LABUSSIÈRE Jean-Louis

Professeur de philosophie à l’Université Paul-Valéry Montpellier III

1) Thèmes de recherche développés :

– Philosophie des Lumières.
– Philosophie politique.

2) Points forts des activités de recherche :

Mes recherches portent actuellement sur deux notions très généralement associées à la philosophie des Lumières, particulièrement française;: l’individu, l’action. Il s’agit d’en examiner la consistance proprement philosophique, individu et action étant, à mon sens, trop souvent considérées comme des idées assez vagues (l’individu de l’individualisme politique et social, la promotion de l’activité pratico-technique), idées dont on crédite des Lumières. A tort, le plus souvent. L’individualisme est une invention tardive du libéralisme (Constant, Tocqueville), l’activité pratico-technique n’est pas encore dissociée du théorique, pas même chez les Encyclopédistes. Il y a là un anachronisme. Je me suis donc proposé de dépasser ces abstractions, et d’examiner de plus près ce que sont , au 18ème siècle, l’individu et son agir, et d’en saisir la détermination au sein d’oeuvres précises plutôt que de survoler « Les lumières ». Dans les deux cas, il me semble que, loin de réduire la métaphysique à l’étude de la genèse de l’entendement et de ses pouvoirs, ce que certes elle font souvent (Condillac, au premier chef, où d’Alembert), elle développe, chez d’autres auteurs, une forme de métaphysique, voire d’ontologie, tout à fait originale.

1) L’individu : récusant la logique traditionnelle (aristotélicienne) de la prédication, fondée sur le dualisme sujet/prédicat, mais n’anticipant pas pour autant sur celle (kantienne) du prédicat, cette ontologie, chez Diderot notamment prend la forme d’une méréologie : logique de la  partie et du tout, et par conséquent des qualités et des propriétés sans support substantiel. Le difficile est alors de penser la relation entre l’être particulier et le tout, de s’assurer de la consistance du premier tout en le rapportant au second comme préalable épistémologique et, d’une certaine manière, ontologique, sans toutefois l’y dissoudre. Il en va de même, mais sur un autre plan,  celui de l’anthropologie, chez Rousseau par exemple : l’individu tout à fois nait de l’histoire de l’humanité, il n’y a pas d’individu à l’Etat de nature, et en même temps il risque de s’y perdre : il est l’auteur, au cours de cette histoire, d’un ensemble de structures sociales, politiques et techniques qui finissent par gagner leur autonomie et poursuivre leur évolution indépendamment de lui. Le rôle du politique est alors de l’individuer, et non simplement de l’individualiser.

2) L’action. Elle est bien entendue inséparable de l’individu, et, là encore, se manifeste une contradiction. D’un côté, il s’agit de rapprocher l’individu de son action, pensée en dehors de toute norme transcendante qui, la considérant en elle même, la jugerait bonne ou non. De l’autre, en raison même de la fragilité de l’individu considéré comme ensemble de propriétés, on est tenté de l’en séparer, non pour en faire un objet de jugement moral, mais un événement physique s’inscrivant dans le cours des choses. On oscille donc entre l’immanence de l’action, un agir dans lequel l’individu éprouve ses propres forces, une finalité interne, donc, et la nécessité de la transitivité de toute action qui doit s’inscrire dans un milieu.

Dernières publications

– « Perfectibilité individuelle et perfectibilité spécifique chez J.-J.Rousseau », in B. Binoche, dir., L’homme perfectible, éd Champ Vallon, 2006.

– « J.-C. Beaune à l’ombre des Lumières », in Diagonale, N° 1, Jean-Claude Beaune ou la technologie retrouvée, 2006.

– «  Diderot entre le désir et la passion », in P.-F. Moreau éd., Les Passions à l’age classique, P.U.F., 2006.

– «  Jeremy Bentham, Bertrand Binoche et le comparatisme philosophique », Critique, n° 738,  novembre 2008.

– « L’agir et l’action dans la philosophie de Diderot », intervention au colloque De l’âge classique aux lumières, transitions, ruptures, transformations, Poitiers Centre de recherche sur Hegel et l’idéalisme allemand, octobre 2008.

– « Participation et et exemplification en régime matérialiste », intervention au colloque de Lyon, ENS,  journée du 19 janvier 2010, Platon et le 18ème siècle européen.

À paraître :

– « Diderot : substance et prédication », à paraître dans le volume collectif en hommage au professeur Jean-Claude Bourdin, aux Presses Universitaires de la Sorbonne. Il s’agit d’une reprise de la conférence de Lyon, développée et amendée. « Hobbes et l ‘acte de vouloir » .

 –  « L’acte, l’action et l’agir dans la philosophie des Lumières ».

 

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