Compoix de Cazevieille (1554)

 

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COMPOIX DE CAZEVIEILLE (HÉRAULT)

COMPÉS DE CASAVIÈLHA (ERAU)

            Ce document est en dépôt aux Archives départementales de l’Hérault sous la cote 153 EDT 3. Il s’agit d’un extrait du compoix de Cazevieille, qui fait partie de la série des compoix dits de la Val de Montferrand, micro-région constituée de 15 communautés[1] qui au Moyen-Âge, vers le XIVe siècle, s’étaient regroupées avec un parlement aux Matelles[2]. Ces compoix sont groupés dans deux gros registres. Celui de Cazevieille, daté de 1554, se trouve dans le premier registre et cet extrait va du folio 843 au folio 846, verso. Il est rédigé majoritairement en occitan avec une graphie peu francisée et quelques emprunts au français. La finale des noms féminins est sytématiquement graphié avec /-e/ au lieu du /-a/ occitan (cauliere versus cauliera ; safraniere versus safraniera). L’article féminin pluriel est toujours noté las, et la forme de l’article masculin singulier varie entre lo [lυ] graphie occitane et lou [lυ] graphie francisante. À l’intérieur des mots la notation du [υ] fermé se fait généralement par le digramme /-ou-/ comme en français : fourn pour occitan forn, mais on trouve toutefois foguiere au lieu de fouguiere.

            Il comporte des syntagmes purement occitan comme ambe el meteis / ambe el meteys = « avec lui-même ». La préposition ayant le sens « avec » est conservée sous sa forme occitane en. À la différence du compoix de Viols-en-Laval de la même série, qui se caractérise par l’emploi presque systématique du terme français champ (24 occurrences) au détriment de l’emploi du terme correspondant occitan camp (2 occurrences), cet extrait de compoix fait montre d’un plus grand emploi de la forme occitane camp (5 occurrences) au détriment du français champ (1 occurrence). On retrouve dans ce compoix l’emploi du terme français herbage au lieu des termes occitans ferratgièra ou patus.

            Dans ce rôle de Bernard Coulet on trouve des biens situés dans une communauté voisine : ung cazau al Castel dins lo loc de las Matelles = « une petite construction au Château dans le village des Matelles ». Ainsi dans ce compoix les biens de l’assujetti situés dans une autre communauté que celle où il réside sont répertoriés conjointement avec ceux situés dans sa communauté d’origine. Ce fonctionnement se retrouve dans les autres compoix de la Val de Montferrand.

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Lexique

– L’agraire :

+ ayre, s. f. ; francisation de l’occitan aira = « aire à dépiquer les céréales ».

+ camp, s. m. ; occitan camp = « champ »

+ cauliere, s. f. ; une cauliere darier lodict mas ; francisation de l’occitan caulièra = « terrain planté de choux ».

+ deves, s. m. ; ung deves al territori de Robiac ; occitan devés = « devois, champ ou bois où les bêtes ne pouvaient pas pâturer de mars à septembre ».

+ ernant, s. m. ; occitan arnant = « enclos pour les brebis pour permettre aux agneaux de têter ».

+ herbaige, s. f. ; français moderne herbaige ; le correspondant occitan erbatge existe, mais n’est pas attesté dialectalement en Languedoc où sont préférés les termes ferratgièra, pàtus. Il s’agit là d’un emprunt au français.

+ olivede, s. f. ; francisation de l’occitan oliveda = « oliveraie ».

+ ort azegant, s. m. + adj. m. ; occitan òrt = « jardin » + azagant, occitan asagant = « disposant d’eau pour l’arrosage ».

+ ort sequant, s. m. + adj. m. ; ung ort sequant darier lou mas ; occitan òrt = « jardin » + occitan occ. secant = « sec », « sans eau », « sans puits ».

+ paran, s. f. ; graphie corrompue de l’occitan parran = « lopin de terre clos de muraille près de la maison ou en bordure d’un chemin ».

+ safraniere, s. f. ; francisation de l’occitan safranièra = « safranière ».

+ vigne, s. f. ; francisation de l’occitan vinha = « vigne ».

– Le bâti :

+ cazau, s. m. ; ung cazau al Castel dins lo loc de las Matelles ; graphie archaïque et notant la vocalisation du /-l/, de l’occitan casal = « petite construction proche d’une maison, quelquefois sans toiture ».

+ celestre, s. m. ; ung celestre jouignant lad. jasse; occitan celèstre = « ciel ouvert, espace fermé sans toit pour donner du jour ou terrasse à ciel ouvert ».

+ couvert, s. m. ; ung couvert devant loud. fourn ; francisation de l’occitan cubert = « petit morceau de toiture servant de protection »

+ cros, s. m. ; ung cros devant loud mas ; occitan cròs = « trou près de la maison pour composter les déchets ».

+ estable, s. m. ; ung estable ; occitan estable = « écurie » ; contrairement au compoix de Viols-en-Laval où le mot est du genre féminin comme cela est attesté de longue date en occitan, dans ce compoix il est du masculin comme en occitan contemporain.

+ foguiere, s. f. ; dis lou dict mas la foguiere sans solier ; francisation de l’occitan foguièra = « pièce d’une maison possédant un foyer ».

+ fourn, s. m. ; francisation de l’occitan forn = « four ».

+ galinier, s. m. ; ung galinier joignant la jasse ; occitan galinièr = « poulailler ».

+ jasse, s. f. ; une jasse des fedes ; francisation de l’occitan jaça = « bergerie » ; francisation de l’occitan fedas = « brebis ».

+ place, s. f. ; une place devant lodict mas ; francisation de l’occitan plaça, synonyme de plan = « espace dégagé et plat près de la ferme ».

+ possiou, s. m. ; graphie corrompue de l’occitan porcieu, variante de porcil = « soue ».

+ solier, s. m. ; foguiere sans solier ; en solier ; occitan solièr = « plancher ».

Les points cardinaux :

Dans ce compoix en règle générale seuls deux à trois confronts sont indiqués à l’aide des points cardinaux suivants :

+ du levant = « du côté est ».

+ de cougant [kυdjᾶ] = « du côté ouest ».

+ d’aure dreche ; francisation de l’occitan aura drecha = « de vent droit », « du côté nord ».

+ de marin = « du côté sud ».

+ de miechjour ; francisation de l’occitan miègjorn = « du midi », « du côté sud ».

– Système de mesure de superficie :

+ le dextre (20 m2), la cane (10 m2), pour le bâti.

+ la cesterade, le quarton, le dextre, pour l’agraire.

– Système monétaire :

+ la livre, le sol, le denier, l’obole.


[1] Agonès, Cazevieille, Combaillaux, Les-Matelles, Saint-Clément (-la-Rivière), Saint-Gély (-du-Fesc), Saint-Jean-de-Cuculles, Saint-Mathieu, Saint-Sauveur (La Grange du Pin), Saint-Vincent-de-Barbeyrargues, Tréviers, Le-Triadou, Vailhauquès, Valflaunès, Viols-en-Laval.

[2] Ce regroupement de communautés s’est vu attribué le nom de « République de la Val de Montferrand » par les historiens locaux.

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