Zénobia Halabiyé, campagne 2008

halabiya oct 2010

L’équipe était composée de 45 personnes, dont 21 ouvriers syriens de Halabiyé. L’équipe comprenait, outre l’auteur du présent rapport, Mme Valérie Serdon-Provost, M. Samuel Provost, Maîtres de conférences à l’Université de Nancy II, M. Alain Veyrac, Chargé de cours à l’université de Nîmes et chercheur associé à l’UMR 5140 de Montpellier-Lattes, Melle Hélène Duval, Topographe à l’INRAP Grand Est. Ils encadraient les étudiants : Bertrand Riba (doctorant Montpellier III), Prost Emilie (doctorante Lyon II), tous deux deux co-responsables de secteur, Séverine Garat (Doctorante Bordeaux III), Nairusz Haidar Vela (Master II Paris I, céramologue), Moussab Al Bessso et Berton Matthieu (Master II Montpellier III), Estelle Brun (Master II EPHE), Ahed Al Mohanna, Sanae As Safi, Canivet Marie (Master I Montpellier III), Luc Sanson (Master II Nancy II et INRAP), Aïda Menouer Maud Landry. Cette équipe comprenait également quatre doctorants architectes de l’Université de Valencia, Maria Diodato, Guillermo Guimaraens, Maria Mestre et Elisa Zaccaria. Deux artisans-restaurateurs, Christophe Dragovic, formateur à l’École Européenne de l’Art et de la Matière, et Joseph Peisley, ont été responsables des consolidations de l’église nord-ouest. M. Yasser Shouwhan, Directeur des Antiquités de Deir Ezzor, était le responsable de la partie syrienne.

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Secteur 1 :

L’objectif principal de nos recherches dans ce secteur était de retrouver les traces du rempart de la ville dans son état antérieur à Justinien, (qui, selon Procope de Césarée, fut rasé pour y établir de nouveaux quartiers d’habitations).Nous avons donc pu déterminer qu’au Nord de la paroi enduite du radier de fondation de l’ancien rempart retrouvé en 2007,(US 1040), les traces de celui-ci s’étendent sur 5,60 m vers le Nord. Il s’agit d’un blocage d’1 m d’épaisseur fait de petits blocs non équarris et liés au mortier de chaux.

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Il est aussi présent à l’ouest (en B 02), mais de façon plus ténue. On le retrouve encore dans un petit sondage B03 pratiqué entre B01 et B02. Dans le retour ouest de B01, nous avons pu mettre au jour un égout monumental. De direction Est-ouest/ Ouest, celui-ci est constitué de deux parois en blocs de gypse et de basalte non équarris, sur lesquelles reposent de grandes dalles de couverture en gypse bien taillées. Étant donné que nous n’avons pas trouvé de pavement de rue en surface ou autour de cet égout, il est probable que celui-ci ait été enterré sous le sol de circulation. Cette hypothèse peut être justifiée par la présence de la dalle la plus épaisse, qui aurait pu servir de regard (pour la localisation et le curetage).

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Les premières données de l’analyse du matériel céramique permet de proposer pour ce secteur, la chronologie suivante : Une unité d’habitation, peut-être en lien avec le secteur « G » de Lauffray, aurait pu s’accoler au Sud de l’ancien rempart ou venir s’y établir lors de son démantèlement (US 1010 : milieu VIè.). L’important dépôt de céramique 1017, retrouvé dès la fin de la campagne de 2006 et daté de la fin du VIè s. et du VIIè s. montre que cet habitat a continué d’être utilisé à ces périodes. Une fois l’ancien rempart rasé et selon la logique qui a présidé à la reconstruction d’un nouveau rempart plus au Nord, de nouvelles habitations sont construites sur ses fondations (US 1063 à 1065, peut-être dès la fin du VIè s ou au VIIè s., au nord des murs 1060 et 1061 qui correspondent peut-être à une période légèrement postérieure VIIè s.). En tout cas, l’égout trouvé en B01 est aménagé pour drainer ces nouveaux quartiers dès la fin du VI è s., comme en témoigne son comblement (US 1064) : il fau t néanmoins rester, sur ce point, prudent car seuls de gros fragments d’une jarre de Syrie du Nord y ont été retrouvés. Mais d’une façon générale, le quartier continue d’être occupé au-delà du VIIè s. comme en témoigne le matériel des US recouvrant l’égout en B01.

