« Manuels et traités d’interprétation des rêves byzantins »

Anne-Marie Bernardi

(Université de Provence, Aix-Marseille I)

« Manuels et traités d’interprétation des rêves byzantins » :

Entre les Oneirokritika d’Artémidore et le volumineux traité attribué à Achmet (Xe siècle), il nous reste peu de choses. Cette longue coupure s’explique, bien évidemment, par la naissance de l’empire chrétien, par la méfiance à l’égard de la divination et des superstitions héritées du paganisme
Mais les petits ouvrages alphabétiques que nous connaissons laissent penser qu’il n’y a pas eu réellement solution de continuité entre l’Antiquité tardive et l’empire byzantin. Ces dictionnaires des rêves en prose ou, plus souvent, versifiés, devaient s’adresser à un public populaire et peu cultivé. La plupart des manuscrits nous sont parvenus sous des pseudonymes différents : ils sont en fait des variations sur un canevas originel, des adaptations, rédactions secondaires de l’Oneirokritikon byzantin le plus ancien, celui qui est attribué au prophète Daniel. Les principes de déchiffrement sont proches de ceux que l’on voit à l’œuvre chez Artémidore et dans toute la tradition onirocritique. Ces sommaires d’ouvrages constituent un genre paradoxal, à la fois très conservateur et très dynamique : par le jeu des variations, interpolations, additions, les manuels ne cessent de se renouveler.
Deux Oneirokritika organisés en chapitres ont été largement diffusés, également sous des pseudonymes : Achmet, fils de Sèreim (Xe), et Manuel Paléologue (XVe). Ils s’adressent à un public tout à fait différent, Grands de la Cour ou spécialistes et lettrés qui gravitent dans leur entourage. Par son importance, par la présentation qu’il adopte, par sa composition complexe, par les milliers de rêves qu’il rapporte, par sa richesse symbolique, l’Oneirokritikon d’Achmet contraste avec les rudimentaires manuels. Les principes d’explication restent certes stéréotypés, mais le signe n’a plus une valeur unique, il prend sens non seulement suivant la personnalité du rêveur mais aussi selon le contexte, la situation. Alors que la christianisation restait très superficielle dans les manuels, elle est manifeste chez Achmet, malgré le travestissement arabe et la fiction orientalisante. Loin de se contenter d’intégrer, par simple addition, les éléments nouveaux, en particulier l’apport musulman, l’ouvrage restructure et renouvelle le fonds traditionnel.

 

journee Artemidore Bernardi

Artemidore affiche 2009

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