Compoix d’Agde (1625)

CpxAgdeG32 001

Pierre CASADO

     Ce registre qui a reçu la dénomination de Compoix, notée sur la première de couverture, fait partie des archives du Chapitre d’Agde, et est conservé aux Archives départementales de l’Hérault sous la cote G 32. Mais il ne s’agit pas véritablement d’un compoix, c’est-à-dire du document fiscal servant à asseoir l’impôt foncier, impôt royal appelé la taille. Ce document est tout autre. C’est le deuxième volume d’un nouvel arpentage effectué en 1625 pour le service de Monseigneur d’Agde, comme indiqué en préambule : « Avons commencé par commendement de Monseigneur d’Agde d’harpenter le terroyr de Delay la Rivière d’Héraud… ». On l’aura compris dans ce volume n’ont été arpentés que les terroirs situés rive droite de l’Hérault, hors la ville, à savoir, en gardant leurs formes dans le document, l’Ille, la Brassiere sive la Verdisse, la Verdisse sive al Rudel, lou Fumeras sive lou Mol, la Cadene, la Verdisse sive la Golhonade[1], le Passage de la Barque, las Quatre Carrieres, lou Req Salat, la Verdisse sive Req Salat, le Cap del Pont, las Deveses, lou Frayse, lou Clot de Nadal, St Silvestre, lou Banqual / al Bancau, al Banqual sive a las Deveses, al Trinquat sive las Deveses, le Chemin de Mermian, au Chemin de Thorolle, Pied d’Arbouse, la Cauquiere et le Sevenhe / lou Sevenhe[2]. Ce document s’apparenterait plutôt à un livre terrier, document seigneurial, servant à percevoir le droit d’usage[3], terme récurrent dans le texte, dont les destinataires sont soit le Chapitre, la Chapelle Sainte-Anne, l’Ospital / l’Espital, soit Monseigneur d’Agde. Toutefois à la fin de chaque article, après l’énoncé de la nature de la parcelle, des confronts et de la superficie, le taux d’imposition formulé reproduit celui donné dans un autre registre avec référence au folio correspondant. Ce document n’est donc qu’un nouveau rapport d’arpentage en vue de rectifier les erreurs d’un livre terrier.

      Ce registre de 65 folios (58 pour le corpus + 2 blancs + 5 pour la Rubrique des piesses… par ordre alphabétique des patronymes) est formé de cahiers cousus protégés par une couverture de cuir, doublée à l’intérieur d’une feuille de papier collé.

      La langue de ce document ressortit à la langue française de l’époque. Les occitanismes sont rares ; on trouve seulement carrière, al mitan (en concurrence avec au millieu), et quelques éléments du lexique agraire : armas / harmas, herme, salicor, seignhe.

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Lexique :

– l’agraire :

+ armas / harmas, s. m. : (ung armas et tamarissiere) ; variante répandue de l’occitan ermàs = « terrain très infertile ».

+ brassière, s. f. : (le req de la brassière) ; francisation de l’occitan bracièra = « bras mort d’un cours d’eau ».

+ champ, s. m. : (terre partie champ, herme et salicor) ; traduction de l’occitan camp = « champ ».

+ condamine, s. f. : francisation de l’occitan condamina = « terre très fertile, ayant pu dépendre du domaine seigneurial ».

+ farageal, s. m. : (ung petit farageal sive plan) ; graphie corrompue de l’occitan ferratjal « champ de fourrage ».

+ herme, s. m. : (ung herme vaquant ; herme vacant) ; graphie archaïque et influence française de l’occitan èrm = « terrain inculte ».

+ jardin, s. m. : (ung jardin et seignhe) ; traduction de l’occitan òrt = « jardin ».

+ pred, s. m. : français moderne pred, traduction de l’occitan prat = « pré ».

+ req, s. m. : graphie archaïque de l’occitan dialectal rec = « ruisseau ».

+ salicor, s. m. : (ung champ salicor ; champ à faire salicor sive tamarissière ; ung salicor) ; occitan salicòr = « salicorne », plante. Ce terme désigne d’abord la plante puis le terrain où elle est récoltée. Cette plante de la famille des chénopodées, outre ses qualités alimentaires, produisait avec la cendre résultant de sa combustion la meilleure soude du Languedoc, servant dans la fabrication du savon et du verre.

+ seignhe, s. f. : (jardin, seignhe et pred) ; francisation, avec marque de la prononciation dialectale de l’occitan sanha = « terrain marécageux ».

+ tamarissière, s. f. : francisation de l’occitan tamarissièra = « terrain où pousse le tamaris ».

+ terre, s. f. : français moderne terre ou francisation de l’occitan tèrra = « terre labourable ».

– le bâti :

+ jasse, s. f. : (une jasse et ung petit farageal) ; francisation de l’occitan jaça = « bergerie ».

+ magasin, s. m. : (ung magasin et farageal) ; français moderne ou occitan magasin = « entrepôt ».

– les odonymes :

+ carrière, s. f. ; (la carrière visinalle) ; francisation de l’occitan carrièra = « chemin ».

+ chemin, s. m. ; (chemin au millieu) ; traduction de l’occitan carrièra ou camin.

+ draye, s. f. ; (la draye au mitan) ; francisation de l’occitan dralha = « chemin pour les troupeaux ».

+ rue, s. f. (une rue visinalle) ; français moderne rue qui en zone rurale a le sens de l’occitan camin = « chemin ».

– les points cardinaux :

+ de greq = « du côté est ».

+ de marin = « du côté ouest » et non du « côté sud » dans ce document.

+ de midi = « du côté sud ».

+ de terral = « du côté nord ».

– Système de mesure de superficie :

+ la cesterée, le quarton, le dextre pour l’agraire.


[1] Toponyme à identifier avec al Goleden produit par le cartulaire d’Agde, p. 445.

[2] Toponyme à identifier avec Savinianum produit par le cartulaire d’Agde, pp. 73, 79, 386, 388 ; la forme Sevenhe indique le recul de l’accent final sur la pénultième, la voyelle finale devenant atone et donc faiblement prononcé comme un [e] muet.

[3] Le plus souvent cet impôt est à régler en nature (ponhadière de froment, de blé, d’orge), plus rarement en monnaie (denier).

 

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