KNÜFER Aurélie

Maître de conférences en philosophie morale et politique à l’Université Paul-Valéry Montpellier III.

. Agrégée de philosophie.

. Docteure en philosophie morale et politique.

. Membre de CRISES (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales), EA 4424, Université Paul-Valéry, Montpellier.

. Membre associée du CHSPM (Centre d’histoire des systèmes de pensée moderne), EA 1451, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

ACTIVITÉ D’ENSEIGNEMENT

2014-…
Maître de conférences en philosophie à l’Université Paul Valéry, Montpellier 3.
Préparation aux épreuves hors programme de l’agrégation ; texte anglais au programme de l’agrégation de philosophie (John Stuart Mill, The Logic of the Moral Sciences (A System of Logic, Ratiocinative and Inductive, Book 6) ; philosophie morale et politique en licence 1 (« Le problème du mal dans la philosophie moderne ») ; philosophie morale et politique en Licence 1 (« Guerre et politique ») khâgne B/L, option philosophie (Hume, Enquête sur l’entendement humain) ; philosophie morale et politique en Master 1 (« De la tolérance au multiculturalisme »).

2014
Cours d’agrégation pour le CNED :
John Stuart Mill, The Logic of the Moral Sciences (A System of Logic, Ratiocinative and Inductive, Book 6), au programme de l’agrégation externe de philosophie 2015.

2012-2014
Professeur agrégée de philosophie au Lycée Gaston Monnerville, Cahors. Cinq classes (deux terminales S, deux terminales STI et une terminale STL).

2011-2012
ATER à l’Université Paris 1. Cours de préparation aux épreuves hors programme de l’agrégation ; cours de philosophie politique en Licence 1 (« Guerre et politique »).

2009-2011
Coordinatrice de l’enseignement de la méthodologie du commentaire et de la dissertation en Licence 1 et 2 à l’Université de Paris 1.

2008-2011
Allocataire-monitrice à l’Université Paris 1. Cours de méthodologie en Licence 1 et 2, histoire de la philosophie en Licence 1 (Marx, Manuscrits économico-philosophiques de 1844 ; Michel Foucault, Surveiller et Punir) et texte philosophique en langue étrangère en Licence 1 (Kant, Idee zu einer allgemeinen Geschichte in weltbürgerlicher Absicht).

2007-2008
Tutrice de philosophie à l’Université Paris 1.

2006-2007
Professeur agrégée de philosophie au Lycée Saint-Exupéry, Marseille (13).               Une classe de terminale S (stage de titularisation).

FORMATION ET TITRES UNIVERSITAIRES

2014
Qualification en section 17
(n° 14217260296).

2013
Soutenance de thèse à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
. Titre : Intervention et libération, d’Edmund Burke à John Stuart Mill. Membres du jury : Bertrand Binoche (Paris 1), Nestor Cadpdevila (Paris Ouest-Nanterre), Claude Gautier (ENS Lyon), Frédéric Gros (Paris Est-Créteil), Georgios Varouxakis (Queen Mary, London). Félicitations du jury à l’unanimité. Voir résumé de la thèse en annexe B, p. 6.

2009
Bourse pour un séjour d’études à la New York University (« Summer session »). Cours suivis : « Medical Ethics ».

2008
Inscription en thèse
à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sous la direction de Bertrand Binoche.

2007-2008
Master 2 Recherche, spécialité Histoire de la philosophie, à l’Université Paris 1, sous la direction de Bertrand Binoche. Titre : Guerre et politique : Lénine, Carl Schmitt et Raymond Aron lecteurs de Clausewitz. Mention Très bien.

2006
Agrégation de philosophie, rang 38ème.

2005-2006
Préparation de l’agrégation externe
de philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

2004-2005
Maîtrise de philosophie à l’Université Paris 1 sous la direction de Bertrand Binoche. Titre : Michel Foucault, penseur de la guerre. Mention Très bien.

2003-2005
Magistère de philosophie contemporaine à l’École Normale Supérieure
(Ulm).

2003-2004
Licence de philosophie à l’Université Paris 1. Mention Bien.

2003
Admissibilité au concours de l’Ecole Normale Supérieure (Ulm).

2000-2003
Hypokhâgne et deux khâgnes au lycée Thiers, Marseille, option philosophie.

