Programme 5 : Relations internationales et figures de la paix

Coordinateur du programme : Antoine Coppolani

A la base de ce programme de recherche, se trouve la volonté de développer l’étude des Relations internationales, selon une approche pluridisciplinaire, qui se veut d’autant plus novatrice que les Relations internationales, en France, ne constituent pas une discipline scientifique en soi. Aussi bien dans un programme du précédent quadriennal consacré aux processus de paix au Moyen-Orient que lors du colloque international sur  « La fabrique de la Paix, acteurs, processus, mémoires » (octobre 2013), a été analysée l’élaboration de la paix. Mais dans ce phénomène complexe s’il en est, une place particulière revient aux représentations de la paix, aux conceptions particulières qui peuvent guider les initiatives des parties en présence. Les conflits sont autant, si ce n’est davantage, des conflits de représentations que d’entités matérielles. Ils engagent des descriptions différentes, voire antagoniques, de la situation entre les parties en présence et de chaque partie considérée en elle-même. Cela rend notablement plus complexes les processus de pacification dans la mesure où, antérieurement à la recherche de l’obtention de conditions communément acceptables, il faut introduire une commune mesure entre les descriptions de la situation venant de chaque partie. La paix n’est pas une donnée en soi car elle est pensée comme une vision du monde, nourrie de réflexions politiques, économiques, philosophiques, religieuses. La complexité rend nécessaire la confrontation des périodes et des approches dans le cadre de l’interdisciplinarité. Trois domaines de recherche peuvent s’envisager.

Domaine 1. Paix et impérialisme : études de cas (responsables A. Coppolani, P. Louvier)

Les Balkans, la Méditerranée, le Moyen-Orient, l’Asie à l’époque moderne, le monde grec antique et la pax romana sont autant de zones géographiques et de périodes très différentes, mais où l’établissement de la paix est inséparable de la conception de la paix comme vecteur d’une image de ce que doit être le monde. Il en est ainsi par exemple avec le couple franco-allemand dans les récits que contiennent les manuels scolaires des deux pays, ou encore, au XIXè  s. en Méditerranée avec la « doctrine » d’un impérialisme bienveillant, bienfaisant, humanitaire et progressiste où les marines de guerre jouent un rôle éminent. Le déclin de l’Europe à la veille de 1914 et  la bipolarisation dans les Balkans conduisent à des réflexions de fond sur l’avenir des relations internationales, la validité du système européen et la place de la France au sein d’un concert de plus en plus asymétrique (rôle de V. Bérard et de la fondation Carnegie). Des études de cas peuvent conduire à une ébauche de typologie où la paix apparaîtrait  à la croisée d’intérêts économiques, de visions politiques,  de représentations philosophiques (la pax romana comme domaine de la civilisation par exemple). La démarche comparative est instructive.

Domaine 2. Paix et justice (responsables A. Coppolani, F. Mayer)

La paix est pensée comme reposant sur la justice. Tout le problème réside dans la diversité des conceptions de la justice. L’on mettra l’accent par exemple sur la justice transitionnelle, qui est un concept assez récent développé par l’ONU et visant à consolider la paix dans un État qui a connu des violations massives des droits de l’homme. De manière plus large,  toute la question est de savoir quelle forme d’État laisserait le plus de chance à l’établissement d’une paix durable tout en préservant les revendications de chaque camps (un État fédéral lorsque par exemple plusieurs groupes cohabitent sur le même territoire).

Domaine 3. Paix et religion (responsables M. Fourcade, P.-Y. Kirschleger, G. Vidal)

Il est banal d’associer religions et guerre, mais la religion est parfois aussi un facteur de résolution, d’apaisement ou de prévention des conflits, en sorte que la paix est pensée comme le moyen de traduire dans les faits une vision du monde portée par la religion. De quelle marge de manœuvre les religions disposent-elles pour faire passer un discours de dialogue et de paix ? Quels sont les obstacles institutionnels, historiques et politiques auxquels elles doivent faire face ? Par exemple, à partir des années 1930, lorsque les crises de la démocratie et de la paix sont considérées  comme indissociables et que la menace grandissante est pour l’essentiel assimilée à l’Allemagne nazie qualifiée de « forme la plus extrême de l’Etat totalitaire », le courant chrétien-social se divise de plus en plus profondément sur les moyens de sauvegarde de la paix : en particulier, la question de l’objection de conscience occupe une place importante dans les polémiques qui se développent dans ses rangs, surtout à la suite de la crise de Munich.

Ce programme s’appuie sur de nombreuses collaborations internationales, par exemple avec des chercheurs allemands du GEI et les Universités de Hawaii, du Québec à Montréal et d’Hanoï. Est ainsi prévu un grand colloque international Etats-Unis-France-Vietnam, en avril 2015 (double anniversaire de la chute de Phnom Penh, 17 avril et de Saigon, 30 avril). Ce programme est en phase également avec les Masters HMDPS et HIRISS, en même temps qu’il est de nature à servir de cadre à des études doctorales.

Les commentaires sont fermés.