Programme 3 : Transmission des savoirs techniques, scientifiques et philosophiques

    Coordinateurs du programme :
Béatrice Bakhouche, Anastasios Brenner, Pierre-Yves Lacour

Les savoirs étudiés ici sont divers en raison des spécialisations des uns et des autres, mais leur transmission pose les mêmes problèmes, car il s’agit de mesurer les formes qu’elle prend, entre la  tradition et la réinterprétation, entre les continuités et les influences.

 

Domaine 1. Le groupe de travail ÉPISTÉMON (responsables Béatrice Bakhouche, Anastasios Brenner, Pierre-Yves Lacour)

Le groupe de travail ÉPISTÉMON, Épistémologie, Philosophie, histoire des Sciences et des TEchniques de MONtpellier a été créé à la rentrée 2012. La constitution d’une structure institutionnelle par le biais de ce groupe de recherche répond à un manque ressenti. En effet, Montpellier possède un très riche patrimoine scientifique. Il s’agit de fédérer des chercheurs et des étudiants travaillant auparavant indépendamment, sans oublier ceux qui sont en charge de ce patrimoine (bibliothèques, collections et archives). La mise en commun des collaborations, des partenariats et des programmes auxquels participent les membres du groupe aux niveaux national et international a pour objectif de développer à Montpellier une recherche vivante et actuelle dans ce domaine. Un site internet bilingue (français et italien) a été d’ores et déjà mis en place (Marc Cholvy), afin d’informer sur les travaux du groupe :

Epistemonlogo

            Outre la création d’une section « Histoire et philosophie des sciences » à la bibliothèque de recherche Saint Charles, déjà entamée, ÉPISTÉMON prévoit trois projets principaux au cours du quinquennal :

            (1) Un séminaire interdisciplinaire d’histoire et philosophie des sciences MSH-M/CRISES, (Anastasios Brenner, Pierre-Yves Lacour). Ce séminaire prolonge une collaboration interdisciplinaire et interuniversitaire engagé depuis 2009 dans le cadre du programme « Science et société » de la MSH-M. Il fait appel à des historiens, des philologues, des philosophes ainsi qu’à des scientifiques. L’objet du séminaire est d’étudier les conditions d’émergence des connaissances scientifiques, en d’autres termes de tenir compte du contexte de découverte, trop négligé par certaines traditions philosophiques. L’attention des chercheurs s’est portée d’abord sur la création, l’invention et l’innovation (en 2012), en mobilisant de nouvelles approches : rhétorique de la science, sémantique historique, épistémologie historique (dans sa formulation actuelle). Ensuite notre regard s’est porté sur les représentations en sciences (2013). Prolongeant cette direction de recherche, chaque année abordera un nouveau thème.

 À la fin d’un cycle de séminaires de trois ou quatre ans, il est prévu d’organiser des journées d’étude afin de faire le bilan.

            (2) L’élaboration d’un guide inventaire du patrimoine scientifique régional (Béatrice Bakhouche, Anastasios Brenner, Muriel Guedj). Ce patrimoine n’est pas assez mis en valeur ni assez étudié. Nous ignorons souvent les uns et les autres la richesse de notre patrimoine, les inventaires qui ont déjà été faits ou les outils de recherche disponibles. L’idée est de développer en rapport avec les inventaires une expertise historique, philologique et philosophique, en portant l’attention non seulement sur le patrimoine matériel mais également intellectuel : l’un des objectifs est l’élaboration du catalogue raisonné des manuscrits et imprimés relevant de l’histoire et de l’épistémologie des sciences (Antiquité – époque moderne) et conservés dans les différents fonds montpelliérains.

            (3) Prosopographie des élites scientifiques de Montpellier (Pierre-Yves Kirschleger, Anastasios Brenner, Marie-Françoise Delpeyroux). L’histoire des sciences et des techniques n’est pas seulement celle des concepts, des méthodes ou des outils. La science est d’abord faite par des hommes – acteurs individuels, formés par des maîtres, eux-mêmes membres de réseaux, de laboratoires, d’écoles, et à leur tour formateurs d’élèves. Cette prosopographie s’avère nécessaire pour identifier les acteurs de la connaissance qui ont fait de Montpellier une capitale scientifique, mais aussi pour saisir les dimensions collectives et communautaires par-delà les trajectoires individuelles.

            Se joindra à ce projet un groupe de recherche travaillant sur le médecin Nicolas Dortoman et son ouvrage sur les Thermes de Balaruc (1579) (Marie-Françoise Delpeyroux, Jean Meyers, Brigitte Pérez). Ce projet qui a consisté depuis 2009 en une traduction collective de l’ouvrage en latin du Docteur Dortoman se poursuit en 2014 avec un colloque international pluridisciplinaire organisé en relation avec un médecin de Balaruc, le docteur Ayats, et sous la responsabilité scientifique de professeurs d’UM1 et UM3, médecins et littéraires. Deux publications  scientifiques comprenant la traduction annotée et les Actes du colloque de 2014 constitueront l’essentiel du projet pour l’année 2015.

Les travaux du groupe Epistémon seront mis en ligne au fur et à mesure sur son site. Dans un deuxième temps, ils devraient donner lieu à la constitution  de ressources numériques.

 

Domaine 2.  Les platonismes (responsables Béatrice Bakhouche, Brigitte Pérez)

 

Pour l’époque (les premiers siècles de notre ère) et les domaines de recherches qui nous concernent (philosophie, philologie, rhétorique, histoire des sciences), Platon constitue le fil conducteur de l’ensemble du programme.

