Colloque : Le touriste et l’habitant

 

touriste et l'habitant 2013

Comité d’organisation :

Dominique Crozat (Université Montpellier 3 ; UMR 5281 ART-Dev), responsable du comité d’organisation
Jean Sagnes (Université Perpignan Via Domitia, Président d’URBI)
Daniel Bartement (Université Paul-Valéry Montpellier 3, EA 4424 C.R.I.S.E.S.
Stéphane Villepontoux (Université Paul-Valéry Montpellier 3)

URBI (Université et Recherche en Biterrois) est une association d’universitaires de Béziers et de l’Ouest Hérault. Elle se donne pour objet le développement de l’enseignement universitaire à Béziers, ainsi que l’organisation de manifestations à caractère scientifique et culturel, comme par exemple l’édition d’un répertoire des centres de ressources documentaires en biterrois et l’organisation de colloques dans le cadre des Rencontres de Béziers.
Depuis 1990, les Rencontres de Béziers réunissent chaque année des spécialistes de diverses disciplines universitaires. Organisées par Université et Recherche en Biterrois (URBI), leur accès est libre et gratuit. Les actes de ces rencontres sont édités depuis 1994 par les Presses Universitaires de Perpignan (http://www.urbi-beziers.fr/publications.html)

L’UMR 5281 ART-Dev (Acteurs, Acteurs, ressources et territoires dans le développement) est une unité mixte de recherche de l’Université Montpellier III, de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS et du Département Environnements et sociétés du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Elle implique également les Universités Montpellier I et de Perpignan Via Domitia en tant que partenaires associés et intègre l’équipe du CEREQ (Centre d’étude et de recherche sur les qualifications) de Montpellier.
Inscrite de façon prioritaire dans le champ des sciences humaines et sociales, l’unité ART-Dev associe plus d’une centaine de membres, dont une soixantaine d’universitaires et de chercheurs, et autant de doctorants. L’unité privilégie les approches interdisciplinaires puisqu’elle regroupe des géographes et des économistes, mais aussi des sociologues et politologues.

L’EA 4424 C.R.I.S.E.S. (Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales de Montpellier) réunit des chercheurs issus de domaines différents qui s’intéressent au temps long des sociétés humaines. Les investigations concernent l’évolution des sociétés humaines dans ses formes et ses degrés variables, entre rupture et continuité ; entre tensions conflictuelles, latentes ou manifestes et recherche d’une cohésion ; entre rejet et acculturation. La dynamique à l’oeuvre est appréhendée dans sa complexité à travers un regard doublement subjectif : des recherches sont conduites sur les façons dont les permanences et les changements sont perçus par ceux qui les vivent, mais le travail de l’observateur n’est pas neutre non plus car son regard sur le passé et le présent est influencé par le monde qui l’entoure. De là découle toute une réflexion sur le monde contemporain traversé par de multiples évolutions.

PROGRAMME

– 9h : Accueil Michel Bourret, directeur de l’antenne Du Guesclin de l’Université Montpellier 3
Jean Sagnes, Université Perpignan Via Domitia, président d’URBI

– 9h15 : Ouverture du colloque par Monsieur Raymond Couderc, sénateur-maire de Béziers.

– 9h30 : Dominique Crozat (Université Paul-Valéry Montpellier 3)
« Tourismes communautaire, participatif, équitable, durable, patrimonial, etc. : l’invention contemporaine de l’habitant dans les nouvelles procédures de mise en tourisme ? »
Le tourisme est réputé être une découverte de l’Autre. De fait, cette relation « exotique » à « l’indigène », installé dans des lieux souvent considérés comme vierges, a toujours été ambigüe : sauvage prié de rester « authentique » et d’accepter avec plaisir de devenir serviteur (on lui amène du travail) ou encombrant habitant qui tarde à déguerpir des espaces à aménager, il gêne un peu. Depuis trois décennies, de nouvelles formes de tourisme se sont développées qui affirment tenir compte de l’habitant qu’on « visite » maintenant.
Qu’en est-il réellement ? Il apparaît que si la relation originelle, liée au colonialisme, n’a pas disparue, elle s’est complexifiée tandis qu’émergent aussi de réelles collaborations qui concernent aujourd’hui près d’un quart des flux touristiques.

