Un triangle stratégique à l’épreuve : La Chine, les États-Unis et L’Asie du Sud-Est (1947-2017)

Colloque international

coorganisé par le GIS « Esprit », l’équipe CRISES et l’IRSEM

30 – 31 mars 2017

Université Paul-Valéry Montpellier 3

Site Saint-Charles (arrêt de tramway Place Albert 1er

 Les dix membres de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (l’ASEAN, selon le sigle anglophone), fêteront, à l’été 2017, le cinquantième anniversaire de la seule organisation régionale exclusivement asiatique qui ait survécu à la fin de la Guerre froide. Les ministres des Affaires étrangères de l’Indonésie, de la Malaisie, des Philippines, de Singapour et de la Thaïlande, en avaient signé l’acte de naissance à Bangkok, le 8 août 1967, avec l’espoir de pacifier leurs relations et de consolider des structures stato-nationales encore fragiles, tout en se protégeant contre une possible extension de la guerre qui déchirait alors le Vietnam. Cette guerre avait commencé comme un conflit de décolonisation classique entre la puissance coloniale française et le Vietminh, front politico-militaire dominé par le parti communiste vietnamien. Mais elle s’est insérée progressivement, à partir de 1947, dans le cadre si particulier de l’affrontement bipolaire de Guerre froide qui allait imprimer sa marque sur toute la région pendant plus de deux décennies.

Traversée par de profondes rivalités de puissances et de pouvoirs, l’Asie du Sud-Est connut alors les conflits les plus longs et parmi les plus coûteux de la Guerre froide – guerres interétatiques, certes, mais aussi guerres civiles, violences de masse, souvent occultées par la très médiatique guerre américano-vietnamienne. Au tournant des années 1960-1970, le retrait progressif des États-Unis, confinés à l’impuissance au Vietnam, et la résurgence de tensions géopolitiques régionales, surtout entre la Chine et l’URSS, allaient ouvrir la voie au rapprochement sino-américain et à une importante reconfiguration des rapports de force dans la région. Mais la péninsule indochinoise fut à nouveau plongée dans un cycle de guerres dont le Cambodge devint l’épicentre. La tragédie cambodgienne cimenta le rapprochement sino-américain, mais détruisit les solidarités intercommunistes dans la région, tout en mettant au défi la jeune ASEAN.

La conversion de la Chine de Deng Xiaoping au libéralisme économique, en 1978, puis le retrait soviétique de la région annoncé par Gorbatchev dans son discours de Vladivostok, en 1986, et l’adoption la même année de la politique du Doi Moi (« renouveau ») par les dirigeants vietnamiens, créèrent les conditions du retour de la paix. Les troupes vietnamiennes retirées du Cambodge, ce dernier lancé dans un processus de reconstruction politique avec l’aide de l’ONU, plus rien ne s’opposait, dans les années 1990, à l’intégration des ennemis communistes d’hier dans l’ASEAN. Mais, tandis qu’elle trouvait enfin son unité géographique en accueillant cinq nouveaux membres (successivement Brunei, la Birmanie et le Laos, le Vietnam puis le Cambodge), l’Asie du Sud-Est, courtisée par une Chine alors en pleine ascension avant de l’être à nouveau par les États-Unis, eux-mêmes confrontés dans les années 2000 aux affres de la « guerre contre le terrorisme », est redevenue dans les années 2010 l’objet des rivalités entre grandes puissances et puissances régionales.

Parviendra-t-elle à rester une « zone de paix, de liberté et de neutralité », selon le voeu formulé dès 1971 par les cinq fondateurs ? La nouvelle étape franchie fin 2015 en faveur d’une ASEAN reposant sur trois piliers – politico-sécuritaire, économique et socio-culturel –, n’a pu atténuer les inquiétudes liées à la formidable montée en puissance de la Chine et à l’affirmation plus décomplexée de ses prétentions territoriales, notamment en mer de Chine méridionale, que les États-Unis, pressés par certains États riverains, entendent à tout le moins atténuer. Les progrès de l’ASEAN n’ont donc pas empêché les États membres de rechercher le soutien de partenaires stratégiques privilégiés ni d’accélérer leurs efforts de modernisation militaire.

À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ASEAN, l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 organise un colloque international sur l’Asie du Sud-Est dans le contexte de la rivalité sino-américaine, pendant et depuis la Guerre froide. Porté principalement par le GIS ESPRIT (Groupement d’intérêt scientifique « Études en Stratégie, Politiques et Relations InTernationales », officiellement créé en décembre 2015), ce colloque s’inscrit à la suite et en complément de celui organisé à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, en juin 2016, sur les relations euro-asiatiques depuis la colonisation (publiés dans les n°167 et 168 de la revue Relations internationales). Au carrefour de plusieurs disciplines, il permettra de mieux comprendre, à travers une histoire multiscalaire des conflits, des processus de paix, de régionalisation et d’inter-régionalisme en Asie du Sud-Est depuis le début de la Guerre froide, les dynamiques locales, régionales et internationales qui ont fait revenir l’« angle de l’Asie » au premier plan de l’actualité politico-stratégique.

