Programme 2 : Alter et ipse

Coordinateurs du programme :
Jérôme Lagouanère

L’objectif du programme Alter et ipse est de mener une réflexion interdisciplinaire et diachronique sur une question d’actualité : comment penser la relation de soi à l’autre qui fonde le vivre-ensemble et le faire-société ? Ce projet se rattache à thématique de CRISES  sur le lien social (4.2.1.). De fait, les modèles épistémologiques de ces cinquante dernières années ont eu tendance à insister soit sur l’altérité – ainsi le structuralisme ou la pensée de la différence de Derrida -, soit sur l’identité – à l’instar des différents modèles des gender studies. Le projet Alter et ipse propose une réflexion sur les modalités de la relation de soi à autrui. Il est porté par des spécialistes de langues et littératures anciennes, mais il a une vocation à  l’interdisciplinarité, en direction des différentes sciences humaines. La relation qui relie le soi à autrui implique nécessairement la question du groupe : selon que j’accorde ou non à l’autre un statut d’autrui, j’inclus ou j’exclus l’autre du groupe auquel j’appartiens, de sorte que l’intersubjectivité est toujours fondatrice de communautés politique et religieuse. La problématique peut s’étendre à des réflexions sur le rôle de l’échange linguistique dans la constitution d’autrui  et sur les médiations nécessaires de la relation à l’autre que sont le masque et l’image de soi d’une part, le corps d’autre part. Enfin, un dernier aspect de cette problématique relève de notre rapport à la temporalité  et concerne  notre rapport à l’Antiquité, qui présente une tension entre altérité radicale et ipséité relative.

La recherche prend plusieurs formes :

– un séminaire transversal : « L’Antiquité au présent : altérité radicale ou ipséité relative ? »

– un séminaire de travail à raison de 5 séances par an. Les trois premières séances  de travail porteront sur le travail préliminaire de conceptualisation de chacun des domaines (dans l’ordre: 1ère séance: Inclure/exclure; 2ème séance: L’interlocution; 3ème séance : Les médiations de soi et de l’autre)

– deux journées d’étude

– un colloque terminal.

Domaine 1.  Inclure/Exclure : le groupe en question (responsable  J. Lagouanère)

La relation qui relie le soi à autrui implique la question du groupe : selon que j’accorde ou non à l’autre un statut d’autrui, c’est-à-dire que je reconnais ou non une identité au cœur de l’altérité, j’inclus ou j’exclus l’autre du groupe auquel j’appartiens, de sorte que l’intersubjectivité est toujours fondatrice d’une communauté. Il s’agit donc dans un premier temps de décrire aussi bien les pratiques que les discours ou représentations symboliques des processus d’intégration ou d’exclusion au sein d’un groupe, à travers l’étude de deux types de communauté :

la communauté politique : l’étude des différentes modalités d’intégration au sein de la communauté civique, notamment en Grèce et à Rome, amène à s’interroger sur les différentes formes d’intégration et d’exclusion de la norme civique, et donc sur les fondements du lien social ;

la communauté religieuse : l’intégration ou l’exclusion d’une communauté religieuse obéit aussi à des rites et des discours obéissant à un système de codes. L’étude des pratiques du discours dans le christianisme antique et médiéval et la variété des genres littéraires conduit à une réflexion sur le rapport aux figures de l’altérité radicale que constituent le païen ou l’hérétique.

Dans un second temps, il s’agit de nous demander si les relations au sein de la communauté politique ou religieuse influent sur cette relation à l’autre ou constituent une modalité de celle-ci. Ce second aspect amène à l’étude de l’élaboration philosophique de l’être-pour-autrui, à travers les concepts aristotélicien de philia, stoïcien de philanthropia et judéo-chrétien de prochain, de l’Antiquité à l’aube de la pensée moderne.

Domaine 2.  L’interlocution (responsable : Camille Gerzaguet)

Cette déclinaison du projet abordera le passage de l’allocution (le discours oratoire « vertical ») à l’interlocution dans les pratiques antiques et contemporaines du discours politique. Cette interlocution, héritière de l’altercatio antique, peut prendre des formes diverses normées, en voie de normalisation ou entièrement anomiques (interrogatoire judiciaire, interview, réactions publiques par le biais des nouveaux médias, interruptions de discours, agressions verbales d’hommes politiques etc.) qui chacune permettent de détecter une forme particulière de prise en compte de l’altérité : celle d’un autrui individualisé, différent de l’autrui « collectif » que suppose le discours traditionnel. Cette étude du glissement de l’allocution à l’interlocution offrira un espace de croisement fécond pour des approches chronologiques transversales et pluridisciplinaires (rhétorique, philosophie, sciences du langage, info et communication).

 

Domaine 3. Les médiations de la relation de soi et de l’autre : le masque et le corps (responsables : Is. David, J. Lagouanère)

La relation individuelle de soi à l’autre exige des médiations, qui relèvent soit du lien interpersonnel, soit du lien symbolique, ce qu’expriment précisément les thèmes du corps et du masque. Le corps, tel que la philosophie, la psychologie et l’anthropologie comparatiste l’ont pensé depuis le XXème siècle, désigne toujours une modalité particulière de la relation avec cette altérité que constitue la personne de soi et de l’autre. Aussi la relation nouée avec le corps d’autrui, selon qu’on le considère comme corps-personne ou corps-objet, renvoie à un processus d’humanisation ou de déshumanisation, pouvant mener jusqu’à l’aliénation ou à l’extermination d’autrui. De même, la relation de soi à l’autre peut impliquer un jeu subtil sur l’identité de ces deux polarités, ce qu’illustre le masque, compris tant au sens matériel (le masque rituel, le masque scénique ou carnavalesque) que métaphorique. Ainsi, le masque de l’écrivain pose non seulement la question du rapport entre le scripteur et le sujet poétique construit par le discours, mais également celle de la modalité du rapport du sujet énonciateur à son destinataire. Il s’agit donc ici d’étudier les dispositifs discursifs mis en jeu dans le recours au motif du corps et du masque, comme éléments tensionnels de relation ou d’aliénation de soi à l’autre.

 

Ces 3 domaines conduisent à des à des recherches pédagogiques transversales intitulées
‘L’Antiquité en dialogue
  (responsable : Fl. Kimmel-Clauzet, A. Estèves et Th. Séreno)

Le séminaire Antiquité en dialogue est un séminaire de recherche pédagogique lié à l’IDEFI UM3D de l’UPV. Envisagé dans une perspective décloisonnée et transversale, le séminaire est né d’un désir d’enseignants du secondaire, de classes préparatoires et de l’université, de se rencontrer, de mutualiser des ressources et d’échanger autour de leur conception et de leur pratique de l’enseignement des langues anciennes. Il a pour vocation d’être le lieu d’un travail collectif en lien avec les programmes du secondaire, de classes préparatoires et avec les objets d’étude de licence. Il cherche également à répondre aux enjeux essentiels de l’enseignement des Langues et Cultures de l’Antiquité aujourd’hui.
Le séminaire a lieu deux fois par an, le samedi matin, en juin et en novembre.

Alter et ipse sur le site du Département de Langues et littératures anciennes (UFR I) →

Departement de langues et litteratures anciennes

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