– 10h10 : Stéphane Villepontoux (Université Paul-Valéry Montpellier 3)
« Quand le touriste rencontre l’habitant. Le tourisme participatif, opportunité ou menace pour la gouvernance des territoires : l’exemple du phénomène des greeters en France. »
De nouvelles formes de tourisme en développement (durable, éco, solidaire, ethnique, responsable, participatif,…) envahissent depuis plusieurs années le corpus théorique de la recherche en sciences sociales sur les pratiques et les représentations liés aux phénomènes du voyage et de l’altérité.
Si aujourd’hui on observe une nette évolution des attentes en matière de loisirs et de vacances, en faveur notamment d’une immersion au plus près de la culture et des modes de vie du lieu visité, l’irruption de l’habitant comme entremetteur crédible et alternatif à la structuration marchandisée de l’offre existante, sonnerait-elle définitivement le glas du « bronzer idiot » ? Pas si sûr.
Pour exemple, nous nous intéresserons ici à l’extension du phénomène des « Greeters », qui connaît aujourd’hui en France un engouement de plus en plus marqué. Comment les grands acteurs traditionnels du développement touristique que sont les tour-opérateurs et les collectivités réagissent-t-ils face à ce modèle émergent du « guide-habitant » ? Ces nouveaux « ambassadeurs » du tourisme local sont-ils déconnectés des enjeux et des intentions qui gouvernent la promotion et le développement des territoires ? Les Greeters constituent-ils une menace ou une nouvelle opportunité pour l’économie touristique ?

– 10h40 : Pause

– 10h50 : Sylvie Christofle (Université de Nice Sophia Antipolis)
« Territoire(s), tourisme(s) et habitants : hybridation des pratiques et des espaces à Nice-Côte-d’Azur «Métropole». »
Nice Côte d’Azur «Métropole» est une création récente (2012, 46 communes) qui fait cohabiter Littoral très peuplé, Moyen Pays en voie de périurbanisation et Haut pays montagnard et rural, le tout présentant des facettes touristiques variées : balnéaire, de réunions et de congrès, de culture, de sport, de pleine nature… Dans des espaces, certes tous théoriquement « métropolitains » mais si hétérogènes, comment s’organise le phénomène touristique ? Quelle est la place des habitants et des acteurs locaux ?

– 11h30 : Daiane Seno Alves (Universités de São Paulo et Paul-Valéry Montpellier 3)
« Le touriste, l’habitant et la gestion du tourisme à São Paulo : caractéristiques, concertation et enjeux. »
Les beaux paysages au Brésil font partie de l’imaginaire d’un grand nombre de touristes qui rêvent de l’Amazonie et de Copacabana (Rio de Janeiro). La plus grande ville du pays fait cependant appel à un autre type de touristes : São Paulo est la première destination nationale pour le tourisme d’affaires et essaie de valoriser sa diversité culturelle pour composer une offre destinée à tous ceux qui débarquent sur la « terra da garoa » (pays de bruine). Comment la ville est-elle mobilisée pour recevoir ce touriste et lui montrer ses atouts au-delà des gratte-ciel ? C’est avec le regard et la participation des habitants qui vivent cette métropole tous les jours que l’on essaiera de la dévoiler et l’ouvrir au monde.

– 11h50 : Fadia Merabet (Universités de Marrakech et Paul-Valéry Montpellier 3)
« Le tourisme au Sahara : quelles conséquences sur la population locale ? Le cas de Timimoun (Algérie) »
Certaines populations sont devenues des cibles d’un secteur touristique en pleine expansion. C’est le cas au Sahara, à l’exemple de Timimoun, au sud de l’Algérie. Nous présenterons d’abord les avantages que procure la mise en tourisme de cette oasis mais aussi ses effets déstructurant, puis tenterons d‘expliciter la nature des liens visiteurs/visités ainsi que leurs attentes respectives. Enfin, nous envisagerons une action participative destinée à améliorer l’engagement communautaire dans les projets touristiques et faciliter ainsi l’acceptation du touriste par la population locale.

