Programme 2 : La création en dialogue

Coordinateurs du programme :
Thierry Verdier, Fabienne Sartre, Hélène Trespeuch

 

Ce programme entend interroger les changements et devenirs des processus de création à partir de trois termes fédérateurs : acteurs, espaces et discours, qui correspondent aux trois domaines de recherche.

Domaine 1.  Créateurs, amateurs et savants

  1. L’artiste en relation : le groupe et l’individu (responsable Fabienne Sartre)

Ce programme, centré sur les peintres, les sculpteurs et les architectes, propose de réfléchir aux problématiques que suggère le rapport entre le groupe et l’individu dans la création artistique. Ce sujet sera abordé dans le cadre géographique du Languedoc d’une part, et celui, plus large, qui permettra de confronter les documents et artistes étudiés avec d’autres foyers, en France, en Italie, en Espagne et au Portugal, en rassemblant des chercheurs engagés sur ces questions qui concernent les relations professionnelles entre individus au sein de la boutique, des chantiers, ou lors d’associations ponctuelles, comme la circulation des artistes et des modèles, les échanges stylistiques ou techniques, et les notions d’écoles, d’adaptation des formes entre centres artistiques.

Des journées d’étude pluridisciplinaires seront organisées autour de thématiques telles que les corporations sous l’Ancien Régime, relations entre boutique et académie, l’itinérance des artistes, le Languedoc et la géographie des échanges : œuvres et techniques.

  1. Les sociabilités savantes, amateurs et connaisseurs (responsable Thierry Verdier)

Au-delà de son inscription dans une histoire des formes et de la pensée, la création artistique et savante se mesure aussi sous l’angle de sa réception. Souhaitant suivre les mutations culturelles à partir de la constitution de cabinets d’amateurs, de collections, de commandes, et de fonds scientifiques, l’objectif de cette recherche est de dresser un inventaire territorial (le Languedoc) des sociabilités savantes et cultivées qui ont façonné le cadre intellectuel d’une province. A partir d’études biographiques (collectionneurs, mécènes, amateurs et artistes) et d’analyses ponctuelles (cabinets et collections, commandes) menés par les membres du groupe et par des étudiants, ces recherches donneront lieu à plusieurs séminaires thématiques pouvant déboucher sur un colloque, en fonction des résultats obtenus. Le thème général retenu pour ce séminaire s’intitule « les espaces de validation des arts et des sciences ».

Domaine 2. Les espaces de la création

  1. L’œuvre et son espace de présentation : une re-création (responsable Hélène Trespeuch)

Toute œuvre interagit avec son environnement. Si depuis les années 1960, un certain nombre d’artistes plasticiens (minimalistes, conceptuels, performers…) ont mis l’accent sur cette donnée, il semble primordial de rappeler que la perception d’une même œuvre a toujours différé selon l’espace dans lequel elle était présentée. Dans le cas d’un tableau par exemple, de sa reproduction lisse et frontale dans un ouvrage à son appréhension physique et matérielle, de sa création pensée pour un espace architectural donné à son dialogue avec d’autres congénères dans un musée, les différences sont immenses et rarement anodines. L’environnement spatial de l’œuvre crée du sens (ou du non-sens) ; de manière non verbale, il porte un discours, voire un récit qui mérite d’être lu. Il s’agira donc ici d’interroger ce rapport complexe de l’œuvre (quelle que soit sa nature) à son espace de monstration. Chaque année, une journée d’étude sera consacrée à ces questions, en veillant à l’interdisciplinarité des intervenants, et notamment à confronter les points de vue de praticiens et de théoriciens. Quelques pistes : l’œuvre d’art et sa mise en page ; l’œuvre, le cadre, le mur ; exposer les images en mouvement ; l’exposition comme nouveau récit historique, etc.

Est envisagée dans le cadre de ce domaine de recherche, la création d’une revue en ligne consacrée à l’analyse de ces questions d’exposition et de monstration en tant qu’objets de démonstration. Elle publierait d’une part des comptes-rendus critiques d’expositions en cours insistant sur les enjeux spécifiques de l’accrochage et de la scénographie, d’autre part des analyses historiques sur le rapport des biens culturels à leur espace de présentation, monstration, exposition et leur signification, toutes époques confondues.