 


PROGRAMME


JEUDI 30 MARS :

CONFLITS DANS LA PÉNINSULE INDOCHINOISE

ET STRATÉGIES RÉGIONALES PENDANT LA GUERRE FROIDE

 

Matinée : 1947-1975 Salle des Colloques 2

Sous la présidence de l’ambassadeur Ferry de Kerckhove, professeur à l’Université d’Ottawa, ancien ambassadeur du Canada en Indonésie

– 9h15 : Allocutions de bienvenue :
Jean-Michel Ganteau, vice-président de l’UPV Montpellier 3 délégué à la recherche
Pierre Journoud, professeur d’histoire contemporaine à l’UPV Montpellier 3

– 9h35 : Discours inaugural :
Hugues Tertrais, professeur émérite à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, fondateur du Centre d’Histoire de l’Asie Contemporaine (CHAC)

– 10h : Elie Tenenbaum (IFRI), Les coopérations occidentales face à la « menace subversive » en Asie du Sud-Est (1947-1955)

– 10h20 : Raphaël Ramos (UPV Montpellier 3), Un dragon insaisissable. La Chine et les analyses du renseignement américain (1947-1953)

– 10h40 : pause-café

– 11h : Pierre Asselin (Hawai’i Pacific University), La stratégie régionale du Viêt Nam de 1954 à 1975

– 11h20 : Li Yunyi (Paris I), La stratégie indochinoise de la Chine, 1949-1973

– 11h40 : Gong Tianhui (Paris IV), Les relations sino-cambodgiennes, 1954-1965

– 12h – 12h40 : débat

Après-midi : 1969-1991 Salle des Actes 

–14h : Antoine Coppolani (UPV Montpellier 3), « Une petite péninsule au bout d’un immense continent » : l’Asie du Sud-Est de Richard Nixon et Henry Kissinger janvier 1969 – janvier 1973

–14h20 : Dao Thanh Huyen (journaliste indépendante, Ho Chi Minh-Ville),
Le conflit sino-vietnamien de 1979 à travers les témoignages vietnamiens (sous réserve)

–14h40 : Lionel Vairon (CEC Consulting),
L’intervention vietnamienne contre le Kampuchéa Démocratique : une guerre licite ou illicite ?

–15h : pause-café

–15h20 : Pierre Journoud (UPV Montpellier 3), La « troisième guerre d’Indochine » au prisme de l’ONU

–15h40 : Ambassadeur Christian Lechervy et M. Michel Jan (Asie21), Témoignages

–16h20 – 17h : débat

19h30 : cocktail dînatoire (sur invitation) à l’occasion du vernissage d’une exposition d’artistes franco-vietnamiens organisée par le Comité Montpellier-Hérault de l’AAFV / Maison des relations internationales de Montpellier

 


 VENDREDI 31 MARS :

Matinée : Salle des Colloques 2

COOPÉRATIONS ET RIVALITÉS BILATÉRALES POST-GUERRE FROIDE

Sous la présidence de Pierre Asselin, professeur d’histoire contemporaine à la Hawai’i Pacific University (HPU)

– 9h15 : accueil, cafétéria à l’entrée du Site de Saint-Charles

– 9h30 : Sophie Boisseau du Rocher (IFRI), L’ASEAN entre la Chine et les États-Unis sur l’enjeu de la mer de Chine du Sud

– 9h50 : Ambassadeur Ferry de Kerckhove (Université d’Ottawa), L’Indonésie et la mer de Chine méridionale

– 10h10 : Benoît de Tréglodé (IRSEM), Viêt Nam – Chine, souveraineté et coopération maritime, quelles ambiguïtés ?

– 10h30 : pause

– 10h50 : Pham Quang Minh (USSH), A Quasi Repeating history : Viêt Nam Between China and the U.S.

– 11h10 : Marie-Sybille de Vienne (INALCO),
Pressions chinoises et identités locales : le Nord-Est de l’État Shan, un noeud géostratégique

– 11h30 : Juliette Genevaz (IRSEM), Les réformes militaires chinoises au miroir des États-Unis

– 11h50 à 12h30 : débat

Après-midi : Salle des Colloques 2

LES PROCESSUS DE PAIX, DE RÉGIONALISATION ET D’INTERRÉGIONALISME (1967-2017)

Sous la présidence de Laurence Badel, professeur d’histoire des relations internationales à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

– 14h : Hugo Meijer (IRSEM), « Sécurité en réseau » : la politique de défense américaine en Asie du Sud-Est

– 14h20 : Nguyen Thi Hanh (École Normale Supérieure de Hanoi),
La Chine, l’ASEAN et les frontières maritimes du Viêt Nam

– 14h40 : Marianne Péron-Doise (IRSEM), La régionalisation maritime en Asie du Sud-Est : l’exemple de l’accord Recaap (Regional cooperation agreement on Combating Piracy and Armed robbery against Ships in Asia)

– 15h : Muhammad Yusra (Paris I), L’Indonésie, puissance normative de l’ASEAN

– 15h20 : pause

– 15h40 : Laurent Sermet (IEP d’Aix-en-Provence),
Le triangle stratégique à l’épreuve : le test du Conseil des droits de l’homme de l’ONU

– 16h : Grace Cheng (Hawai’i Pacific University), Asia Goes Global As Europe Turns Inward

– 16h20 – 17h : débat

– 17h : conclusions
Mme Li Qi (Chef du Service des Relations internationales, ambassade de la République populaire de Chine à Paris)
Ambassadeur Christian Lechervy

– 17h45 : clôture du colloque

20h : Dîner du colloque offert en l’honneur des participants, Brasserie du Théâtre.


Comité d’organisation :

Pierre Asselin, Antoine Coppolani, Pierre Journoud, Benoît de Tréglodé

Partenaires :

CHAC (Centre d’Histoire de l’Asie Contemporaine), Paris I Panthéon-Sorbonne

CRISES / E.A. 4424 (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines Et Sociales), Université Paul-Valéry Montpellier 3

CSFRS (Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques)

GIS « ESPRIT » (Groupement d’intérêt scientifique « Études en Stratégie, Politiques et Relations InTernationales »)

IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire), Ministère de la Défense

INALCO (Institut NAtional des Langues et Civilisations Orientales)

Institut des Amériques

Région Occitanie

Université des Sciences Sociales et Humaines de Hanoi (USSH), Université nationale du Vietnam

 

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