BERTSCHY Sylvain

Sylvain Bertschy

Doctorant en histoire militaire et études de défense, sous la direction du professeur Frédéric Rousseau.

Contact : bertschy.sylvain@gmail.com

– ATER en Sciences-po à l’UM1 au sein de l’équipe CEPEL

– Attaché au Centre de Recherches Interdisciplinaire en Sciences Humaines et Sociales de Montpellier C.R.I.S.E.S., EA 4424, Université Paul-Valéry, Montpellier III.

– Élève libre à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) 2009-2011

– Membre du Collectif Recherche International et de Débat sur la guerre 14-18 (CRID 14-18)

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– Boursier du Conseil Général de l’Aisne.

Conseil general Aisne
Thèmes de recherches et axes de travail :Mots-clés : Grande Guerre, État social, médecine militaire, médecine du travail, santé publique, expertise, monde ouvrier, monde combattant.

Présentation :

La Grande Guerre, laboratoire de l’État social?
L’invalidité au prisme de l’expérience 14-18.

Le bilan humain de la Première Guerre mondiale est à l’échelle de la démesure du conflit : 10 millions de morts, dont 1,4 pour l’armée française. Le nombre de blessés, difficile à distinguer du nombre de blessures, avoisine les trois millions. Deux millions d’hommes portent ad vitam les marques du conflit, parmi eux quelques 280 000 à 300 000 mutilés.
L’approche comptable est toutefois loin d’épuiser la réalité sociale de ces années. La vulnérabilité des populations s’est considérablement accrue et 5 à 6 millions d’individus se trouvent dans l’impossibilité, totale ou partielle, de subvenir eux-mêmes à leurs besoins. Si cette situation n’est pas nouvelle, la guerre a généré un effet d’accélération et d’extension. Dès 1914, la question de la prise en charge de ces populations se pose donc plus intensément et de façon plus complexe.
C’est en ce sens que nous interrogeons la Grande Guerre comme laboratoire de l’État social, comme une séquence historique marquée par des expérimentations, des innovations en matière de politiques sociales. Il n’est toutefois pas possible d’étudier l’ensemble des actions publiques qui ont pour objet « la vulnérabilité », au risque de produire une histoire « vue d’en haut » et un travail aux allures d’inventaire à la Prévert.
Notre réflexion se resserre donc autour de la question du rapport au travail car […] les populations qui relèvent d’interventions sociales diffèrent fondamentalement selon qu’elles sont ou non capables de travailler, et elles sont traitées de manières toutes différentes en fonction de ce critère. La question […] se pose à chaque instant de savoir où passe exactement la ligne de partage entre capacité et incapacité de travailler [Castel, R., Métamorphose de la question sociale, une chronique du salariat, Paris, Arthème Fayard, 1995.]. Et dans la France positiviste de la Belle Époque, la réponse se veut avant tout « scientifique ». Les populations indigentes deviennent ainsi simultanément cible de politiques publiques de santé et d’assistance – basées sur la prévention et la réparation – et objet d’investigation scientifique.

Si les mesures de prévention s’adressent au plus grand nombre, seuls deux types de populations bénéficient du droit à réparation. Ce sont d’abord les soldats devenus inaptes des suites d’une blessure imputable au service, que la loi du 14 avril 1831 dissocie des retraités et vieillards pour en faire des invalides de guerre réformés avec (ou sans) gratification. Ce sont ensuite les accidentés(ées) du travail à qui la loi du 9 avril 1898 accorde une rente forfaitaire en cas d’accident.
L’association entre invalides de guerre et accidentés(ées) du travail semble n’avoir pourtant jamais été explicitement formulée. Toutefois, l’analogie des dispositifs et procédures de prise en charge, les échanges de savoir-faire entre les différents acteurs impliqués dans la gestion et l’expertise des cas témoignent d’une construction concomitante de ces catégories dans les mondes de l’expertise militaire et civile.
L’histoire de la (re)construction scientifique et administrative de la catégorie « invalides », de sa métamorphose (changements et continuités) au prisme de l’expérience 14-18 et de celle des procédures et dispositifs qui définissent, classent et ordonnent ces « populations », constitue le cœur de nos recherches. En ce sens, nous avons choisi de travailler dans deux directions.
Il convient tout d’abord d’éclairer les processus par lesquels les contemporains ont façonné les cadres scientifiques, juridiques et administratifs au sein desquels l’invalidité fut pensée et construite. On peut par exemple s’interroger sur le sens du glissement conceptuel qui s’opère pendant la guerre quand l’usage de l’échelle de gravité de 1887 (outil visant à évaluer dans l’absolu les blessures des soldats) décline au profit de celui du taux d’incapacité qui mesure, lui, une diminution de la capacité de travail.
On s’intéressera également aux transformations concrètes qui marquent l’histoire des procédures de réforme et de pension. Le dispositif de 1914, héritier de la loi de 1831 et organisé en temps de paix pour une armée d’active, s’avère totalement inefficace. La création d’un nouvel organe national de contrôle, la Commission Consultative Médicale, puis la refonte complète de la procédure, toutes deux engagées par Justin Godart entre août 1915 et mars 1916 et marquée du sceau de la rationalisation, renforcent ce qui se présente comme un processus d’étatisation de l’infirmité. Comment alors l’analyser ?
Seule l’étude des pratiques de ceux qui, au nom de l’État, sont chargés d’octroyer pensions d’invalidité et rentes forfaitaires, peut fournir des éléments de réponse. Maillon central du dispositif, l’expertise médico-légale constitue notre second chantier de recherches. Appréhender l’écart entre discours savants et ce que l’on pourrait appeler la « raison pratique » à l’œuvre dans l’exercice du « métier d’expert », tel est l’objectif. Cela soulève nombre de questions: qui sont ces experts? Comment ont-ils été formés? Quel est l’objet de l’expertise et comment l’évalue-t-on? Etc.
Pour répondre à ces questions, nous mobilisons un corpus archivistique aussi riche qu’inédit : les dossiers médicaux des soldats blessés et des travailleurs(euses), civils(es) et militaires des manufactures d’État en vue de la constitution d’une base de données dont l’exploitation permettra, espère-t-on, de faire émerger à la fois une histoire sociale des invalides et une socio-histoire de l’État en guerre.

Publications :

Publications spécialisées :

− « Grande Guerre et infirmité : la fin des inutiles au monde ? », in F. Bouloc, R. Cazals, A. Loez (dir.), 1914-1918 : Identités troublées, les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, 2011, p. 199-212.

− « Des « dérapages » et de la guerre coloniale, le cas du Soudan français, 1878-1894 », in Frédéric Rousseau, Burghart Schmidt, Les dérapages de la guerre du XIVe à nos jours, Hambourg, DOBU Verlag, 2009, p. 107-119.

− Colloque national, CNRS Paris, 2006, Rencontres africaines, atelier « La santé en Afrique », La santé en Afrique, un objet d’histoire marginalisé ? Bilan et perspectives de recherche.


Publication grand public :

− « La Grande Guerre laboratoire de l’État social ? », in La lettre du chemin des dames, n°21, printemps 2011, p. 24-25.

Recension :

− François Buton, L’administration des faveurs. L’État, les sourds et les aveugles (1789-1885), coll. « Histoire », Presses Universitaires de Rennes, 2009, 333 p., in Genèses. 2012/2 (n° 87).

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