  1. L’espace de la sculpture (responsable Fabienne Sartre)

Dans ce cadre de la relation entre l’œuvre et l’espace dans lequel elle s’insère, cette recherche a pour but d’analyser les spécificités de la sculpture autant que le sens qui lui est accordé, à travers la définition du regard porté sur les œuvres dans des espaces d’expositions précisément définis : collections publiques et privées, jardins et aménagements urbains. Les pratiques liées à la sculpture, en tant que signe, œuvre de délectation ou d’embellissement, répondent à des intentions et des effets multiples qui seront analysés à partir des textes (théoriques, descriptions…), des sources graphiques et des œuvres en situation dans un cadre historique large, lors d’une journée d’étude annuelle avec des historiens de l’art, des conservateurs du patrimoine, des collectionneurs, etc.

  1. Pour une architecture « située » (responsable Thierry Verdier)

Toute construction existe par son territoire. L’idée même d’une architecture idéale qui s’adapterait à tout lieu et à tout contexte est une  posture intellectuelle qui relève davantage de la doctrine que du réel de l’œuvre. Avec comme point de départ  l’étude de concepts aussi différents que le « régionalisme critique », la « catharsis architecturale », la « reliance », le « dispositif », …, cette recherche vise à fédérer les regards portés par les étudiants en doctorat en architecture autour de la question des processus de conception. « Le territoire de l’architecte » demeure un objet d’étude aux limites mouvantes et l’objet du séminaire mensuel sur ce thème est d’offrir les fondements d’une ontologie de l’architecture (construite ou imaginée).

  1. Les lieux du voyage (responsables (responsables Pierre-Yves Lacour, Jean Meyers)

Deux projets sont ici réunis, l’un en cours est une publication collective (2013-2019), l’autre est proposé en vue d’une ERC.

Dans le cadre de l’étude des récits de voyage en Orient à la fin du Moyen Âge, le grand projet reste l’avancement de la première édition critique avec traduction et annotation (par Jean Meyers et Michel Tarayre) de l’Evagatorium de Félix Fabri pour remplacer la vieille édition défectueuse du XIXè s. : K. D. Hassler, Fratris Felicis Evagatorium in Terrae Sanctae, Arabiae et Egypti Peregrinationem, 3 tomes, Stuttgart,, 1843-1849 (1493 p.).

Les volumes 1 et 2 ont été remis aux Classiques Garnier le 30 janvier 2013, les volumes 3 et 4 le seront en janvier 2014, puis un volume par an jusqu’en janvier 2019 pour le dixième et dernier volume. La publication complète de cette monumentale « encyclopédie du voyage » offrira un des plus riches documents à la connaissance du pèlerinage entre Moyen Âge et Renaissance.

Errances frere Felix1                     Errances frere Felix2

Préparation d’un projet ERC Starting Grant : « TravIndex : Indexation, database and cartography of European travelogues (1520 – 1835) » (P. –Y. Lacour)

Dans ce projet, on voudrait observer la naissance du tourisme moderne et la construction d’une identité européenne au travers d’un traitement statistique et cartographique du contenu des récits de voyage publiés pendant les trois siècles entre l’impression des premiers récits de voyage et l’apparition du tourisme moderne. La recherche reposerait essentiellement sur l’élaboration d’une vaste base de données où les récits seraient numérisés et indexés selon un double questionnaire, spatial et thématique. On voudrait d’abord en tirer une analyse de l’évolution des représentations, stéréotypes nationaux et régionaux, sensibilités aux nouveautés urbaines ou aux modes culturelles. On souhaiterait aussi proposer une cartographie des hauts-lieux, c’est-à-dire de ces lieux extraordinaires devenus lieux communs du voyage, sites à voir à l’image des chefs-d’œuvre des musées. Enfin, la cartographie des parcours des voyageurs laisserait entrevoir les échappées touristiques aux grands réseaux viaires bien repérés dès le XVIIIè s. Au travers de ces analyses, ce sont d’abord des régularités que l’on chercherait à repérer dans la perspective d’une histoire culturelle appliquant aux représentations une approche sérielle, et dans le cadre d’une recherche collective et transnationale favorable aux démarches comparatistes. Dans le cadre de la préparation de ce projet, sera rédigée, au titre d’une étude de cas, un article sur les « hauts-lieux du voyage parisien » à partir du Fichier des grands voyageurs de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, dans l’espoir d’une validation expérimentale des possibilités offertes par la constitution d’une vaste base de données à l’échelle européenne.