2000
Baccalauréat littéraire. Lycée Frédéric Mistral, Avignon. Mention Très Bien.

DISTINCTIONS

2014
Prix de la Chancellerie des Universités de Paris
(Prix Richelieu).

2014
Prix de thèse de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale).

PUBLICATIONS

  1. Livre
  • Intervention et libération, d’Edmund Burke à John Stuart Mill: à paraître aux Classiques Garnier (2016).
  1. Articles
  • « « Civilisade » et intervention chez les peuples barbares selon John Stuart Mill », in Implications philosophiques, Janvier 2011 (http://www.implications-philosophiques.org).
  • « L’aptitude à la liberté de John Stuart Mill à Michael Walzer », in Philosophie, Paris, Editions de Minuit, Été 2011, n°110, p. 72-90.
  • « Temps de la guerre civile, temps de l’intervention selon John Stuart Mill », in Philonsorbonne, Paris, Publications de la Sorbonne, 2011-2012, n°6, p. 23-39.
  • « La “non-intervention” comme alternative à la guerre civile européenne : une lecture croisée de John Stuart Mill, Benjamin Constant et Lamartine », in Giornale di Storia Costituzionale, 2013, n°2.
  • « Droit international et opinion publique de Bentham à John Stuart Mill », in Revue d’études benthamiennes, 2014.

COMMUNICATIONS DANS DES COLLOQUES ET DES SÉMINAIRES DE RECHERCHE

Mai 2016
« Crise des réfugiés ou crise de l’État-nation ? Une lecture d’Hannah Arendt ». Séminaire « Crise et souveraineté », organisé par Lyess Bouderbala et Masoud Sinaeian, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne.

Avril 2016
« Apatrides, réfugiés, exploitation ». Colloque organisé par Luc Vincenti : « L’exploitation », Université Paul Valéry, Montpellier 3.

Février 2016
« Caractère national, aptitude et inaptitude au gouvernement populaire dans les Considérations sur le gouvernement représentatif ». Journée d’études organisée par Charles Girard : « Le gouvernement représentatif peut-il être démocratique? Autour des Considérations sur le gouvernement représentatif de John Stuart Mill », Université Jean Moulin Lyon 3.

Décembre 2015
« Intervention, Non-Intervention and Popular Consent. The Changing Principles of John Stuart Mill ». Colloque Popular consent and the European Order, 1750-1860, Università degli Studi di Napoli Federico II (Pisa), Dipartimento di Scienze Politiche.

Mars 2015
« Une contre-histoire du libéralisme ? Une lecture critique de Domenico Losurdo ». Séminaire Penser la transformation, organisé par Luc Vincenti à l’Université Paul Valéry, Montpellier 3.

Septembre 2014
« Intervention militaire et libération des femmes ». Communication dans le cadre du Congrès International sur le Genre à l’ENS de Lyon

Avril 2014
« La question de la légitimité des guerres d’intervention dans la philosophie libérale du 19ème siècle ». Intervention dans le cadre du « séminaire libre de philosophie » à l’Université de Toulouse-Le Mirail.

Mars 2014
« Droit international et opinion publique de Bentham à John Stuart Mill ». Communication dans le cadre de l’atelier Bentham à l’Institut d’Études Politiques (Paris).

Juin 2012
« De l’économie politique aux relations internationales : les avatars du “laisser-faire” chez Benjamin Constant et John Stuart Mill ». Communication dans le cadre du séminaire des doctorants de philosophie du CHSPM, à l’Université de Paris 1.

Mars 2012                 « Restaurer ou libérer ? Deux politiques de l’intervention selon Edmund Burke et William Godwin ». Communication dans le cadre du séminaire « Les ailleurs de la politique » à l’Université de Paris 1.

Juillet 2011
« Non-intervention et circulation des idées libérales en Europe : une lecture croisée de John Stuart Mill, Benjamin Constant et Alphonse de Lamartine ». Communication dans le cadre de l’École doctorale d’été « Frontières et circulations régionales », à l’Université Viadrina (Francfort sur Oder/Slubice).

Avril 2011
« Temps de la guerre civile, temps de l’intervention chez John Stuart Mill ». Communication dans le cadre d’une journée d’études sur la guerre civile à l’Université Rome 3.

