Programme 1 : Po.te.re. (Pouvoirs, Territoires, Représentations)

Coordinateurs du programme :
Thierry Allain, Françoise Pellicer

 

Le projet POTERE réunit les chercheurs du programme 4 du quadriennal précédent « Figures et lectures des territoires », qui comptait un sous-programme déjà intitulé Pouvoirs, Territoires, Représentations. Le champ de recherches a été élargi par l’accueil de nouveaux membres permettant de renforcer encore le caractère interdisciplinaire du groupe. Une quinzaine de chercheurs s’attacheront à poursuivre des enquêtes ayant déjà porté leurs fruits, comme à ouvrir de nouveaux domaines, le dénominateur commun étant constitué des différentes déclinaisons de l’espace dans ses interactions avec les hommes, le territoire et le paysage sous tous ses aspects depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. La participation de plusieurs membres à différents domaines démontre bien la cohérence de l’ensemble, comme le fait que tous se retrouvent dans le domaine 4 : « Experts » et acteurs du territoire.

La cohésion s’exprimera autour d’un séminaire transversal mensuel où interviendront à tour de rôle les représentants de chaque domaine. Les séances seront organisées de façon à donner la parole à deux ou trois chercheurs de disciplines différentes. Ce séminaire sera ouvert à tous les membres de CRISES et s’enrichira des nombreux contacts déjà établis avec d’autres laboratoires et de nombreuses institutions.

Domaine 1. Pouvoirs décentralisés

L’enquête collective sur les États de Languedoc (XVIe– XVIIIe siècle), réalisée entre 1999 et 2013 a montré qu’il existait un véritable pouvoir provincial, dont l’activité était particulièrement observable dans l’aménagement du territoire. Cette conclusion débouche sur l’élargissement de la recherche à une enquête pluridisciplinaire.

1. Pouvoirs décentralisés et constructions territoriales (responsables M. Conesa, L. Dumond, É. Pélaquier, S. Durand (HEMOC –  Avignon), D. Bartement

Ce sujet s’inscrit dans le prolongement des travaux sur les États de Languedoc et vise à analyser l’agencement des pouvoirs, la participation sociale et les dynamiques environnementales liés aux processus de production territoriale, et cela à toutes les échelles de l’action ou de la marge territoriale. Des notions en partage seront d’abord interrogées, notamment en séminaire pour constituer une grammaire interdisciplinaire nécessaire au travail collectif (par exemple « consentement territorial », « gouvernance décentralisée », « décentralisation »), afin d’investir des zones-ateliers communes : le littoral méditerranéen et son arrière-pays, les étangs, les ports et les villes.

2. Le consentement territorial et ses formes de refus  (responsables D. Bartement, M. Conesa, J.-F. Pinchon)

Le « consentement » a largement investi le champ des SHS jusqu’à le saturer. Il s’impose comme une doxa reprise bien au-delà des cercles académiques (F. Rousseau). Le mot n’est pas absent du champ territorial, les aménagements se décidant et se concrétisant selon des processus politiques complexes, où interviennent commissions désignées, techniciens, ingénieurs, élaborant une expertise décentralisée et parcellisée, sériant et diluant tout à la fois la responsabilité. Toutefois, la société constitue un point aveugle qui résume l’idée de consentement ; le paiement de l’impôt, la supposée validation des décisions à travers les processus de participation aux assemblées politiques, valant « consentement », le corps social est réputé consulté, ce qui permet de mieux l’évacuer. La notion doit être ainsi l’objet d’une analyse critique en adoptant plusieurs points de vue disciplinaires (histoire, histoire de l’art, géographie, sciences politiques, sémantique), s’attachant à sa constitution et aux formes et discours du refus qui s’y opposent.

Parmi les projets de ce domaine, une journée d’étude : Le style méditerranéen, une figure de style ? Un mythe ? (organisée par J.-F. Pinchon).

Domaine 2. Territoires et circulations

Plusieurs domaines géographiques, plusieurs périodes  sont concernés, ce qui favorise les croisements des approches.

1. ProvinciaLes cités de la Gaule méridionale. Territoires ethniques, administratifs, civiques (responsable A. Pérez)

Le séminaire Provincia continuera ses séances sur les questions non résolues de la géographie historique de la Gaule Narbonnaise, telles que définies dans la charte fondatrice. L’accent sera mis désormais sur la partie occidentale de la province (cités de Béziers, Narbonne, Ruscino).  La publication d’un premier volume regroupant les contributions de ces trois dernières années – la cité de Nîmes et la Languedoc oriental – est en chantier et devrait être concrétisée au plus tôt. On prévoit la tenue de rencontres scientifiques et un premier colloque dont le titre devrait être La géographie historique antique du littoral maritime languedocien : le « problème  Aviénus ».

