Programme 6 : Les fins : formes et discours

 

Coordinateurs du programme : Marie Blaise, Sylvie Triaire

 

Les sociétés occidentales semblent confrontées, depuis quelque temps, à un sentiment particulier de danger mortel. Si, dans la longue période de paix qu’elles ont traversée, priorité a été donnée à la gestion des « biens », aujourd’hui que la « crise » semble le cadre incontournable de toute pensée, du besoin comme du partage, les diverses réponses apportées à cette angoisse dépassent le cadre de l’économie pour se porter sur un terrain plus symbolique, comme le montre le retour du religieux (y compris dans ses dispositions les plus violentes) ou les formes nouvelles de manifestations de groupe (Indignés, Anonymous…)

Dans ce contexte de nombreux discours s’élaborent en termes de « fin » (fin de l’état Providence ou, à l’inverse, fin de l’économie de marché, fins des humanités, des sciences sociales, fin du livre… voire fin de l’humanité tout entière avec le retour de la peur des grandes épidémies). Les disciplines de recherche et d’enseignement qui ont structuré la transmission de la culture sont elles-mêmes, à la fois, l’origine et l’objet de ces discours (fin de la littérature, fin de l’art, fin de l’histoire, fin de la psychanalyse…). Les participants de ce programme voudraient interroger ces discours, leur contexte, leur composition, leur lexique, leur finalité.

Dans ce but  sont poursuivies essentiellement deux perspectives.

Celle de la comparaison. Les discours de la fin, en effet, ne sont pas propres à notre contemporain. Il semble que les catastrophes de l’histoire leur soient un terreau propice (le XXè siècle en a construit plusieurs : après la première guerre mondiale, après les camps, après le 11 septembre dont on dit qu’il a inauguré le XXIè siècle…) quoique pas forcément nécessaire (comme le montrent les Apocalypses d’un point de vue religieux mais également les utopies qui sont aussi des fins de l’histoire). Mais cette socialisation de la fin inscrit aussi celle de chacun. De manière générale, si les discours de la fin ont largement été, en Occident, du domaine du religieux, memento mori et ars moriendi ont, depuis l’Antiquité, dépassé ce cadre strict pour s’ouvrir à la philosophie et à la littérature. Qu’ils soient aujourd’hui confiés à un comité d’éthique dans lequel figurent des scientifiques, des psychanalystes, des philosophes, des religieux… montre combien la question embarrasse.

Celle de l’analyse de la forme. Il s’agit d’allier l’étude littéraire, linguistique, psychanalytique pour analyser la construction et la finalité de ces discours, collectifs ou individuels, dans leur contexte, historique, disciplinaire, artistique, littéraire. En outre la représentation, dans chaque champ disciplinaire particulier, de la fin de l’objet de la discipline, voire de la discipline elle-même, pose nécessairement la question d’un renouvellement du partage des disciplines et de leurs méthodes, surtout dans le champ des humanités et des sciences sociales.

Les commentaires sont fermés.