« L’argent et le crédit dans le monde d’Artémidore »

Christophe Chandezon

(Université Paul-Valéry Montpellier III)

« L’argent et le crédit dans le monde d’Artémidore » :

Dans les Oneirokritika, l’argent et le crédit ne font pas partie des thèmes de tout premier plan. Ils sont l’objet de brefs développements (II, 168-169 ; III, 41) ou apparaissent de manière diffuse dans les rêves ou leurs réalisations. Artémidore juge l’argent comme moralement condamnable ; c’est ainsi qu’il y voit la source de querelles (III, 1). Mais il n’est pas possible de vivre dans avoir d’argent (V, 88). Les pièces de monnaies sont en bronze, en argent et en or. L’usage de ces trois métaux reflète la composition de la masse monétaire sous l’Empire romain. Chaque métal monétaire traduit des niveaux sociaux et d’échanges différents. Le thème de la découverte de trésors revient régulièrement dans les rêves (IV, 59, pour un pauvre). Cela montre que certains exprimaient ainsi un espoir dans un événement qui pouvait les tirer de l’obscurité ou leur permettre d’échapper à la ruine. Les acteurs du crédit ne sont pas présents dans les rêves, mais forment l’une des catégories qui conditionnent leur interprétation. Ces acteurs sont les banquiers, les usuriers et ceux qu’Artémidore appelle les éranarques (par exemple en I, 17). Les Oneirokritika comportent des allusions à certaines techniques du crédit : l’intérêt calculé au mois, et donc lié à la lune (II, 36) ; l’emploi du comput digital ou de l’abaque dans le travail des financiers (I, 42 ; I, 26). Mais surtout, le texte traduit une perception de la dette et de l’endettement. Elle est vue comme un phénomène universel, symbole de la vie elle-même (III, 41) mais dangereux, car il lie l’homme et le prive d’une partie de sa liberté (II, 3). On se suicide donc parfois pour dettes dans le monde d’Artémidore (V, 31 et 33) et payer sa dette est souvent assimilé à une mutilation corporelle et à une atmosphère de violence (I, 30). Bien des éléments de cette perception de la dette se retrouvent dans le traité de Plutarque intitulé Il ne faut pas s’endetter. La dette est aussi liée aux élites sociales qui chez Artémidore comme dans la réalité gréco-romaine sont à la fois débiteurs et créanciers.

journee Artemidore Chandezon

Artemidore affiche 2009

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