Secteur 3 :

La campagne de l’été 2007 et une brève intervention en janvier 2008 avaient permis la mise au jour d’un îlot d’habitation comportant dans son ultime occupation plus de 9 pièces, réparties en deux unités distinctes au moins. La nouvelle campagne a été consacrée à l’exploration plus approfondie de celle qui occupe la moitié orientale de l’îlot : l’implantation à l’intérieur des pièces d’une série de sondages d’étendue limitée a visé d’une part à reconnaître la séquence stratigraphique générale des phases d’occupation successives, et d’autre part, à explorer sa façade méridionale avec l’objectif d’atteindre la rue le limitant sur ce côté.

Les sondages des pièces 1, 2, 3 et 5 ont permis d’identifier trois niveaux d’occupation successifs, séparés par des phases de destruction, suivies de phases de récupération des matériaux et de remblaiement important entraînant la formation du petit tell actuel. Le dernier niveau d’occupation (niveau 1), déjà bien mis en évidence en 2007, est un habitat dont les murs sont construits, sans fondations, pour la partie inférieure, en un petit appareil incertain de moellons de basalte ou de gypse, simplement liés à la terre et incorporant de nombreux blocs en remploi. La partie supérieure de l’élévation est un appareil d’adobe reconnu dans la couche de destruction argileuse qui scellait le dernier sol dans toutes les pièces considérées. Ce dernier est uniformément un sol de terre battue soigné, particulièrement bien conservé dans les pièces 2 et 5 malgré sa faible épaisseur. Le niveau précédent d’occupation (niveau 2) n’a été reconnu que dans les pièces 2 et 3, sous une épaisse couche de remblai visant à préparer les constructions du niveau 1. Il prend la forme de sols très ruinés et de vestiges d’un mur d’adobe dans pièce 3, qui suggèrent, avec le sondage de la pièce 11, que cette technique de construction est prédominante lors de cette phase. Le niveau d’occupation le plus ancien (niveau 3) mis au jour jusqu’à présent est localisé sous une nouvelle couche de remblai (d’au moins 50 cm d’épaisseur) : il s’agit des premières assises (2 ou 3 en général) de murs en appareil incertain de basalte, de nouveau liés avec de la terre, avec quelques blocs de gypse. Les tronçons de murs localisés dans les sondages des pièces 2, 3 et 5 permettent d’esquisser le plan d’une unité d’habitation rectangulaire, dont les limites restent à déterminer. Les sols associés à ces murs sont des dallages plus ou moins défoncés de gypse (pièce 3) incorporant également des plaques de basalte (pièce 2).

Deux autres sondages ont été pratiqués dans la pièce 11 sur le côté sud de l’îlot. Ils ont permis de montrer qu’il s’agit en fait au niveau 1 d’une cour. Au sud-ouest, un emmarchement de terre battue a été mis au jour suggérant l’existence d’un petit escalier descendant vers la rue au sud de l’îlot : la façade y était constituée par un mur d’adobe constitué de deux séries d’assises de briques. Lors de sa destruction, ce mur est tombé d’un seul tenant vers l’extérieur de l’îlot, entraînant, malgré les déformations et les dommages subis, une bonne conservation de ces caractéristiques. Il mesurait ainsi au moins 2,40 m de haut et il était percé d’une porte de 2,20 m de hauteur pour 1,15 m de largeur. Au Sud, une couche d’abandon a livré un abondant matériel céramique et métallique (clous, lame de couteau, boucle), dont deux objets quasi intacts, une gourde et une lanterne.

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Secteur 6 :

Les sondages stratigraphiques (3 carrés de 2m x 2m), positionnés perpendiculairement au mur ouvrant sur le « forum », ont fourni quelques données importantes lors de la précédente campagne (2007).