Le platonisme de la première partie de la période impériale  a subi un certain discrédit lié au fait qu’il a pu être qualifié d’éclectisme et être considéré comme une tentative peu réussie pour commuer la philosophie des dialogues en doctrine organisée, avant les codifications plus rigides qui seront proposées par le dit néoplatonisme. Les chercheurs spécialistes de différents auteurs platoniciens réunis dans ce programme (Maxime de Tyr, Calcidius, Favonius Eulogius, Hermeias, Proclus…) considèrent que le terme de médioplatonisme  avec lequel on désigne une certaine tradition platonicienne semble impliquer un jugement défavorable. Ils s’attachent à faire connaître certains auteurs parfois oubliés en considérant qu’ils sont des platoniciens, c’est-à-dire des auteurs qui se voulaient eux-mêmes des interprètes de la vérité de Platon, tout en participant à des travaux collectifs autour de grands noms de l’histoire du platonisme comme Plotin ou Proclus. Des problématiques communes à ces divers auteurs témoignent d’une posture fondamentalement religieuse selon laquelle la philosophie la plus haute tend à se muer en théologie (M. Bonazzi, « La philosophie à l’époque de l’Empire » dans J.-F. Pradeau ed, Philosophie antique, Paris 2010). Le programme d’étude a pour objet les commentaires grecs et latins de Platon et également d’Aristote, puisque les commentateurs de l’époque tentent souvent de concilier ou réconcilier Aristote et Platon.

            Il comprend un séminaire doctoral dirigé par Béatrice Bakhouche,  sur la tradition exégétique liée au Timée dans le monde latin (édition du texte de Ps. Bède De constitutione mundi celestis et terrestris, puis du  Commentaire au Songe de Scipion de Favonius Eulogius). L’héritage latin de la tradition grecque sera étudié au tournant du Vè siècle  à partir de deux auteurs dont l’un a été l’élève du second : Favonius Eulogius qui exploite la tradition pythagoricienne dans son commentaire au Songe de Scipion de Cicéron  et  son maître, Augustin.

            Le programme comprend également plusieurs projets de traduction collective et/ou individuelle de commentaires grecs de Platon et d’Aristote sous la direction de Brigitte Pérez (Commentaire au Phèdre d’Hermeias d’Alexandrie, Paraphrase anonyme à l’Ethique à Nicomaque…) ainsi que la publication de deux ouvrages  sur Maxime de Tyr : la traduction d’un choix des Conférences (Dialexeis) de Maxime par Frédéric Fauquier et Brigitte Pérez à la Roue à Livres, Les Belles Lettres (2014) et la publication  (en projet) des Actes du colloque international (Montpellier 25-26 novembre 2013) « Maxime de Tyr, entre rhétorique et philosophie, au Ier siècle de notre ère » organisé par Brigitte Pérez et  Philippe Hoffmann, Directeur d’études à l’EPHE, LEM-UMR 8584.

            Enfin, J.-L. Périllié sous le titre « La pensée socratico-platonicienne : synthèse des traditions orales et écrites et dimension paradigmatique » prendra en considération la place que la philosophie socratico-platonicienne accorde aux traditions orales et écrites (orphisme, pythagorisme, socratisme, agrapha dogmata). Par-delà la diversité des platonismes, il s’attachera aussi à étudier ce qui confère à cette pensée sa dimension de paradigme (au sens de Thomas Kuhn), de philosophie de référence, autant durant les époques modernes et contemporaines que dans l’antiquité.

 

 

Domaine 3. Artémidore et l’interprétation des rêves (responsables Christophe Chandezon, Julien Du Bouchet)

 

Artémidore de Daldis est l’auteur de l’unique traité d’interprétation des songes antiques préservé dans sa totalité. Le Groupe Artémidore a entrepris depuis 2007 une nouvelle traduction richement annotée et appuyée sur une nouvelle édition du texte. Les traductions existantes, que ce soit en français ou dans les autres langues, comportent en effet toutes des défauts, et aucune n’est pourvue d’un apparat exégétique suffisant, c’est-à-dire permettant de resituer l’œuvre dans son contexte, la fin du IIè siècle et le début du IIIè  siècle après J.-C. Peu de textes nous ouvrent comme celui-ci des fenêtres sur l’imaginaire et les réalités de l’époque. En outre, en tant que traité d’interprétation des songes, les Oneirocritica prennent place au sein d’une pratique technique probablement universelle, la divination par les songes, dont on peut décrire la tradition depuis la plus haute Antiquité jusqu’à nos jours. Dans cette perspective, le Groupe Artémidore organise depuis 2009 des journées d’étude annuelles, dont la première est parue en 2012 et les suivantes seront regroupées en un volume à paraître fin 2013 ou en 2014, journées d’étude conjuguant diverses approches d’Artémidore avec des exposés sur l’onirocritique dans d’autres cultures et à d’autres époques. À ces journées s’est ajouté en 2013 un colloque international organisé à Augsbourg en collaboration avec l’Institut für Europäische Kulturgeschichte par Gregor Weber, professeur d’histoire ancienne dans cette université. Les actes paraîtront à Akademie-Verlag en 2014. Enfin, l’ouverture d’un carnet de recherches sur la plateforme Hypotheses.org est en préparation. L’achèvement des travaux du Groupe Artémidore et la parution de l’édition, traduction et commentaire sont prévus pour 2020.

 Groupe Artemidore

Les commentaires sont fermés.