– 12h10 : Débat

– 14h30 : Denise Péricard-Méa (LAMOP, Paris I-Sorbonne-CNRS)
« La réception des pèlerins de Saint-Jacques par les habitants des territoires traversés (XVe-XXe siècles) »
Au XXe siècle, des décisions politiques ont donné un nouveau visage au pèlerinage à Compostelle devenu un phénomène de société. Sa notoriété s’est étendue bien au-delà de l’Europe par
l’inscription des chemins de Compostelle au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Le pèlerin médiéval fait toujours rêver mais les marcheurs sur ces chemins n’ont pas avec les habitants des régions traversées les relations qui existaient au Moyen Age.
Le pèlerinage d’aujourd’hui donne parfois l’impression d’être devenu un grand théâtre avec de nouveaux codes et de nouveaux rites. Les pèlerins en sont les acteurs principaux, acteurs temporaires itinérants ; ils sont entourés d’acteurs permanents sédentaires qui se chargent de pourvoir à leurs besoins. Le pèlerinage n’a jamais eu cette figure dans l’histoire, figé par une cartographie née au XIXe siècle.
Les récits de pèlerins médiévaux et autres témoignages que j’ai étudiés et publiés apportent de nombreux éclairages sur les relations des pèlerins avec les habitants des régions qu’ils traversaient. Après avoir planté le décor, la communication s’appuiera sur ces récits et apportera des exemples montrant comment ces pèlerins ont été vus et reçus.

– 15h10 : Rémy Delage (CNRS, CSH, New-Delhi)
« Circulations pèlerines et processions autour de la tombe d’un saint soufi au Pakistan. »
La vallée de l’Indus se caractérise non seulement par un patrimoine archéologique hérité de la civilisation née le long du fleuve mais aussi par une concentration de lieux saints soufis ancrés dans cet espace singulier. Parmi les plus importants d’entre eux figure Sehwan Sharif, un site dédié au saint Lal Shahbaz Qalandar, dont la popularité et la fréquentation n’a cessé de croître au cours des dernières décennies. Il sera question d’examiner ici les rapports entre soufisme, société locale et développement de l’espace urbain à la lumière des tendances structurant le changement religieux dans le Pakistan contemporain. Nous montrerons notamment comment la fréquentation du lieu varie en fonction de certains évènements majeurs du calendrier rituel, en situation festive ou commémorative, comment évoluent les rapports des habitants à de nouvelles formes d’appropriation de la figure du saint par des groupes particuliers et, enfin, quel est le rôle joué par l’État dans la régulation de ces transformations.

– 15h50 : Pause

– 16h : Hélène Guérin (Université Paul-Valéry Montpellier 3)
« François Sabatier à Florence, touriste et habitant. »
Singuliers itinéraires que ceux de François Sabatier, né à Montpellier et qui choisit pour dernière demeure la première terrasse du cimetière San Miniato de Florence en compagnie de la noblesse toscane sur l’album de laquelle il fit inscrire son nom.
Si la mémoire en France retient de ce grand bourgeois aux pratiques aristocratiques son engagement fouriériste, l’évocation de ses parcours intellectuels, artistiques et physiques à travers l’Europe constitue l’occasion de s’interroger sur la porosité des catégories de tourisme, villégiature et citoyenneté.