La reprise de la fouille dans ce secteur a conduit à la réouverture de ces carrés. Réunis et élargis, ils ont permis de préciser les phases d’occupation dans cette zone. Les anciens carrés baptisés C0 à C5 ont été transformés en carrés plus larges A0 et A1 (voir plan général secteur 6). D’autre part, une large extension à été opérée vers l’est, sous la forme d’un carré de 5m sur 5m (A2). Au total, le secteur représente 53 m2 de surface ouverte. Au chevet de l’église nord-ouest, des murs affleurant, bâtis en blocs de gypse, ont été dégagés et relevés Ils correspondent à un grand bâtiment adossé à l’église dont la présence avait été notée par Lauffray, sans qu’il l’ait clairement identifié. En effet, il lui donnait, d’est en ouest, environ 2m de moins de largeur que ses dimensions réelles. Il proposait des restitutions aléatoires et ne distinguait qu’une seule pièce au lieu des deux mises en évidence l’an passé. Aucune datation n’avait été avancée par le chercheur et les fouilles de 2007, en l’absence de relations stratigraphiques des murs avec des niveaux de sol ou d’éventuelles tranchées de fondation, n’ont pu apporter aucun élément de datation. De plus, leur technique de construction n’était pas suffisamment discriminante.

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La poursuite de la fouille dans les niveaux inférieurs a permis de mettre en évidence une zone d’habitat. En effet, l’étude de murs en connexion avec des niveaux d’occupation – dans lesquels ont été mis au jour de la céramique, des ossements et un peu de mobilier en bronze – a permis de préciser la chronologie. Ces niveaux semblent contemporains et non antérieurs à l’époque byzantine comme on l’a cru jusqu’à présent. La recherche dans ce secteur et la poursuite de ces sondages se révèle donc primordiale pour établir une chronologie de l’occupation du site et pour connaître la ville ancienne (romaine ?).

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Plusieurs murs relativement larges (mesurant parfois près de 1 m d’épaisseur) sont associés aux sols les plus anciens sont construits sur solins de pierre : plusieurs assises composés de moellons de gypse et de basalte mélangés. Au-dessus, l’élévation du mur était composée de briques crues dont certaines sont encore en place et visibles en coupe. Les assises supérieures de briques sont généralement déversées sur l’un des deux côtés du mur, par exemple du côté est pour le mur 6036, au dessus duquel se trouve généralement le niveau de démolition composé de pierres provenant d’une destruction partielle du solin du mur. Des parallèles avec les techniques de construction de l’habitat vernaculaire dans cette région de l’Euphrate peuvent être opérés.

Secteur 7 :

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Le secteur 7 concerne les abords immédiats de la porte Nord qui avaient fait l’objet d’un dégagement en notre absence, au printemps 2007, par la Direction des Antiquités de Deir Ezzor. Les vestiges alors mis au jour avaient été rapidement relevés lors de la campagne 2007 : apparaissaient à ce moment-là trois bases de colonnes et le stylobate (largeur 0,75 m) du portique sur 6,10 m de long à l’Est du cardo, ainsi que des blocs épars ou des pièces architecturales (chapiteaux, glissières de parapets -de deux types – et une colonne effondrée). En 2008, notre objectif était de relier le secteur 1 au secteur 7 et de poursuivre le dégagement engagé en 2007. Nous avons ouvert un secteur de 15 m sur 10 m, en commençant par l’Ouest depuis l’angle de la porte Nord et du bastion 27, afin de trouver le niveau de la voie, dont ce tronçon n’avait pas été mis au jour par Jean Lauffray. La voie a été fouillée sur 9,5 m, du Nord au Sud, sur une largeur, à l’Ouest du stylobate, de 2,30 m. Le niveau de circulation est apparu dans ce qui doit être son dernier état d’utilisation : il revêt l’aspect très net d’un cailloutis très compact et damé, lié au plâtre de gypse d’une couleur à dominance gris/blanc. Le stylobate comprend trois bases de gypse en place, espacées de 2,05 m. Contre la base la plus méridionale, un fût de colonne effondrée (ou volontairement abattue ?) marque la limite du dégagement du stylobate La hauteur de ce fût permet de restituer un portique dont l’entablement devait s’élever à plus de 3 mètres au-dessus du niveau du sol (ce qui, avec une profondeur d’environ 2,86 m en faisait une structure relativement imposante).

