Tamás Pavlovits : « Le perspectivisme dans les Pensées de Pascal » (17 avril 2013)

perspectivisme Pascal

Tamás Pavlovits est maître de conférences HDR à l’Université de Szeged (Hongrie), Département de Philosophie.

Le terme de perspectivisme est lié surtout à la pensée de Nietzsche. L’Encyclopédie Philosophique Universelle le définit de la manière suivante : « Par métaphore on donne le nom de perspectivisme à toute doctrine qui soutient que la représentation est sous la dépendance exclusive du sujet qui la construit ». Autrement dit : la vérité en soi n’existe pas, toute représentation est une construction ou une création et dépend exclusivement du
sujet représentant. La réalité en tant que telle est le résultat de la perspective à partir de laquelle on la voit. Quoique subjective, toute perspective s’avère ainsi absolue sans la moindre possibilité de les comparer ou de juger de leur authenticité. Dans mon exposé, je soutiendrai la thèse suivante : dans les Pensées, Pascal élabore une conception perspectiviste de la vérité, avant la lettre, qui ressemble sur certains points à la doctrine nietzschéenne. La conception pascalienne de la vérité peut être nommée perspectiviste dans la mesure où la vérité des objets dépend de la position et de la perspective du sujet qui l’observe. Selon Pascal, toutes choses peuvent s’observer sous infini de perspective naturelle et s’avèrent vraies et fausses selon la perspective choisie. Par conséquent toute perspective révèle des vérités d’une chose mais nécessairement partielles et mêlées de faussetés. Afin de voir une chose dans sa vérité entière et sans fausseté, il faudrait trouver la perspective idéale, mais qui ne se trouve pas parmi les perspectives naturelles. Malgré les ressemblances, il y a deux différences fondamentales entre le perspectivisme pascalien et nietzschéen : d’une part, selon Pascal, l’objet inclut sa propre vérité mais qui ne se révèle que partiellement pour les perspectives naturelles, et, d’autre part, il existe une perspective supérieure quelque part d’où la vérité de l’objet se révèle sans fausseté. Pascal non seulement multiplie les perspectives possibles sur la réalité, mais les hiérarchise aussi. La hiérarchisation des perspectives s’effectue par la doctrine de « trois ordres » (Pensées, Lafuma 308, Brunschvicg 793, Sellier 339). Les différents ordres (celui de la chair, de l’esprit et du cœur) définissent différentes manières de voir et déterminent des  perspectives différentes. Les perspectives sont hiérarchisées dans la mesure où l’ordre du cœur rend visible les ordres et les perspectives inférieures. Celui donc qui voit dans l’ordre du cœur voit plus de vérité des choses et voit également les perspectives inférieures. Ce perspectivisme hiérarchique constitue la base de l’argumentation pascalienne dans les Pensées.
Pascal élabore une conception perspectiviste de la vérité avant la lettre, mais si on appelle la doctrine nietzschéenne de la vérité « perspectivisme subjectiviste », on devrait nommer celle de Pascal « perspectivisme objectiviste ». Dans mon exposé, je présente donc le concept perspectiviste de la vérité pascalienne dans les Pensées en donnant ainsi une introduction à la lecture du chef-d’œuvre de Pascal.

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