Janvier 2011
« Des invasions barbares aux guerres contre la barbarie : intervention et impérialisme au XIXème siècle ». Communication dans le cadre du séminaire des doctorants du CHSPM à l’Université Paris 1.

Mai 2010
« Pourquoi respecter les frontières ? Protection et transgression du territoire selon Michael Walzer ». Communication dans le cadre de la journée d’études « La guerre et ses frontières ».

Mars 2010
«  L’aptitude à la liberté selon John Stuart Mill ». Communication dans le cadre du séminaire des doctorants du CHSPM à l’Université Paris 1.

Juin 2009
« Isolement, intervention et exportation de la liberté selon John Stuart Mill et Carl Schmitt ». Communication dans le cadre du séminaire des doctorants du CHSPM.

ORGANISATION DE LA RECHERCHE

Co-organisation de séminaires et de journées d’études :

Mai 2016
Journée d’études « Penser la race et le racisme aujourd’hui », Université Paul Valéry (Montpellier 3). Co-organisée avec Marion Bernard (Université de Poitiers) et Lambert Dousson (ENSAM, Montpellier).

2011-2014
Séminaire « Les ailleurs de la politique » à l’Université Paris 1, avec Simon Gallegos Gabilondo (Université Paris 1).

2011                           P
remières doctorales de philosophie de l’Université Paris 1, avec Elodie Baget, Elodie Djordjevic, Sophie Laveran, Baptiste Monsaingeon et Esther Rogan.

2010
Journée d’études « La guerre et ses frontières », sous la présidence d’Etienne Balibar, à l’Université Paris 1, avec Esther Rogan.

2009-2010
Atelier adressé aux étudiants, doctorants et chercheurs portant sur « André Gorz et l’écologie politique » à l’Université Paris 1, avec Marion Bernard et Sarah Troche.

RESPONSABILITÉS

2014-2016
Responsable de la préparation aux concours (Agrégation et CAPES), Université Paul Valéry, Montpellier 3.

  • Élue au conseil d’administration du lycée Gaston Monnerville, Cahors.
  • Représentante des doctorants de philosophie à l’Université de Paris 1.

 

RÉSUMÉ DE LA THÈSE DE DOCTORAT

Intervention et libération, d’Edmund Burke à John Stuart Mill

L’objectif de cette thèse est d’interroger l’émergence de la question du droit d’intervention dans la philosophie libérale à partir de la Révolution française et jusqu’à la guerre de Sécession américaine. En partant de la définition foucaldienne du libéralisme comme pratique visant à limiter l’action du gouvernement[1], nous avons montré qu’il n’y avait rien d’accidentel à ce que la question de l’intervention d’un État dans les affaires d’un autre apparaisse de manière récurrente, et dans des textes parfois décisifs, chez des penseurs aussi différents que William Godwin[2], Benjamin Constant[3], ou encore John Stuart Mill. Si le problème du libéralisme naissant fut bien de tracer les limites de l’action du gouvernement, de décider « jusqu’où ne pas trop gouverner »[4], alors celle de savoir quelles sont les frontières qu’un État ou qu’un peuple ne peut pas franchir n’est que la reformulation, à une échelle plus vaste, du même problème. Bien plus, la question de l’intervention ou de la non-intervention militaire doit se poser avec une urgence particulière chez des penseurs dont le projet est de limiter autant que possible, au sein du territoire, l’action du gouvernement : l’existence d’ennemis, de gouvernements despotiques aux frontières d’un État libéral, paraît conduire nécessairement à faire bouger les limites de l’action légitime du gouvernement à la fois à l’extérieur – puisqu’il lui faut parfois transgresser les frontières et intervenir, pour repousser, vaincre l’ennemi, voire changer les formes de son gouvernement – mais aussi à l’intérieur, puisqu’il doit pour assurer sa sécurité, préparer et discipliner les individus en vue de la guerre.

