moderne debvoys = « devois, champ ou bois où les bêtes ne pouvaient pas pâturer de mars à septembre ».

frucharede, s. f. (couderc, frucharede au dessus ; debves, castanet et frucharede) ; occitan fruchareda = « verger d’arbres fruitiers ».

fructiers / fruchiers, s. m. pl. (quelques petits fructiers au dessoubz lesd. terres labourives) ; français moderne fructier, occitan fruchièr = « arbre fruitier ».

herm, s. m. (herm et campinas) ; occitan èrm = « terrain inculte ».

herme, adj. f. (terre herme) ; occitan èrma = « inculte ».

issartiel / yssartiel, s. m. (issartiel et herm ; piece contenant nasse, yssartiel, boys de faux) ; occitan issartil / issartiel = « petit terrain défriché ».

jardin, s. m. (jardin sec ; jardin arrosable) ; français moderne jardin = « potager » ; la forme occitane òrt demeure seulement comme nom de lieu sous la forme archaïque Hort).

labourive, adj. f. s. (terre labourive, fructiers, canabieyre, muriers et peu de couderc), français moderne labourive, qui reconduit probablement l’occitan archaïque laboriva = « labourable ».

herbaige, f. en fr., m. en occitan (rebieyre et herbaige) ; occitan erbatge ou français moderne herbaige = « herbage ».

muriers / amouriers (rare), s. m. pl. (place d’abeils et muriers au dessoubz ses maisons ; coderq complanté d’amouriers aud. lieu de Polimyés) ; français moderne murier = « mûrier »; tend à remplacer l’occitan amorièr.

noguiers, s. m.pl. (piece appellée les Cazals contenant couderc et noguiers ; piece contenant couderc, muriers, rochiers et ung noguier ; frucharede, noguiers et ribes du long du valat ; castaigniers, noguiers et ribe au dessoubz) ; occitan noguièr = « noyer ». Pas de forme du type nogièr.

pasturalz, s. m. pl. (pasturalz et rochiers ; facultés et libertés qu’il a aux pasturalz, issartielz, boisses et debvoys) ; occitan pastural = « pâturage ».

perier, s. m. (ung perier) ; occitan perièr = « poirier ».

plantoulier, s. m. (plantoulier de petitz castaigniers en bancelz ; jardin sec, canabieyres et pantoulier de petits castaigniers) ; occitan plantolièr = « pépinière de petits châtaigniers ».

pradas, s. m. (piece contenant castanet, pradas, serriziers et terre herme) ; occitan pradàs = « grand près de qualité médiocre ».

pred, s. m. (ung pred et fraisnes; pred arrozable) ; français moderne pred = « pré », qui a remplacé l’occitan prat.

rompue, adj. f. s. (terre rompue pour y faire champ) ; français moderne rompue = occitan rompuda = « défoncée ».

serrizier, s. m. (chemin au dessus le pourtail de la cour et ung serrizier) ; français moderne serrizier = « cerisier » ; a remplacé l’occitan cerièr.

vigne, s. f ; (vigne haute ; vigne ruynée ; vigne de nouveau faite sur le pred du Moulin) ; français moderne vigne ou occitan vinha = « vigne » ; nombreuses vignes ruynées dans ce compoix.

  1. b) végétation naturelle :

amarinier, s. m. (court cloze et ung amarinier dedans ; quelques amariniers ; vernarede et amariniers) ; occitan amarinièr = « osier ».

arbourede, s. f. (vue 4310) ; occitan arboreda = « bosquet d’arbres », ou aubareda = « bois de saules, de peupliers blancs ».

bois, boisses, s. m. (bois de faux ; boisses de faulx ; facultés et libertés qu’il a aux pasturalz, issartielz, boisses et debvoys) ; franco-occitan bòis = occitan bòsc = « bois ».

boscaige, s. m. (piece appellée la Sepede contenant castans, euzes entremeslés, herm, rochiers et boscaige) ; français moderne boscaige ou occitan boscatge = « petit bois ».