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Le stylobate s’interrompt au Nord à 3,40 m de la porte. Entre celle-ci et le stylobate (les vestiges qui le prolongent vers l’Est), se trouve une voie perpendiculaire au cardo et parallèle au rempart, qui a été dégagé sur 10 m. Comme pour le cardo, le sol de cette voie est constitué d’un cailloutis compact et résistant, lié au « jousse ». Sur les voies, et entre les vestiges du stylobate et du portique, se trouve plusieurs couches de destruction comportant une grande quantité de briques ou d’adobes, liées au jousse, et effondrées à plat. Procope nous indique que Justinien a pourvu le sommet des remparts d’ « ailes » (πτερα), destinées à protéger les défenseurs de la ville (De Aedificiis, II, VIII, 14). Le terme avait déjà surpris Jean Lauffray, qui ne l’avait pas davantage élucidé que les traducteurs. Cet amas de briques reposant, comme en attestent certaines d’entre-elles, sur une couche de mortier formant un revêtement étanche, ferait alors partie cet aménagement dont nous ignorons cependant toujors la structure exacte.
C’est dans cette couche de démolition, sur la voie perpendiculaire au cardo et quasiment contre le rempart Nord qu’a été découvert un fragment de plaque de chancel ou de parapet.

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A l’Est du stylobate, et au même niveau que le sol de la voie se trouve le portique, fermé à l’Est d’un mur bien construit en blocs de basalte bruts, interrompu par trois bases carrées de gypse de même dimension. Deux seuils ont été retrouvé à l’Est du portique et l’un d’eux ouvre sur un espace dallé de briques et d’adobes. Au Nord et au Sud du dallage, et quasiment en surface, on trouve les traces de murs de briques effondrés.
Deux tombes ont été creusées parallèlement au mur à Est du portique, qui entament tous les niveaux retrouvés.

La chronologie fournie par la céramique nous apporte la confirmation d’un certain nombre d’hypothèses : la voie et les portiques existent déjà au milieu du VIè s.. La datation (fin VIè s.- VII è s.) des niveaux de circulation du cardo et de la voie perpendiculaire , très proche de la surface actuelle, qui ont été bouleversés par les engins de dégagement, n’est pas en contradiction avec cette donnée. En l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons admettre que cette portion de la voir appartient bien aux remaniements de l’époque justinienne. La tombe 7014 est recouverte par du matériel de l’époque islamique, ce qui permet de supposer que la tombe a été aménagée alors que cet espace était désaffecté (après la prise de la ville par les Perses en 710 ?).

Topographie :

Malgré les déboires de notre théodolite (renversé lors d’une tempête et rendu en grande partie inutilisable), des progrès notables ont pu être faits quant à la rectification du plan de notre prédécesseur, Jean Lauffray, sur lequel nous avons remarqué plusieurs distorsions. Notre objectif est de parvenir à dresser un plan de l’ensemble du site sur AUTOCad.

Restaurations :

La mission a poursuivi l’entreprise de consolidation entamée dès 2006 sur l’église nord-ouest. Nos restaurateurs sont intervenus, cette année sur un bloc en déséquilibre qui menaçait le baptistère, et, en comblant une fissure importante entre l’abside du chœur et le mur latéral sud. Un contrefort a ensuite été construit pour consolider ce secteur.

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Architecture :

La collaboration entre la mission franco-syrienne et l’Universitad Politecnica de Valencia et son Intituto del Restauracion del Patrimonio s’est poursuivie lors de la campagne 2008. Après l’étude architecturale complète du prétorium en 2007, quatre architectes ont effectué en 2008 le relevé pierre à pierre de l’église nord-ouest qui fait l’objet de nos restaurations. L’objectif est dans ce dernier cas, et grâce à cette étude, d’entamer lors de la prochaine campagne un dégagement des aménagements post byzantins de cette église, afin de mettre en valeur les vestiges datant de l’époque de sa construction au VIè s.

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