En définitive, il faut dire que la question de l’intervention et de la non-intervention d’un État dans les affaires d’un autre, loin d’être un simple chapitre de la théorie du droit international, fut au contraire d’emblée réfléchie, au sein du libéralisme, en relation avec d’autres formes d’intervention : celle du gouvernement dans les affaires économiques, ou encore celles de l’opinion dans la sphère individuelle. C’est pourquoi il a fallu examiner, tout au long de cette thèse, la manière dont les concepts d’ « intervention », d’ « interférence », d’ « immixtion », mais aussi à l’inverse de « laissez-faire » et de « non-intervention » ont pu circuler entre la théorie économique et la théorie de la guerre, en passant par la politique.

Or, la littérature libérale étant quasiment infinie, il n’était pas possible de faire la recension de tous les textes évoquant, de près ou de loin, la question de l’intervention militaire. Il fallait trouver un fil directeur, un point de départ et d’arrivée et c’est dans l’œuvre de John Stuart Mill que nous les avons trouvés. Cette décision reposait sur deux raisons.

D’une part, c’est chez John Stuart Mill que se donne à voir avec le plus de clarté l’articulation entre différents « principes de non-intervention » : qu’il interroge la légitimité de l’intervention du gouvernement dans l’économie – dans les Principes d’économie politique – celle de l’opinion publique dans la sphère individuelle – dans De la Liberté – ou encore celle d’un peuple dans les affaires d’un autre – dans les « Quelques mots sur la non-intervention », il s’agit à chaque fois pour John Stuart Mill de construire un ou des principes permettant de limiter l’intervention de ces différents acteurs.

D’autre part, il faut noter que John Stuart Mill s’est intéressé dès les années 1830 à cette question, qu’il n’a cessé par la suite d’y revenir, mais aussi qu’il est passé de la défense d’un droit à secourir les peuples en lutte pour leur liberté – dans un texte de 1849, écrit en pleine effervescence révolutionnaire[5] – à l’affirmation du principe de non-intervention. Suivre cet axe chronologique nous a donc permis d’étudier une pensée aux prises avec les événements historiques, attentive aux mouvements de libération et désireuse de les accompagner efficacement. Sans nous intéresser exclusivement à l’œuvre de John Stuart Mill c’est à partir d’elle, et en suivant sa progression que nous avons interrogé les œuvres des autres théoriciens : l’enjeu étant à chaque fois moins celui de la filiation historique que celui de l’intérêt philosophique de ces rapprochements et de ces confrontations.

Ainsi, en avançant à la fois le long d’un axe chronologique et en suivant les nécessités conceptuelles, notre enquête s’est organisée en trois moments. Le premier exhume les origines révolutionnaires et la dimension polémique du concept et du problème de l’intervention. Loin de pouvoir s’interroger en dehors de tout contexte historique, ou en faisant abstraction des rapports de force et des antagonismes existants, la question de l’intervention apparaît en effet d’emblée comme une question partisane. C’est l’article de Stuart Mill de 1849, la « Défense de la Révolution française de février 1848 », qui nous a servi ici de point de départ. Dans ce texte engagé en faveur de la politique de Lamartine, le philosophe anglais fait de l’intervention un concept politique et non pas seulement juridique, un instrument en faveur de la révolution plutôt qu’un véritable “droit”. Ainsi, en faisant retour sur les textes de Pufendorf, Burlamaqui et Vattel, évoqués de façon lapidaire par Stuart Mill dans ce texte, nous avons mis au jour les différences conceptuelles et philosophiques justifiant une telle rupture.

L’étude de l’article de 1849 fut également l’occasion de nous déplacer vers une autre scène : celle de la Révolution française de 1789, au cours de laquelle, et malgré le silence étonnant du philosophe anglais sur ce point, s’étaient déjà tenues de virulentes controverses au sujet de l’intervention. C’est ainsi vers les écrits de Burke et de Godwin que nous sommes tournés. L’analyse des thèses de ceux que l’on peut qualifier d’adversaires ou d’ennemis politiques – l’un défendant une intervention restauratrice et l’autre légitimant, dans certaines limites, une intervention libératrice –, nous a permis de montrer comment, en temps de révolution, il n’est plus tellement question de la légitimité de l’intervention mais plutôt de son opportunité. À quel moment faut-il intervenir pour que l’intervention soit utile, efficace, et qu’elle le soit durablement ? C’est la question qu’ont rencontrée, chacun à leur manière, Burke et Godwin – mais que Stuart Mill, à ce stade de sa réflexion, manque ou évite, et dont il ne saisira l’urgence que plus tard, dans un autre contexte.