2. Onomastique : les toponymes marqueurs de la domination (responsable P. Casado)

Ce programme transdisciplinaire, couvrant l’aire géographique du Languedoc oriental, s’articule sur la linguistique historique, la lexicographie, l’archivistique et l’histoire rurale médiévale et moderne. Il a pour objet de mettre en évidence comment les toponymes marqueurs du lien social, parce qu’émanant d’une communauté qui de ce fait s’approprie son espace en le dénommant, deviennent un enjeu dans le conflit langue dominante versus langue dominée et code écrit versus code oral. À partir de corpus exhaustifs de toponymes tirés des cartulaires, des compoix et des cadastres napoléoniens, la ligne programmatique de cette recherche sera de révéler pour le Moyen Âge et la Période moderne comment la latinisation puis la francisation des toponymes s’est opérée dans les textes : soit par traduction en latin puis en français des toponymes occitans plus ou moins bien compris, soit par simple adaptation au système paradigmatique du latin médiéval puis du français, soit par remotivation toponymique (toponyme de culte païen / toponyme de culte chrétien) ou élimination des toponymes occitans par des toponymes français sans lien avec la réalité référentielle du lieu. La finalité est double : 1) établir un atlas toponymique diachronique mettant en évidence les variations du recul de l’occitan et l’avancée du français, en fonction des champs lexicaux et sémantiques véhiculés par les toponymes lors de leur formation, en fonction des paradigmes grammaticaux inhérents à chacune des langues, et des aires géographiques (voir http:/crises.upv.univ-montp3.fr, rubrique Ressources, Recueil lexicographique de mots occitans et français…), en conduisant une réflexion sur les attendus d’une telle mutation (enjeu politique ; dépossession de la maîtrise de l’espace par les occitanophones). 2) mise en place, déjà amorcée, d’un fonds documentaire archivistique numérisé d’archives communales (voir http:/crises.upv.univ-montp3.fr, rubrique Compoix) résultant d’un partenariat avec les collectivités territoriales et débouchant sur des séries de conférences tout public sur l’intérêt du patrimoine archivistique pour l’histoire locale.

3. Recherches historiques et archéologiques à Soleto (responsable Th. van Compernolle).

Les fouilles archéologiques se poursuivront à Soleto (Italie, prov. de Lecce) et la mission procédera au catalogage et à l’enregistrement en ligne (SigecWeb) des artéfacts et des contextes mis au jour dans la banque de donnée de l’Istituto Centrale per il Catalogo e la Documentazione (Rome) ainsi qu’à leur publication dans une nouvelle série intitulée Biblioteca Soletana. Storia, archeologia, cultura. Le programme d’études de l’ostrakon « Mappa di Soleto », conduit en collaboration avec les laboratoires de Cologne (Allemagne) et de Vienne (Autriche) sera mené à terme et ses résultats seront publiés en 2014. Par ailleurs, la mission poursuivra, avec la Commune de Soleto, son programme de valorisation et de vulgarisation scientifique qui comprend l’ouverture d’un Parco Archeologico dei Messapi, la réalisation d’une publication consacrée à l’archéologie de Soleto et à son parc archéologique sous forme de pdf en téléchargement libre, et l’organisation d’expositions temporaires.

4. Les frontières et leurs définitions – le site de Zénobia-Halabiya en Syrie et la frontière mouvante de la vallée de l’Euphrate byzantin (responsable S. Blétry)

Dans le cadre de la mission archéologique franco-syrienne à Zénobia-Halabiya, la position de cette ville-forteresse sur l’Euphrate pose d’une façon plus générale la question du limes séparant les empires romain puis byzantin de l’empire perse sassanide et des modalités de définition de celui-ci. Loin des images traditionnelles de la frontière comme une ligne fixe et définie, ce limes oriental se présente le long de la moyenne vallée de l’Euphrate comme un territoire surveillé par des places-fortes appartenant à l’un ou à l’autre des empires, et comme une double ligne mouvante s’étendant à l’est de la vallée. Plus encore, au sud de cette région, le contrôle de la région est assuré par des tribus nomades agissant pour l’un ou l’autre des empires. La nature militaire de ce contrôle se complexifie de considérations de nature religieuse. Deux publications sont en cours : un premier tome déposé aux PULM en mars 2013 : Zénobia-Halabiya ILes nécropoles, prospections 2009-2010 qui sera suivi de Zénobia-Halabiya IIFouilles intra-muros 2006-2010.

5. Les circulations, préludes à l’appropriation de territoires et au redéploiement des limites en Méditerranéemobilités marchandes et maritimes (responsables Th. Allain et L. Dumond)

Des chercheurs du groupe ont déjà eu l’occasion d’explorer le thème des réseaux de négociants dans la France méridionale et avaient  organisé une journée d’études en 2011, suivie d’une publication. Il s’agit ici d’approfondir l’analyse d’un phénomène corollaire, à savoir les circulations de marchands et de gens de mer entre les XVIe et XIXe siècles. Le voyage, l’escale, l’installation, nous semblent autant d’éléments dignes d’être explorés sous l’angle de la perception ainsi que de l’appropriation de territoires maritimes, et/ou littoraux. L’espace méditerranéen, en sa qualité d’interface riche en territoires portuaires favorisant le brassage et la rencontre, sera plus spécifiquement scruté. Une journée d’étude, organisée par Thierry Allain, aura lieu le 26 septembre 2013 sur le thème : Quand les Nordiques regardent la Méditerranée… Les navigateurs du Nord de l’Europe et l’expérience de la mer intérieure, XVIe– XIXe siècles.