brugas, brugasses, s. m. (herme et bruguas ; euzieyre, brugasses) ; occitan brugàs = « terrain couvert de bruyères ».

chesnes, s. m. (terre complantée de castaigniers et chesnes) ; français moderne chesne = « chêne blanc ».

euziere / euzieyre, s. f. (euziere, rancarede et terre herme…du pied le Valat des Nayses ; euzieyre, campinas et terre herme) ; occitan eusièra = « bois de chênes verts ».

falgarnasse, s. f. (terre herme, yssartiel et falgarnasse) ; occitan falgarnassa = « terrain envahi par les fougères ».

fajasses / fassasses, s. m. pl. (terre herme, rouve et fassasses ; fajasses) ; occitan fajàs = « bois de hêtres ».

faux / faulx, s. m. pl. (boisses de faulx ; piece contenant bois de faux ; terre herme et quelques faux ; faux, tremoulz, rochiers) ; occitan fau = « hêtre ».

feauteaux, s. m. pl. (yssartiel et feauteaux) ; français moderne fouteau = « hêtre ».

fraisne, s. m. (ung pred et fraisnes) ; français moderne fraisne (vue 300, cpx3, bis) = occitan fraisse = « frêne ».

rouve, s. m. (terre herme, rouves ; piece… contenant ung rouve) ; occitan rove = « chêne blanc ».

tremoulz, s. m. pl. (faux, tremoulz, rochiers) ; occitan tremol = « tremble ».

vernarede, s. m. (ung ribas, fruchiers, molenc, vernarede et terre herme ; vernarede et amariniers) ; occitan vernareda = « aulnaie ».

 

  1. c) relief :

aiguevers, s. m. (du chef avec l’aiguevers du Serre) ; occitan aigavèrs = « crête de montagne », « versant ».

molas / moulas, s. m. (molas, terre herme, issartiel ; jardin arrozable et moulas au Valat de Castaignolz) ; occitan molàs = « terrain humide ».

moulenc, s. m. (yssartiel, molenc et terre herme ; ung ribas, fruchiers, molenc, vernarede et terre herme) ; occitan molenc = « terrain marécageux ».

nasse, s. f. (une nasse, sagnas et campinas ; faux, nasse et rochiers) ; occitan nassa = « prairie flottante ».

rancarede, s. f. (terre herme et rancarede ; euziere, rancarede et terre herme) ; occitan rancareda = « escarpement rocheux ».

rebieyre, s. f. (rebieyre et herbaige) ; occitan ribièra = « bords d’une rivière ».

ribas, s. m. (ung ribas, fruchiers, molenc, vernarede et terre herme) ; occitan ribàs = « grand terrain pentu dominant un cours d’eau ».

ribe, s. f. (ung castanet et ribe de pred ; noguiers et ribes du long du valat) ; occitan riba = « terrain pentu dominant un cours d’eau ».

rochiers, s. m. pl. (pasturalz et rochiers ; faux, nasse et rochiers) ; français moderne rochier = « rocher » ; a remplacé l’occitan ròca / ròcha. Les rochers reviennent fréquemment dans le descriptif des terres ou des maisons)

sagnas / saignas, s. m. (une nasse, sagnas et campinas ; piece appellée la Sogne contenant pred, saignas, debvoys et deux castaigniers) ; occitan sanhàs = « grand terrain humide et marécageux ».

valon, s. m. (valon au milieu) ; occitan valon = « petit ruisseau ».

 

  1. d) hydraulique :

aiguejet, s. m. (aiguejet en partye au milieu) ; occitan aigajet = « fontaine »

beal, s. m. ; français moderne beal = occitan besal = « bief d’un moulin ».

boutade, s. f. (pred arrozable et une boutade) ; occitan botada = « réservoir », « écluse ».

gourgue, s. f. (filant droit a la Gourgue de Gourc Giral ; couderc, rochiers et gourgue) ; occitan gorga = « bassin de rétention d’eau ».