Domaine 3. Transferts, échanges, mutations

  1. Les formes « techniques » du discours (responsable Thierry Verdier)

Les discours sur l’œuvre d’art sont longtemps restés des tentatives d’explicitations culturelles, historiques ou savantes. La question de la technique (artistique, architecturale ou constructive) est demeurée une part secondaire du propos sur l’œuvre. Pour éviter les anachronismes, il semble indispensable de recourir aux « termes justes » d’un temps ou d’un lieu. C’est dans cette perspective que se complètera la collection techné (rééditions de textes anciens sur l’art et ses techniques) aux Presses Universitaires de la Méditerranée (Université Montpellier 3). Sont en préparation des rééditions d’ouvrages de Buchotte, Boutet, Blondel, …). Ces éditions critiques sont travaillées en séminaire thématique avant d’être présentées au comité scientifique des PULM.

  1. Les récits historiques : mécanismes d’écriture et réévaluations (responsable Hélène Trespeuch)

Comment s’écrit l’histoire ? Par qui ? Comment s’opère la sélection de tel ou tel nom propre avancé comme particulièrement singulier et novateur ? Selon quels critères ? Si les historiens apparaissent à juste titre comme les auteurs de ces multiples récits, ils ne sont pas pour autant de purs créateurs : ils composent avec les discours développés du vivant de l’artiste ou peu après sa mort par ses contemporains. Discours d’artistes, de critiques, de mécènes, de marchands… analyse historique, texte littéraire, témoignage : l’histoire et ses récits se construisent sur ces bases dont la valeur historique est incontestable. Toutefois, dans quelle mesure l’histoire ne se contente-t-elle pas d’enregistrer ce qu’on nommerait aujourd’hui les meilleures stratégies de communication, des artistes et de leur entourage ? L’histoire de l’art de la première moitié du XXè s. tend par exemple à donner une importance prépondérante aux artistes des avant-gardes artistiques qui ont tous pris en charge l’écriture de leur histoire, à travers la publication de manifestes notamment. Il ne s’agit pas de contester leur place, mais de mettre en lumière les mécanismes d’écriture de cette histoire pour mieux interroger celle qui tente, à contre-courant semble-t-il, d’opérer des réécritures, d’instiller des réévaluations, de revendiquer des réhabilitations régulières. Quelle est sa légitimité ? L’historien peut-il et doit-il se penser également comme un justicier ?

  1. Les « rencontres de Bournazel » (responsable Thierry Verdier)

Dans le cadre d’un partenariat scientifique entre les propriétaires du château de Bournazel (Aveyron) et le laboratoire CRISES, a lieu chaque année un colloque pluridisciplinaire sur la Renaissance française. Chaque année, des spécialistes de la Renaissance peuvent présenter des travaux ou des études en cours, exposer certaines réflexions ou certaines pistes de recherches, confronter des interrogations ou des découvertes, soulever des hypothèses ou se faire l’écho de postures novatrices. Se côtoient durant ces colloques des historiens, des historiens d’art, des musicologues, des spécialistes de littérature (français, latin, italien, …) et d’histoire du théâtre, des philosophes, …, français et étrangers.

Les « rencontres » abordent chaque année une thématique nouvelle. Les actes de ces colloques sont co-éditées par les PULM et les éditions du Buisson.

Bournazel 2013               colloque bournazel 2012

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