– 16h40 : Daniel Bartement (Université Paul-Valéry Montpellier 3)
« Montpellier : tourisme et destruction de la cité. De la construction de la qualité urbaine à sa consommation contemporaine. »
« Montpellier, la ville où le soleil ne se couche jamais »
« Montpellier now ! »
« Montpellier unlimited »
Cette communication se propose de montrer comment, en trois décennies, de 1977 à aujourd’hui, la stratégie édilitaire montpelliéraine a radicalement été inversée. Notre corpus sera ici limité à la rhétorique publique, du « citoyen et urbanisme » à « Montpellier unlimited », qui témoigne du passage de la construction de la figure du citoyen à celle du consommateur assujetti à une marque. Et cette inversion se prétend continuité au nom de la « qualité de la ville ». Nous interrogerons cette qualité urbaine, produite par une parole politique entrelaçant génie du lieu, génie des habitants et génie de la puissance publique, qualité qui, de principe au fondement de la cité, devient slogan publicitaire. La figure du destinataire se dédouble entre le citoyen et le touriste.

– 17h20 : Débat et conclusion

Les participants :

– Dominique CROZAT, géographe culturel et social, UMR 5281 ART-Dev, Responsable du master TDDT (Tourisme et développement Durable des Territoires, Université Paul Valéry Montpellier 3, site de Béziers), travaille sur la construction et l’assignation des identités spatiales : spécialiste de la géographie des loisirs mais aussi des identités ségréguées.

– Sylvie CHRISTOFLE, géographe, UMR 6012 Espace – Equipe G.V.E.Tourisme; Directrice Institut Ulysse -Haute Ecole internationale en Tourisme, Hôtellerie-Restauration, Gastronomie de Nice ; Responsable Master GATH- Tourisme & Hôtellerie, Université de Nice Sophia Antipolis.
Champs de recherche majeurs : Tourisme de réunions et de congrès, Tourisme évènementiel, Tourisme urbain et métropolitain, Tourisme et culture.

– Daniel BARTEMENT, Maître de Conférences de Géographie, laboratoire C.R.I.S.E.S., Université Paul-Valéry, Montpellier III. Co-Responsable du master TDDT

– Denise PÉRICARD-MÉA, historienne, est membre associé du LAMOP, LAboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris, Université Paris I-Sorbonne-CNRS

– Hélène GUÉRIN, doctorante en Histoire de l’Art contemporain, chargée de cours à l’Université Paul-Valéry, Montpellier III. Prépare une thèse sur « François Sabatier-Ungher (1818-1891), traducteur, critique et mécène » sous la direction de Jean-François Pinchon, Professeur d’Histoire de l’Art, Université Paul-Valéry, Montpellier III.

– Rémy DELAGE, est chargé de recherche au CNRS, géographe spécialisé dans l’étude des phénomènes religieux en Inde et au Pakistan. Il est actuellement affecté au Centre de Sciences Humaines de New Delhi et associé au Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du Sud à l’EHESS (Paris).

– Fadia MERABET, géographe, UMR 5281 ART-Dev, est doctorante en co-habilitation sous la direction de Saïd Boujrouf, Université de Marrakech, et Dominique Crozat, Université Paul Valéry Montpellier 3 : « L’innovation territoriale et sociale par le développement touristique durable dans les zones Sahariennes (Cas de l’Oasis Rouge de Timimoun) ».

– Daiane SENO ALVES, UMR 5281 ART-Dev, est doctorante en co-habilitation sous la direction de Victor Aquino (Sciences de l’information et de la Communication, Université de São Paulo) et Dominique Crozat (géographie, Université Paul-Valéry Montpellier 3) sa thèse s’interroge sur « L’aménagement participatif est-il la clé pour la réussite d’un projet de développement touristique local ? ».

– Stéphane VILLEPONTOUX est géographe et co-responsable du Master TDDT, Stéphane VILLEPONTOUX s’interroge sur les enjeux sociaux du développement durable des territoires à travers notamment les concepts de mobilité, d’habiter, de gouvernance des territoires.

Contacts :

URBI (Université et Recherche en Biterrois)
UMR 5281 ART-Dev
EA 4424 C.R.I.S.E.S.
Renseignements : dominique.crozat@univ-montp3.fr
Centre universitaire Du Guesclin, Université Paul-Valéry Montpellier 3
Allées du doyen Nerson (entrée rue Jean Moulin), Béziers

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