 

2) le bâti :

alapen, s. m. (petit alapen au dessoubz lequel y a une voulte ou font leur sellier ; chazal et alapen) ; occitan alapens = « appentis ».

ayre, s. f. (ayre et airyel) ; occitan aira = « aire à dépiquer les céréales ».

ayriel / airyel, s. m. ; occitan airiel = « emplacement à côté de l’aire où l’on déposent les gerbes ».

berbeziel, s. m. (maison servant de berbeziel, d’estable, palher et de clede) ; occitan berbesil / berbesièl, var. de berbisièr / berbiguièr = « bergerie ».

bouget, s. m. (aultre chambre, comprins le bouget, le pailher estant a deux membres) ; occitan buget / boget = « grand placard ».

cazal / chazal, s. m. (ung champ et ung chazal dedans; vernarede, terre herme et cazalz; chazal ou estoit le pailher ; cazal cinq canes, troys pans) ; occitan casal / chasal = « petit bâtiment, proche ou éloigné de la maison, quelquefois sans toiture, et perçu comme une annexe de la maison ». On trouve cazal et chazal souvent à quelques lignes d’intervalle.

cazature, s. f ; (piece de terre joignant sa cazature) ; occitan casatura / casadura = « ferme et ses dépendances ».

chambre, s. f. (une chambre et pigeonnier) ; français moderne chambre = « chambre » ou « autre pièce que la cuisine ».

charbonniel, s. m. (a Sebellieyre, plaissage du martinet de fer et charbonniel ; au Martinet de Prat Nouvel, plassaige du martinet a fer et charbonniel) ; occitan carbonil / charbonil / charboniel = « dépôt de charbon ou de minerai ».

clede, s. f (maison servant de clede ; clede de peu de valeur couverte de pailhe) ; occitan cleda = « séchoir à châtaignes ».

court, s. f (court, trelhatz et pourcil ; court cloze et ung amarinier dedans ; court, degrés et rochiers) ; occitan cort = « cour »

courtil / courtiel, s. m. (courtielz, passaiges et trelhatz ; chazal, courtil) ; francisation de l’occitan cortil / cortiel = « petit jardin clos de murs, attenant à une cour près de la maison ».

crotte, s. f. (maison a troys estaiges, partye terrenc y ayant une crotte) ; occitan cròta = « voûte » ; rare, le terme le plus souvent employé est voulte.

degrés, s. m. pl. (court, degrés et rochiers) ; français moderne degré = occitan degrà = « escalier ».

estable, s. m. (maison servant de berbeziel, d’estable, palher et de clede) ; français moderne estable ou occitan estable = « étable ».

estaiges, s. f. pl. (maison a troys estaiges, partye terrenc y ayant une crotte) ; français moderne estaige = occitan estanci = « étage ».

femorassiel, s. m. ; occitan femorassil / femorassièl = « fosse à fumier ».

ferlonguette, s. f. (piece contenant castanet, terre herme et valons… et en une petite ferlonguette au derriere la piece) ; occitan farlengueta = « toute petite bande de terre ».

fougagne / fougaigne, s. f. (maison fougaigne a deux estaiges) ; occitan foganha = « pièce de la maison disposant d’un foyer ».

four, s. m. (four, fourniel ; four presque ruyné situé soubz la maison de Charles Bouschet) ; français moderne four = occitan forn = « four à pain ».

fourniel, s. m. (four, fourniel) ; occitan fornil / forniel = « fournil », « lieu couvert, construit à côté du four pour abriter le pain et les ustanciles pour faire cuire le pain ».

gloriette, s. f. (petit couvert ou est la gloriette et four) ; francisation de l’occitan glorieta = « pavillon ».

houstal, s. m. (maison fougagne, l’houstal neuf sept canes) ; occitan archaïque hostal, occitan ostal = « maison ».

jeasse, s. f. (maison servant de jeasse) ; occitan jaça = « bergerie ».

maison, s. f (maison, fougagne ; maison au lieu du Fesc couverte de pailhe) ; français moderne ou occitan dialectal maison = occitan ostal = « maison ».