Le deuxième moment de notre enquête met au jour la connexion étroite existant, dans le libéralisme naissant, entre l’intervention “militaire” et les autres formes d’intervention – que ce soit celle du gouvernement dans l’économie ou encore celle de la société dans les affaires privées. Il s’est ainsi agi de voir à l’œuvre la circulation, d’un champ à l’autre, des concepts, des principes et des maximes, pour comprendre, par exemple, comment les efforts visant à déterminer les bornes de l’action du gouvernement dans le commerce, l’industrie, l’agriculture, l’éducation ont pu venir irriguer les réflexions portant sur les relations internationales ; et, réciproquement, comment celles-ci ont contribué à nourrir et transformer la théorie du laisser faire. Sur ce point, notre attention s’est portée, pour des raisons symétriques, sur les textes de Constant et de Stuart Mill : l’un cherchant à penser la question de l’intervention dans son unité, et l’autre dans sa diversité.

Après avoir montré que l’intervention est un concept polémique et équivoque, c’est la dimension dialectique de la non-intervention que nous avons mise au jour dans le troisième moment de notre enquête. Nous avons ainsi proposé, pour dévoiler cette dialectique, une interprétation des « Quelques mots sur la non-intervention » (1859)[6]. Nous avons montré que, loin qu’il faille lire dans cet article fameux un renoncement aux attentes révolutionnaires exprimées par Stuart Mill en 1849, le « principe de non-intervention » a bien pour visée de provoquer « l’émancipation » des peuples.

Rencontrant la problématique du temps opportun pour la liberté, Stuart Mill est ainsi conduit dans l’article de 1859, à abandonner le droit d’intervention : parce que celui-ci s’avère être un outil insuffisant, voire un obstacle au processus d’autodétermination que les nations « civilisées » doivent entreprendre par elles-mêmes, il faut lui préférer le « principe de non-intervention ». Les dialogues et les controverses avec Bentham, James Mill, et Cobden – et peut-être même avec Kant – qui traversent les « Quelques mots » n’ont au fond qu’un seul enjeu : celui de déterminer la méthode que l’Angleterre devrait adopter afin d’œuvrer efficacement, et de façon totalement désintéressée, à l’augmentation du bonheur universel, indissociable selon Stuart Mill, de l’autonomie des peuples.

           

Ce travail a donc permis d’éclairer la finalité des principes d’intervention ou de non-intervention tels qu’ils furent élaborés au sein du libéralisme naissant. Nous avons pu montrer que si les penseurs libéraux se sont demandés, dans le champ des relations internationales, quelles étaient les limites de l’action du gouvernement, ou encore, « jusqu’où ne pas trop gouverner », ce n’est ni pour respecter la souveraineté des États, ni pour éviter la guerre, mais c’est toujours en réalité au nom des transformations qu’ils souhaitaient voir s’opérer à l’extérieur, ou encore parce qu’ils souhaitaient rendre possible la libération des peuples étrangers. Autrement dit, la non-intervention ne doit ni se concevoir comme une condition pour accéder à la paix interétatique, voire à la paix perpétuelle, ni comme un renoncement à l’action : elle est le plus souvent un engagement en faveur de l’apprentissage, par les peuples, de leur propre liberté. Affirmer qu’on laissera être la liberté des autres, c’est déjà une manière de l’encourager.

[1] Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Cours au Collège de France. 1978-1979, Paris, Seuil/Gallimard, 2004, p. 324.

[2] William Godwin, Enquiry Concerning Political Justice, and its influence on General Virtue and Happiness [1798], Harmondsworth, Penguin Books, 1985.

[3] Benjamin Constant, Commentaire sur l’ouvrage de Filangieri, Paris, Les Belles Lettres, 2004.

[4] Michel Foucault, op. cit., p. 324.

[5] John Stuart Mill, « Vindication of the French Revolution of February 1848 », in Essays on French History and Historians, CW XX, p. 317-363.

[6] John Stuart Mill, « A Few Words on Non-Intervention », in Essays on Equality, Law and Education, CW XXI, p. 109-124.

Les commentaires sont fermés.