Les Incas et la déformation intentionnelle des crâne. Un marqueur social, culturel, ethnique et religieux.

Jerome Thomas Les Incas et la deformation intentionnelle des cranes

Jérôme THOMAS, Les Incas et la déformation intentionnelle des crâne. Un marqueur social, culturel, ethnique et religieux. Nancy, Presses Universitaires de Nancy, Éditions Universitaires de Lorraine, 2017, 137 p. (Collection Épistémologie du corps).

Présentation de l’éditeur :

« La coutume d’avoir la tête aplatie est si enracinée chez eux qu’ils mettent les enfants sous presse dès leur naissance ; ils leur appliquent sur le front une petite planche et sur la nuque une autre si grande qu’elle peut servir de berceau et supporter le corps du nouveau-né ». C’est ainsi que le jésuite espagnol Acuña décrit au XVIIe siècle la déformation crânienne pratiquée par les Omaguas, une communauté établie le long de l’Amazone. Pourquoi s’intéresser à l’art de déformer les crânes ? Comment un sujet aussi singulier peut-il amener à se poser des questions sur les rapports au sacré, au statut social, à l’appartenance ethnique des individus ? Quasiment disparue de nos jours, assimilée à des pratiques barbares et à de la torture, la manipulation de l’occiput étonne les contemporains pour qui il semble étrange que l’Homme ait pu s’affliger volontairement ces souffrances. Pourtant, les déformations crâniennes représentent des coutumes très anciennes répandues dans pratiquement toutes les sociétés depuis la plus haute Antiquité. L’Amérique du Sud est l’une des aires géographiques où elles furent le plus largement mises en oeuvre, particulièrement dans les Andes. Au XVIe siècle, les Espagnols s’en étonnent fortement et décrivent avec force détails ces usages qui leur semblent si étranges, voire démoniaques. La manipulation du crâne offre un terrain de choix pour étudier la symbolique corporelle. Par l’altération volontaire et de manière permanente de l’enveloppe corporelle, la surface du corps est un formidable support pour se démarquer, se différencier et affirmer son identité, ses croyances, son statut. Se fondant sur des sources littéraires, administratives, religieuses et sur l’archéologie, cet ouvrage s’intéresse tout autant aux techniques utilisées pour façonner les crânes qu’à la symbolique esthétique, religieuse, sociale, ethnique, politique de telles coutumes profondément ancrées dans les sociétés andines, ce qui explique pourquoi les autorités espagnoles luttèrent férocement contre une pratique encore fortement présente au XVIIe siècle et même au-delà.

Jérôme Thomas est docteur en anthropologie historique, chargé de cours à l’Université de Montpellier III et chercheur associé au Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et sociales. Dernier ouvrage paru : L’évangélisation des populations andines au XVIe siècle. Policía cristiana et conquête des corps ( 2014 ).

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