martinet, s. m. (a Sebellieyre, plaissage du martinet de fer et charbonniel (vue 4852, cpx2) ; occitan martinet = « fonderie, forge mues par l’eau ».

moulin bladier, s. m. + adj. m. (moulin bladier appellé le Poumeyrol virant à ung coup) ; occitan molin bladièr = « moulin à bled ».

pailhe, s. f .(membre de maison couvert de pailhe) ; occitan pailha = « paille ». Couverture pour les toits la plus répandue.

pailher / palher, s. m. (troys membres servant de pailher, l’ung couvert de pailhe ; maison servant de berbeziel, d’estable, palher et de clede) ; palhièr = « pailler ».

pede, s. f. (partye d’une pede de maison, clede) ; occitan peda = « emplacement ».

penon, s. m. (maison traversiere a deux estaiges et demy, le penon du levant estant en estat de tumber) (vue 062, cpx.3, bis) ; occitan penon = « bout du toit ».

pigeonnier, s. m. (une chambre et pigeonnier ; petit membre ou y a pigeonnier et poulhalhier, a quatre estages) ; français moderne pigeonnier = « pigeonnier »; a remplacé l’occitan colombièr.

place d’abelz / d’abeils, s. f. + s. m. pl. (a Figueyrolles une place d’abelz ; place d’abeils et muriers au dessoubz des maisons au Mas Dalgeirenc) ; occitan plaça d’abelh = « rucher ».

poulhalhier, s. m. (petit membre ou y a pigeonnier et poulhalhier, a quatre estages) ; français moderne poulailhier = « poulailler » ; a remplacé l’occitan galinièr.

pourcil / pourciel (court, trelhatz et pourcil) ; occitan porcil = « soue à cochons ».

sellier, s. m. (petit alapen au dessoubz lequel y a une voulte ou font leur sellier) ; occitan celièr = « cellier ».

tailhe, s. f. (maison couverte de tailhe) ; occitan talha = « ardoise taillée pour les toitures ».

terrenc, adj. m. et f. (maison a troys estaiges, partye terrenc y ayant une crotte) ; occitan terrenc = « de plain-pied ».

treilhat, s. m. (courtielz, passaiges et trelhatz) ; occitan trelhat = « vigne sur treille près des maisons ».

voulte, s. f. (maison d’abithation a troys estaiges y ayant un peu de voulte) ; français moderne voulte = « voûte ».

            Parmi environ les 95 mots de vocabulaire faisant référence au rural ou au bâti, 18 ressortissent au vocabulaire français, dont deux en concurrence égale avec le mot occitan (debvoys / debves ; fructiers / fruchiers). Ce qui fait quand même 73% de mots occitans du quotidien dans un texte écrit administratif de la première partie du XVIIe siècle.

 

La population dans le compoix de Castagnols / Vialas

 

            L’impression qui ressort à la lecture de ce compoix est qu’il n’y a pas de centre. Le grand nombre de hameaux qui se voit attribuer la qualification de lieu, quand on connaît la valeur de ce terme en témoigne. En règle générale dans les compoix le terme lieu s’applique au village principal, au chef-lieu qui donne son nom à la communauté. Et le territoire de Castagnols / Vialas ne comporte pas moins de 18 lieux, qui chacun ont leur propre territoire et leurs fermes ou mas qui leur sont rattachés.

 

Les lieux du taillable de Castagnols / Vialas

 

+ le lieu de Castagnolz / Castagniolz

– Mas d’Algeirenc

– Mas Pagès

+ Le lieu de Figeyrolles / Figueyrolles

– Malpas les Figeyrolles

+ Le lieu de Souteyranes

+ Le lieu du Mazel, ancien nom probable de Courtés

– Le Mas du Chaufés

+ Le lieu de Tremieges / Tremiejolz

– mas appellé le Verdier

– Mas de la Chappelle

Mas du Cros de Tremiejolz

– Mas des Tribes de Tremiejes

+ Le lieu de l’Agrevol / Mas de l’Agrevol

+ Le lieu du Fesc

– mas appellé de Clemant autremant l’Arbousset

– Mas du Moulin ; maison d’habithation a trois estaiges et voultée située au Mas du Molin ; habitan du Mas du Moulin pour ung moulin bladier qu’est dans une maison voultée située aud. Mas du Moulin du long de la rivière de Luesche avec bealz, services et aprehandemans d’eaux