6. Les mobilités touristiques et la transformation des territoires (responsables D. Bartement, Chr. Carrié)

Une grande partie des travaux antérieurs porte sur les rapports entre territoires, mobilités, identités. Désormais, il s’agit de saisir le tourisme, les mobilités touristiques comme levier stratégique de transformation des territoires, et ce, dans leurs triples dimensions temporelles, héritées, à venir, existantes. Le tourisme devient une ressource argumentaire pour l’énonciation des politiques publiques territoriales. Il sert à la mise en récit de l’action, mais également à la construction de récits historiques et de récits de fiction, utopies territoriales qui visent le changement. Le colloque de Béziers, ‘Le touriste et l’habitant’, s’inscrivait déjà dans cette perspective, ainsi que le lP.H.C. Siam. A la rentrée 2013, un séminaire est organisé avec l’U.M.R. TRIANGLE sur le tourisme et les biens communs. Une A.N.R. sera proposée, thématiquement inscrite dans cette perspective et régionalement située en Asie du Sud-Est. Elle sera en collaboration avec Kenji Inamura (Université de Beppu, Japon), le C.I.S.E.T. (Université Ca’ Foscari, Venise).

Domaine 3.  L’atelier du paysage  (responsables Fr. Pellicer, Fr. Claustrat)

Le terme d’atelier indique une volonté constructive et novatrice : analyser, à partir de l’œuvre d’artistes célèbres comme méconnus, les processus d’élaboration de l’image représentant la nature sous tous ses aspects, en les confrontant avec toutes les sources possibles : archives, correspondance d’artistes, de voyageurs, collectionneurs, textes littéraires, poétiques, philosophiques et religieux. Cette interdisciplinarité correspond au profil de CRISES. On enrichira cette lecture par des liens avec d’autres sciences, comme l’apport des mathématiques dans l’antiquité, les cartes de géographie et les guides de voyageurs depuis la Renaissance, l’influence des courants de pensée sur la perception de la nature à différentes époques. Ce programme s’inscrit donc aussi dans le temps long.

Parmi les objectifs de ce domaine, la recension des œuvres ayant trait au paysage dans les collections publiques régionales, une journée d’étude entre mai et octobre 2014, un colloque international transdisciplinaire en 2015.

Domaine 4.  « Experts » et acteurs du territoire (responsables : Th. Allain, D. Bartement)

Tous les chercheurs du programme apporteront leur contribution à ce domaine.

Des individus émettent sur le territoire un discours qui se  présente comme celui d’un connaisseur, d’autres portent un simple témoignage qui pourra être utilisé, voire instrumentalisé, d’autres enfin interviennent en bâtissant, aménageant, par la conquête ou la colonisation, mais aussi par la commande publique, l’action culturelle, la production artistique. On étudiera les interactions entre ces personnages et le territoire de l’Antiquité à notre époque, dans le cadre d’échanges  ouverts à toutes les disciplines.

Partenariats :

– Université d’Avignon – Centre Norbert Elias (UMR 8562). Reconduction de la convention signée en 2012 avec CRISES pour permettre des actions communes cofinancées.

– Collaboration avec agronomes (IRD), paléoenvironnementalistes (UMR 5140), archéologues (LA3M, UMR 7298,  FRAMESPA UMR 5136, TRACES UMR 5608. Constitution d’un partenariat avec le Laboratorio de Storia Ambientale de l’Université de Gênes et le Professeur Diego Moreno, CTP Communauté de travail des Pyrénées, projet réseau avec Barcelone, Toulouse, Pau et Saragosse, en cours.

– Pérennisation de l’Ecole Internationale de Flaran en partenariat avec le FRAMESPA si CRISES soutient financièrement ce projet interdisciplinaire

– Institut  Protestant de Théologie de Montpellier (Gilles Vidal, Elian Cuvillier)

– Intégration au titre d’équipe de recherches de CRISES dans le Groupement d’Intérêt Scientifique d’Histoire maritime.

– Musée Fabre de Montpellier (M. Hilaire, O. Zeder, J. Farigoule, M. Lozin de Cantelmi)

– Médiathèque Emile Zola (G. Gudin de Vallerin)

– Bibliothèque Universitaire de médecine , fonds ancien(H. Lorblanchet)

– Fondation Hartung-Bergman , Fondation de France (C. Lamothe).

– Guillaume Faburel – Institut d’Urbanisme de Lyon

– Maison de l’Orient et de la Méditerranée, UMR HISOMA 5189 (Sylvie Blétry, chercheur associée).

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