« Les milieux dévots en France (vers 1590-vers 1750). Nouvelles recherches, nouvelles approches »


Lundi 13 octobre (9h – 18h)

Journée d’étude organisée par Serge BRUNET
(Laboratoire CRISES-EA 4424 / Red Columnaria / Institut Universitaire de France),

Université Paul-Valéry de Montpellier,
Site Saint-Charles, Salle des Colloques n°2.

 

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Certaines sociabilités mettent en exergue une identité commune, c’est le cas des milieux dévots, dont l’existence peut être cachée et les contours difficiles à définir, mais dont le rôle n’en demeure pas moins déterminant dans la diffusion de la Réforme catholique et de la Contre-Réforme. Le dévot se présente comme une personne dévouée à Dieu, qui se distingue par son action dans le siècle, agissant pour des œuvres charitables, morales et pour la conversion des protestants. Les guerres de Religion et les épisodes de la Ligue lui ont donné une dimension particulière, car il peut y avoir une continuité entre les anciens ligueurs devenus les dévots du XVII^e siècle. Il convient donc, dans un premier temps, de s’interroger sur le terme de dévot et sur les liens qu’ils tissent. Puis, dans un deuxième temps, il s’agit de caractériser la forme de ces regroupements de dévots dans la France du XVIIe siècle.
Plusieurs termes sont avancés, aucun n’allant de soi : groupe, cercle, réseau, ou nébuleuse?
Plusieurs axes guideront notre réflexion :

– Nébuleuse, cercle ou réseau : quels sont les contours des milieux dévots ?

Il faut interroger la nature des liens entre individus. Des catégories, aujourd’hui familières, sont-elles un critère pertinent pour qualifier des relations interpersonnelles entre hommes et femmes du temps ? En quoi des relations sociales, des amitiés spirituelles ou des liens institutionnels peuvent-ils naître autour de cercles dévots et de préoccupations communes?
Les contours du groupe doivent mener à une première réflexion : quels liens humains font les réseaux dévots ? Nous savons, par exemple, que ce sont dans les familles parlementaires que se recrutent les évêques : peut-on y voir une influence des liens familiaux ? Autant de questions permettront de mieux comprendre les contours flous de ce que l’on nomme aujourd’hui la nébuleuse dévote. Le terme de « réseau » est-il d’ailleurs pertinent ? Cette réflexion est au cœur des problématiques actuelles en histoire religieuse et elle permet d’interroger la nature des liens sociaux et religieux. Une parenté spirituelle commune peut-elle être mise en cause ? L’anthropologie historique peut nous aider à comprendre la pensée du groupe.
Cette réflexion sur la nature du groupe s’accompagne nécessairement d’une réflexion sur les sources. Quels sont les supports de communication entre dévots ? Le rôle des correspondances, de la communication orale lors de rencontres peut-il être envisagé par les historiens modernistes ? Il nous semble donc nécessaire d’intégrer à notre analyse des correspondances, dont la reconstitution peut éclairer bien des ralliements et des accommodements, ainsi que la diversité des situations provinciales.
Enfin, une cartographie plus systématique des lieux de rencontre doit être menée. Où les dévots se rencontrent-ils ? Certaines sodalités ont pu servir de supports aux milieux dévots : les confréries de pénitents dans le sud de la France offrent un exemple tout à fait édifiant, car elles ont pu servir à la fois d’exutoire politique, mais aussi de supports de réseaux à des moments différents de l’histoire (lors des guerres de Religion, des grandes controverses). Le croisement des listes de membres de confréries pourrait être un indice pour cerner des
réseaux. Mais qu’en est-il dans le nord du royaume de France ?

– L’action des dévots dans le siècle

Les dévots et le secret. Leur action dans le siècle commence à être bien connue, grâce à leur rôle dans la création des hôpitaux généraux, ou l’action de la morale sociale et éducative. Certains groupes sont néanmoins moins connus. Il faut mieux éclaircir l’action de l’Aa (/associatio amicorum/) au sein des collèges jésuites et des congrégations mariales. Le secret était-il nécessaire à l’action des dévots ? Un bilan à ce sujet nous semble nécessaire.

Dévots, politique et justice. Peut-on trouver des similitudes entre dévots et milieux parlementaires ? Une enquête doit être menée à travers des exemples tirés des villes parlementaires.

Dévots et conversion. Le rôle des élites dévotes dans la conversion des protestants, jusqu’à la révocation de l’édit de Nantes, doit être mis en lumière et éclairé à l’aide de nouveaux exemples.

Dévots et question artistique. Certains dévots contribuent-ils à la diffusion de modèles ? Des thèmes sont-ils privilégiés, ont-ils un rôle important dans la commande artistique ?

– Y a-t-il un modèle du dévot ?

Peut-on alors envisager, grâce à une enquête élargie, d’accomplir une modélisation spatiale des réseaux, grâce aux outils cartographiques et statistiques, dans la France ou en Europe ? Y a-t-il un modèle du dévot ou du cercle dévot ? Nous savons que les liens de fidélité et de clientèle, sont des réalités prégnantes sous l’Ancien Régime. Il convient de mieux comprendre s’ils peuvent s’appliquer aux dévots. Des schémas interprétatifs pourront donc être présentés pour mieux comprendre ce sens.

Programme de la Journée d’étude :

Matin :

– 9h. : Introduction de la journée d’étude, par Serge Brunet et Estelle Martinazzo

– 9h. 30 : Serge Brunet (PR, Montpellier, IUF et /Red Columnaria/), « De la Ligue politique à la Ligue des dévots » (Denis Richet).

– 10h. 15 : François-Xavier Carlotti (Docteur en histoire, Aix-en-Provence), « Dans l’ombre de l’Oratoire aixois : « Messieurs de Saint-Joseph », dévots associés (1625-1720).»

– 11h. : Pause

– 11h. 15 : Sandra La Rocca (Docteur de l’EHESS, Toulouse), « La congrégation des Filles de l’Enfance à Toulouse : au cœur d’un réseau dévot ou l’accomplissement d’une relation personnelle ? »

Après-midi :

– 14 h. : Estelle Martinazzo (Docteur en histoire, Montpellier), « S’unir dans le secret : les contours de la nébuleuse dévote à Toulouse. »

– 14h. 45 : François Pugnière (Docteur en histoire, Nîmes), « Contre « l’alliance impie » : Milieux dévots et « guerre turque » (1598-1669). »

– 15h. 30 : Taeko Yamamoto (Doctorante en histoire, Montpellier), « Sociétés de dévots parisiens : une étude croisée des membres de la Congrégation des Messieurs de la maison professe des jésuites et de ceux de la Compagnie du Saint-Sacrement. »

– 16h.15 : Pause

– 16h. 30 : José Javier Ruiz Ibáñez (PR, Murcia et Red Columnaria), « Les hispanophiles après 1598 des dévots au /Gunpowder plot/ ».

– 17h. 15 : Chenzhe Li (Doctorante en histoire, Montpellier), « Milieux dévots et  évangélisation : les missionnaires des Missions Étrangères de Paris en Chine (XVIIe et XVIIIe s.).»

– 18h. : Discussion finale, puis conclusion de la journée par José Javier Ruiz Ibáñez.

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