– mas appellé le Salze… concistant en une maison… chazal… et alapen

– mas et metherié appellé Channac ; le Mas de Channac

+ Le lieu du Travers / le lieu du Traves

– Barry du Travers ; maison au Mas du Barry du Travers

– Prat Boulet ; mas appellé Prat Boulet concistant en une maison a deux estaiges

– Ville Nove (sur le lieu du Travers appellé Ville Nove)

– Mas de Donzelesche

– Mas appellé le Prat de Thonnet autremant le Prat de la Ribieyre

– Mas de Razes

– la Sale

– Mas de la Redonde ; Mas et terroir de la Redonde

– mas de la Chapellette… aud mas et terroir de la Redonde

– mas appellé le Debves

+ Le lieu de Sebellieyre / le Mas de Sebillieyres

– le Martinet de Sebellieyres / le Martinet de Sebillieyre

+ Le lieu de Nojaret

– le Mas du Granier ; Mas du Granier de Nojaret

– Mas du Rouve ; au Mas du Rouve de Nojaret ; au Mas del Rouve

– Mas de la Croix de Nojaret (quatre membres de maison couvertz de pailhe la plupart presque ruynés situé au Mas de la Croix de Nojaret)

– Mas d’Algeirenc / au Masalgeirenc

– Mas Gastoulhenc

– Mas des Arnailz

– Mas du Vignal

– Le Puech

+ Les Hortalz

– Mas de l’Airette

– la Garnaryé

– Mas du Crepou

– Le Martinet de Prat Nouvel

– metherie appellée Revesqut autremant Montcla

+ Le lieu de Vialas / lieu de Viellas / le lieu de Viala

– Mas de Razes ; metherie de Razes

– Mas de la Vigne ; ung mas appellé la Vigne

– Mas de Roussel de Viellas

– lieu de Viellas et au Mas de la Grange

+ le lieu de Liborette

– Mas de la Chatonieyre les Libourette ; le Mas de Chatonieyre

+ La Planche

+ Le lieu de Pollimiés / lieu de Polimyés / lieu de Polimyos

– Mas Soubeiran de Polymies

– Mas de Rieutort

– Mas des Borjatz de Polimyés ; Mas des Bourjetz de Polimyés ; Mas des Bourjatz de Polimyés (Bourjac, IGN.).

– Mas de Tourieyres / Mas de Tourrieyres qui est partagé avec Souleirolz.

+ Le lieu de Souleirolz / Soleirolz

– Mas Durant de Souleirolz

– Mas de la Font de Souleirolz

– therroir du Mas Frezés ; le Malfrezés

– Mas de l’Ayre du Cros

– Mas de Tourieyres, partagé avec Polimyés

– mas et metherie appellé lou Jerlier/ mas et metherie appellée le Jerlier ; le Mas de Jerlier

+ Le lieu de Pierre Froide / le lieu de Pierre Frege / le Mas de Pierre Froide

+ Le lieu de Gourdouze

 

Forains ayant des biens à Souleyrolz

+ Le Mas Suffret, parroisse de Sainct Maurice

+ Le Villeret, parroisse de Sainct Maurice

[1] Ce compoix est celui Castagnols, nom d’un hameau qui donna son nom à la communauté lorsqu’elle était sous l’autorité des catholiques. Plus tard lorsqu’elle passa sous l’autorité des protestants, ce fut le hameau de Vialas qui devient le chef-lieu et donna plus tard son nom à la commune.

[2] Le document à partir duquel nous avons opéré est une reproduction par photocopie, reliée en trois volumes, en dépôt aux Archives municipales de Vialas. L’original est en dépôt aux Archives départementales de Lozère.

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